RUGAMBA-NET PRESS

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     MOT LIMINAIRE A LA CONFERENCE DE PRESSE

                      Du colonel Epitace Bayaganakandi

          (BUJUMBURA, le 14/04/2001)  

 

 

1.     Depuis le 19 mars 2001, le Burundi est entré, par rapport à l’Accord d’Arusha,dans une nouvelle phase, celle de la mise en application des institutions de transition librement désignées par les partis signataires.

En effet, c’est à cette date que le G10 et le G7 se sont formellement acquittés d’un devoir civique qu’ils s’étaient  assignés conformément à l’Accord, et aux recommandations du Sommet des Chefs d’Etat de l’Initiative régionale. Le consensus s’est porté sur le choix d’un Président de la République et d’un Vice-Président et nous avons eu l’honneur d’être proposé pour conduire les institutions de la première période de la transition. Nous en tirons les leçons et les conséquences que tout patriote a déjà partagées avec nous. L’acte posé le 19 mars a, pour le peuple burundais, valeur d’événement historique.

2.     Malgré cette avancée significative sur l’une des questions prioritaires de l’Accord, certaines parties signataires continuent à ramer à contre-courant du processus de paix. Il s’agit essentiellement du Gouvernement actuel qui, en voulant s’accrocher au pouvoir contre l’avis de la majorité, est entrain de monter des stratégies d’obstruction en vue d’empêcher la mise en application de l’Accord. Ces stratégies empruntent plusieurs directions :

  1. Premièrement, le Gouvernement en place a entrepris sous le couvert d’une campagne d’information sur le processus de paix, une véritable propagande dont le but est d’imposer à la nation le statu quo. Pour cela, le Gouvernement n’a pas hésité à utiliser l’appareil administratif et les moyens de l’Etat pour dicter sa thèse, celle de poser le préalable du cessez-le-feu avant la mise en place des institutions. En se retranchant derrière la question du cessez-le-feu pour mettre sine die la question du leadership, le Gouvernement se pose comme un obstacle majeur à l’évolution du processus de paix. Cette position du gouvernement s’est par ailleurs radicalisée ces derniers jours avec certaines déclarations officielles qui mettaient en doute la médiation, et qui suggéraient une reprise à zéro des négociations.

-        Pour nous, les derniers retranchements du gouvernement sont une fuite en avant, qui peut avoir des effets catastrophiques pour le pays. Le refus d’appliquer l’Accord contre l’avis de l’écrasante majorité des signataires, et celui de la Communauté Régionale et Internationale, traduit de la part du gouvernement, une méconnaissance ou un mépris des enjeux politiques, sécuritaires et socio-économiques.

Le refus d’appliquer l’Accord risque d’empirer la situation politique intérieure et d’aggraver l’isolement du pays sur le plan régional et international. Le refus d’appliquer l’Accord risque également de raviver la guerre, au lieu de favoriser le cessez-le-feu.

En effet, en refusant l’application de l’Accord, le gouvernement donne le flanc à l’ennemi, en légitimant les actions nocives de la rébellion.

De plus, avec la non-application de l’Accord d’Arusha, la Communauté Internationale et Régionale  ne vont plus s’impliquer dans l’arrêt de la guerre, alors que dans le cadre de l’Accord de LUSAKA, les mécanismes de neutralisation des forces négatives seront en train d’être mis en marche.

Enfin, il est suicidaire de ne pas appliquer l’Accord d’Arusha puisque l’isolement du pays le confinerait dans une situation de détérioration économique par manque de soutiens ou même par d’éventuelles suspensions d’aide, récemment obtenue lors de la conférence de Paris.

