AGENCE DES PATRIOTES
BURUNDAIS
(A.P.B.)
E-mail: APBURUNDI@netscape.net
Home page: http://hometown.aol.com/apburundi
Responsable: Jean-Baptiste
NSENGIYUMVA
Doc 0057
Bujumbura, le 11 mai 2000
Oui, les prisons burundaises
regorgent de prisonniers politiques
La conscience et l’honnêteté
interpellent tout citoyen responsable et raisonnable à s’inscrire
en faux contre les déclarations faites le 8 mai 2000 par les ministres
Luc Rukingama et Séverin Ntahomvukiye, le premier en charge de la
communication et porte-parole du gouvernement et, le second, des relations
extérieures.
Les gens avisés
comprendraient partiellement les deux ministres qui sont obligés
de défendre la politique d’un gouvernement qui nie à tout
bout de champ que le Burundi n’a pas de prisonniers politiques. S’il est
vrai que ces deux ministres ont des connaissances extrêmement limitées
en droit, on est en droit de se demander pourquoi ils n’ont pas fait appel
aux compétences de leur collègue en charge de la justice
et garde des sceaux qui reconnaissait au début d’avril 2000 sur
les ondes de la RTNB qu’à Arusha, deux dossiers étaient considérés
comme politiques à savoir:
- les prisonniers qui découlent
du putsch d’octobre 1993 et le génocide qui s’en est suivi,
- les prisonniers membres
du Parena dits du “complot contre la vie du Chef de l’Etat” de mars 1997.
La négation d’une
évidence, qui a même passé le cap de secret de polichinelle
pour être considérée par tout le monde comme relevant
de la “common knowledge”, c’est-à-dire, de ce sur quoi plus personne
n’est intéressé à discuter tellement ça crève
les yeux, jette un discrédit énorme (un de plus dirions-nous)
à un gouvernement qui, aujourd’hui plus que jamais, a besoin de
reconnaître ses nombreuses et dangereuses faiblesses pour permettre
au Barundi de rêver (rien que ça) à la paix... Ceux
qui les ont écoutés ne leur ont peut-être pas répondu
soit parce qu’ils n’en avaient pas les moyens, soit parce qu’ils les trouvaient
ridicules (c’est plus vraisemblable pour le ministre des relations extérieures
qui s’adressait aux diplomates dont la plupart n’ont pas su cacher une
envie manifeste de bailler). Comment dès lors des gens pareils peuvent-ils
parcourir le monde pour tenter d’expliquer quoi que ce soit s’ils ne se
rendent pas compte que leurs actes discréditent des demandes autrement
plus fondées? S’ils osent mentir aussi facilement et sans gêne,
pour quelle raison les croirait-on une fois qu’ils diraient la vérité?
On est amené à
se demander si le gouvernement du Burundi ne cherche pas à ce que
la guerre perdure malgré les milliers d’innocents qu’elle emporte.
En effet, depuis que le problème des prisonniers politiques a été
posé entre autres conditions pour la bonne marche du processus de
paix d’Arusha, les différents ministres du gouvernement actuel rivalisent
d’éloquence pour nier cette triste réalité sur l’existence
de prisonniers d’opinion chaque fois que cette question est soulevée
par la presse. Vous avez dit MPEMUKE NDAMUKE? Mais pourquoi donc les spécialistes
du droit qui pilulent dans tous les corps de l’Etat ne leur font-ils pas
un petit clin d’oeil? Pourtant, cela redorerait un tant peu soit-il l’image
du Burundi... Mais qui s’en préoccupe encore puisque tous ceux qui
ont les moyens de faire quelque chose sont occupés à piller
ce qui peut encore l’être sans se soucier du regard que leur portent
ceux qui les observent faire matin et soir?
A toutes fins utiles, voici
ces dossiers, même si tout le monde les connaît, que la justice,
prétendument indépendante, traite les mains liées
sans aucune conviction, la mort dans l’âme pendant que les autorités
politiques responsables de ces malheurs (il en est ainsi de tout ce qui
tourne autour du putsch d’octobre 1993 et du génocide qui s’en est
suivi) livrent des boucs émissaires qu’elles accusent de tous les
maux.
1. Les prisonniers du putsch
d’octobre 1993
L’arrêt rendu par
la chambre judiciaire de la Cour Suprême au mois de mai 1999 n’a
étonné personne bien que ridicule et scandaleux car tout
le monde s’y attendait. Heureusement que le ministère public a interjeté
appel après plusieurs cris de détresse venant de toutes parts
réussissant par là à calmer les esprits même
si rien ne sera fait pour le dénouement de cette affaire.
Il est difficile, si pas
impossible, de comprendre comment les plus hautes autorités du pays,
démocratiquement élues de surcroît, peuvent être
lâchement assassinées suivant un plan que même le plus
profane des observateurs de la scène politique burundaise ne saurait
ne pas y voir la main de politiciens chevronnés et cyniques et que,
curieusement on retrouve en prison les gens ci-après:
1) un lieutenant ingénieur
mécanicien fraîchement rentré des études dans
l’ex URSS et condamné à dix ans de prison ferme;
2) deux premiers sergents
et un caporal, tous condamnés à 20 ans de prison ferme;
3) deux caporaux,
un condamné à 13 ans et l’autre à 10 ans de prison
ferme;
4) deux caporaux condamnés
à mort.
Au total, 8 détenus
de l’importance que tout le monde voit pour un dossier aussi important!
Et les autorités actuelles qui sont les grands bénéficiaires,
ce n’est un secret pour personne, disent que ce n’est pas un dossier politique
car elles savent, et tout le monde avec elles, qu’elles sont impliquées
jusqu’au cou. Cela explique d’ailleurs pourquoi elles tiennent tant à
rester au pouvoir... Leur départ induirait un procès équitable
où les vrais coupables seraient condamnés, c’est-à-dire
elles-mêmes. Mais ça viendra un jour, il faut y croire...
2. Prisonniers du Génocides
et des massacres de la population
Au Burundi, le génocide
des Batutsi et le lynchage de hutu modérés est une réalité.
tout le monde connaît les commanditaires, la direction du Frodebu,
mais le pouvoir actuel, pourtant arrivé au moment où tout
le monde pointait du doigt ce parti, a choisi de sacrifier quelques exécutants
car il avait besoin du Frodebu pour acquérir sa légitimité
(ironie de l’histoire, il ne l’a jamais eue et ne l’aura sans doute jamais).
Tout ce qu’il a réussi à faire, c’est de faire de ce parti
un parti incontournable... Mais ça c’est un autre débat.
Et pourtant le rapport
n° S/1996/682 élaboré par une commission des Nations
Unies, dûment mandaté par le Conseil de Sécurité,
confirme ce que tout le monde savait; que c’est le Frodebu qui est responsable
de ce génocide. Les concepteurs et les planificateurs de ce crime
des crimes ne sont pourtant pas inquiétés à part deux
gouverneurs, celui de Bujumbura Rurale et de Muyinga qui ont été
condamnés à 20 ans de servitude pénale.
Les paragraphes 473, 477,
481, 483 et 485 de ce rapport en disent long. Le Frodebu a donc des prisonniers
politiques qu’il n’ose pas revendiquer car leur cause (l’idéologie
du génocide qu’il a enseignée) est fortement condamnable
et risquerait de le rayer de la liste des partis politiques.
Le constat est que les
deux premières catégories ne sont que de simples exécutants
d’une politique conçue et commanditée par les autorités
actuelles du pays. C’est la raison pour laquelle ces dernières réfutent
l’existence de prisonniers politiques: il n’y a aucune autorité
politique en détention.
3. Prisonniers dits de
Cibitoke, octobre 1998
Ils sont actuellement au
nombre de 21 soit disant pour avoir voulu renverser les institutions de
la République. Une chose bizarre pour la majorité de ceux
qui ont suivi de près ou de loin ce dossier, c’est que personne
n’a pu revendiquer la responsabilité de cette rébellion.
C’est une première
dans l’histoire des rébellions où une attaque rebelle se
décide et qu’il y ait anéantissement total de la rébellion
en moins d’une heure de combats! Comment une rébellion tutsie se
serait-elle installée dans une région où il est plutôt
rare de trouver des tutsi, ceux-ci ayant soit fui ou massacrés par
le Palipehutu et les FDD dont la région est le bastion?
S’il faut reconnaître
la bravoure et l’efficacité de l’armée burundaise comme l’a
dit le Chef de l’Etat lors du 25ème anniversaire de l’ISCAM (sans
oublier bien sûr le laxisme imputable au haut commandement que relève
de son côté l’ICG dans son dernier rapport sur le Burundi),
il est très peu compréhensible que les autres groupes armés
aient pu survivre pendant plus de 7 ans, obligeant cette redoutable armée
à accepter de négocier...
S’agirait-il finalement
d’un groupe de voleurs de vaches et de véhicules comme le
disaient le Commandant de la 1 ère région militaire et le
Ministre de la Défense Nationale d’alors dès le début
de cette histoire? Ou s’agit-il effectivement d’un montage à des
fins politiciennes comme le disaient les prévenus lors des différentes
audiences publiques? Pourtant, des peines de servitude pénale allant
de 7 à 15 ans ont été prononcées. Il y eut
seulement deux acquittements et deux peines d’une année et six mois.
La vérité
est donc ailleurs et, plus tard, les gens sauront comment ces jeunes citoyens
ont été emprisonnés pour masquer les failles d’une
politique sans issue.
4. Les prisonniers du Parena
de mars 1997
Beaucoup d’encre et de
salive ont été versées sur ce sujet. On ne le dira
jamais assez: c’est une honte pour une nation qui ose encore affirmer sans
sourciller que c’est un Etat de droit. Le mot Parena résonne pire
qu’un coup de poignard dans l’oreille des hommes au pouvoir et ce depuis
qu’ils l’ont confisqué en juillet 1996.
Ce dossier est le seul
dossier politique qui ne connaît pas de verdict depuis maintenant
3 ans et 2 mois. Pourquoi les autorités actuelles osent-elles nier
qu’il ne détient pas des prisonniers politiques du Parena?
La raison est bien simple:
le Parena est le seul parti d’opposition qui est resté uni et intraitable
devant les sirènes de l’argent facile brandi par le pouvoir pour
qu’on le laisse mener à bien sa politique qui ne mène qu’à
l’impasse en passant par la mort.
Il fallait alors le casser
en le faisant passer pour un parti qui regorge de criminels qui veulent
tuer non seulement le Président de la République mais aussi
qui n’hésitent pas à s’attaquer sans discernement aux honnêtes
citoyens. C’est ainsi que ces prisonniers politiques issus du Parena seront
méchamment accusés de:
1) Tentative de complot
contre la vie du Chef de l’Etat;
2) Pose des mines antichars
dans la capitale Bujumbura en date du 12 mars 1997.
Cela était gaillardement
annoncé à la RTNB et relayé par les radios étrangères
par le ministre de l’intérieur et de la sécurité publique
de l’époque, le Colonel Epitace Bayaganakandi ainsi que le
porte-parole de l’armée, le Colonel IsaÏe Nibizi.
Des marches manifestations
étaient organisées dans toutes les provinces du pays dans
le seul objectif de chercher un soutien de la population afin de justifier
les exécutions sommaires qui étaient prévues d’avance
à leur endroit.
La médiatisation
et l’organisation de marches-manifestations en citant nommément
les personnes désignées responsables de ces actes ignobles
avant toute enquête judiciaire montrent à suffisance combien
le dossier est politique. Les mêmes autorités n’hésitaient
pas à accuser les membres du Parena de tous les maux dans le but
de créer une certaine antipathie auprès des populations afin
de ternir l’image d’un parti qui montait en puissance.
Au niveau judiciaire, la
procédure a été violée du début à
la fin parce tout simplement le dossier est politique. Les faits suivants
le montrent clairement:
1) Les arrestations ont
été opérés et en temps et lieux différents
pour des gens qui ne se connaissaient pas alors qu’ils étaient supposés
comploter ensemble contre la vie du Chef de l’Etat.
2) La constitution d’une
commission militaire ad hoc composée de cinq officiers à
la Documentation Nationale prouve, si besoin en était, que le dossier
était réellement géré directement par le Président
de la République.
3) Le fait que les juridictions
militaires se prononçaient à plusieurs reprises qu’elles
étaient incompétentes pour rendre un quelconque jugement
de ce procès malgré l’insistance des autorités politiques,
justifie clairement le caractère politique du dossier.
4) Le pourvoi en cassation,
deux fois de suite, pour une même cause et au niveau de la forme,
justifie encore une fois combien les juges ont refusé d’endosser
la responsabilité de condamner des innocents devant un dossier vide
d’éléments infractionnels et plein d’injonctions (ils ne
sont bien sûr pas allés jusqu’à se mouiller et prononcer
un non-lieu).
5) Le fait d’être
jugé par la Haute Cour de la Cour Suprême siégeant
Toutes Chambres Réunies, juridiction habilitée normalement
à juger le Président de la République et le Président
de l’Assemblée Nationale ou un des magistrats de cette cour, tous
poursuivis pour haute trahison, est une façon de limiter toute voie
de recours en cas de condamnation à de lourdes peines (en fait la
condamnation à de lourdes peines de prison est l’objectif poursuivi).
C’est une injustice osée que de faire juger de simples citoyens
en premier et dernier ressort par la Haute Cour.
6) Il est inconcevable
que dans un dossier où le président d’un parti politique
accusé, faussement ou pas, d’une infraction impliquant en même
temps des membres et sympathisants de ce même parti, soit considéré
autrement qu’un dossier politique.
7) Dans le cas d’espèce,
il n’y a pas plus politique que de vouloir renverser l’institution présidentielle
d’un pays indépendant et reconnu comme tel dans le concert des nations.
A moins que l’acte posé le 25 juillet 1996 (pour ne citer que celui
là...) par ceux qui détiennent actuellement le pouvoir ne
soit considéré autrement que comme un acte politique avec
des conséquences politiques...
8) Il est aberrant que
l’auteur principal présumé d’une infraction soit mis en liberté
alors que les soi-disant coauteurs et autres complices restent en prison.
C’est le cas de l’ex Président Jean-Baptiste Bagaza qui fut libéré
de sa résidence surveillée le 25 février 1998 alors
qu’il était supposé auteur principal de ce complot. La raison
évoquée était celle de ne pas avoir trouvé
de mandat d’arrêt dans son dossier. Mais on oublie que même
les autres prévenus n’ont jamais vu leurs mandats d’arrêt.
Ceux-ci ont été confectionnés a posteriori, alors
qu’ils étaient déjà en prison, pour le besoin de la
cause; pour justifier notamment les déportations effectuées
dans les différentes prisons de l’intérieur du pays.
9) Dans le journal “Le
Renouveau”, un quotidien gouvernemental, dans l’édition du jeudi
4- vendredi 5 mai, on lit, à propos de ce dossier: “Cependant le
ministère public a manqué des éléments pour
charger l’ex Président burundais Jean-Baptiste Bagaza pendant que...”.
10) qui comprendrait alors
comment le ministère public ne trouve pas d’éléments
pour charger l’auteur principal mais qu’il en trouve pour charger
les autres dont les rôles n’ont jamais été spécifiés?
11) Les prévenus
ont toujours plaidé non coupables, que ce soit à la Documentation
Nationale, bien que des aveux y aient été extorqués
par la force et la torture juste parce que les prévenus voulaient
sauver leur peau (il faut garder à l’esprit la mort en prison du
Colonel Pascal Ntako impliqué dans le même dossier), ou dans
toutes les audiences publiques à la Haute Cour.
12) Les P.V. d’instruction
faits par l’auditorat militaire ont été retirés des
dossiers pour être retrouvés plus tard au mois de mars
2000 sur demande insistante des prévenus et de leurs avocats, car
ils disaient le contraire de ceux pris à la Documentation Nationale
sous la contrainte physique.
13) Sans devoir revenir
sur les révélations faites devant la Haute Cour par les prévenus
dans la mesure où les audiences étaient publiques, tout le
monde a constaté le manque de fond de l’affaire. C’est un montage
pur et simple à des fins politiciennes comme l’ont démontré
magistralement certains prévenus. Et cela dans le seul but de disqualifier
le Parena de la scène politique burundaise.
14) C’est ici le cas du
prévenu Manzi Emmanuel, ce jeune rwandais, déserteur de l’APR,
qui a été gardé pendant 19 mois à la Documentation
Nationale afin de charger d’autres prévenus moyennant une somme
de 8 millions de nos francs lui promise par les colonels Martin Nkwirikiye
et Appolinaire Nzunogera respectivement patrons de la Documentation Nationale
et des renseignements militaires à l’époque, le commandant
Adronis Ndikumana, alors G2 Gendarmerie et deux autres cadres de la Documentation
Nationale, Cassien et Isaac.
15) Les juges de la Haute
Cour ont demandé au ministère public de montrer tous les
trois éléments constitutifs de l’infraction à savoir:
- l’élément
moral;
- l’élément
matériel et,
- l’élément
légal.
Et pour ce genre d’infraction,
le complot, il faut ajouter un quatrième élément:
le début d’exécution.
16) Le Procureur Général
de la République s’est contenté de rassembler des mensonges
et de prendre pour témoins des prévenus sans pouvoir donner
aucune preuve à ce qu’il avançait. Par exemple, il ne cessait
de dire qu’il y avait collecte d’armes et que des stocks constitués
ont été découverts.
Et pourtant un seul fusil
Kalashnikov a été saisi pour toute cette grande tâche,
un complot pour tuer le Président de la République!!! De
deux choses l’une: soit nos comploteurs sont vraiment des idiots ou alors
ceux qui ont conçu le montage prennent les gens pour des moins que
rien...
17) Qui plus est, comment
comprendre qu’un capitaine et un caporal chef, prestant respectivement
à Mwaro et à Bururi , soient les seuls à s’aventurer
dans ce suicide devant quelqu’un qui est gardé par des bataillons
armés jusqu’aux dents avec les armes les plus sophistiquées?
18) Actuellement, le dossier
a été mis en délibéré depuis le 28 avril
200. Tout le monde attend sans surprise le verdict de la Haute Cour. Les
prévenus et leurs familles, qui n’ont cessé d’en appeler
au jugement de l’affaire conformément à la loi, caressent
le mince espoir de voir la Haute Cour, dont ils sont par ailleurs convaincus
qu’elle n’est pas la cour habilitée à les juger, prendre
ses responsabilités et refuser de condamner des hommes innocents
en prononçant un non-lieu. Les juges de la Haute Cour en auront-ils
le courage? Tout le monde sait que s’ils avaient suffisamment de liberté
d’action, le verdict ne serait pas un autre: un non-lieu assorti
de dédommagements à l’endroit de tous ces prévenus
qui ont trop longtemps souffert du cynisme des uns et du manque de courage
des autres.
Il faut reconnaître
que la tâche des juges de la Haute Cour n’est pas de tout repos avec
les campagnes médiatiques orchestrées par le gouvernement
ces derniers jours et même, curieusement le ministère public,
par la voix du Procureur Général de la République.
Ce sont là des signes tangibles d’une pression à outrance
exercée sur ces juges pour qu’ils agissent dans le sens voulu par
le pouvoir qui ne ménage aucun effort pour déstabiliser les
familles des prévenus; ce qui est plutôt étrange pour
des hommes censés être au service des citoyens (et donc de
toutes les familles burundaises).
Mais comme l’espoir fait
vivre, espérons avec les prévenus et leurs familles, que
les juges de la Haute Cour sauront s’élever contre l’injustice malgré
le péril que cela comporte. Ce serait véritablement un miracle
s’ils arrivent à résister au pouvoir politique et cela honorerait
notre système judiciaire.
Ils peuvent juger sans
tenir compte des injections du pouvoir politique car, même si on
sait que très peu ont jusque là montré qu’ils pouvaient
le faire (cf. le procès des putschistes de 1971; eh oui ça
remonte à si loin que ça...), ils ont tous appris qu’à
l’âge d’or de l’institution des Bashingantahe, ceux-ci n’ont pas
hésité à condamner le roi. Ici il ne s’agit pas de
condamner le roi, il s’agit juste de dire que des innocents sont innocents
et que personne n’a le droit de les condamner arbitrairement. Le roi en
l’occurrence ne perdrait rien sinon qu’il apprendrait que ce n’est pas
bon de faire du mal à de simples citoyens parce qu’il croit que
ces derniers ne sont pas d’accord avec lui et que, désormais, il
devrait s’occuper plutôt de réfléchir sur des problèmes
nationaux susceptibles de frapper les générations futures
au lieu de passer son temps à traquer de petites gens dont l’influence
sur la vie nationale n’est que marginale si elle existe.
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