  1. Deuxièmement, à côté des manœuvres dilatoires qui veulent conditionner la mise en place des institutions à la signature du cessez-le-feu, le gouvernement est en train de faire la guerre aux parties signataires qui sont pour le changement, alors qu’il cherche la paix avec la rébellion. Cette pratique a pour objectif l’élimination des leaders de la scène politique par les emprisonnements, les persécutions et autres tracasseries. La détention arbitraire du Président du Parti INKINZO et porte-parole du G8, le Docteur Alphonse RUGAMBARARA, et d’autres leaders et militants qui soutiennent notre candidature rentre dans le cadre d’une politique d’intimidation pour bloquer l’aboutissement du processus de paix. Il en est de même des manœuvres de noyautage des partis politiques qui consistent à en débaucher l’un ou l’autre membre afin de détruire leurs structures et fausser ainsi le jeu politique honnête. Enfin, le gouvernement ne s’empêche plus d’empiéter sur la neutralité des services administratifs et de sécurité, quand il les sollicite pour soutenir des positions politiques partisanes en vue de dénoncer les termes de l’Accord ou de surseoir à son application.
  1. Au vu de toutes ces pratiques, force est de constater que le gouvernement veut tourner le dos à l’Accord d’Arusha en commençant par bloquer le processus de mise en place des institutions. Face à ces tentatives de blocage, nous voudrions aujourd’hui communiquer ce qui suit :

1.     Le gouvernement est invité à faire preuve de plus de responsabilité et à s’inscrire dans une logique d’application de l’Accord d’Arusha.

Au moment où le peuple Burundais, les pays de la sous-région et la Communauté Internationale se réjouissent de voir enfin les Tutsi et les Hutu se choisir d’une façon consensuelle les dirigeants de prochaines institutions seules capables de gérer et terminer cette guerre, le gouvernement cherche à revenir, sur les accord qu’il a lui-même signé en face des plus hautes autorités mondiales.

Nous dénonçons cette manœuvre et invitons leurs acteurs à revenir à la raison.

2.     Dans ce même registre du respect de l’Accord, nous demandons au Gouvernement de mettre fin aux persécutions dirigées contre les leaders des partis et exigeons la libération immédiate du Président du Parti INKINZO, le Docteur Alphonse RUGAMBARARA.

3.     En ce qui concerne la cessation des hostilités, nous réaffirmons que le cessez-le-feu reste notre première préoccupation. Néanmoins, nous constatons amèrement que la rébellion continue à faire la guerre. Nous condamnons ses actes terroristes et demandons à la Communauté Régionale et Internationale d’appliquer l’article 2 qui stipule, qu’en cas de refus de la rébellion de participer à l’Accord, des mesures soient prises « pour interdire, démobiliser, désarmer et le cas échéant, arrêter, détenir et rapatrier les membres de ces groupes armés… ».

4.     En cette période d’escalade de la violence, nous voudrions féliciter nos forces de l’ordre, qui, soudées comme un seul homme, font face héroïquement et victorieusement aux hordes rebelles sur tout le territoire.

Nous voudrions leur réitérer notre soutien inconditionnel et celui de tout notre peuple. Elle peut être garantie que les prochaines institutions leur assureront la récompense de la Nation toute entière.

En revanche, nous demandons au gouvernement à s’interdire de politiser les structures de sécurité par des sollicitations partisanes.

Nous demandons aussi à toute la population burundaise, Bahutu, Batutsi, Batwa confondus, en particulier ceux qui souffrent des dernières violences qui se sont abattus dans les provinces MAKAMBA, RUTANA, BURURI , RUYIGI, GITEGA, MWARO, MURAMVYA, de croire que la paix reviendra. Le changement ramènera la paix.

Nous manifestons notre total soutien aux populations déplacées et dispersées, et demandons à tout notre peuple de demeurer uni derrière son armée car la victoire est prochaine.

5.     Pour ce qui est du processus politique en cours, nous tenons à remercier les citoyens très nombreux et très engagés qui n’ont cédé, ni aux provocations ni aux sollicitations du pouvoir en place. Nous les félicitons pour leur sérénité et les rassurons du succès de notre mouvement du changement.

6.     En cette période cruciale pour notre pays, nous demandons au peuple burundais de refuser le retranchement suicidaire du gouvernement actuel, qui est porteur des dangers d’une guerre sans fin. Les patriotes sont appelés à soutenir les Institutions de Transition Consensuelles qui seront capables de négocier la cessation des hostilités dans un contexte régional et international plus favorable.  

7.     Enfin, notre projet de société offre également un cadre favorable au retour à la paix.

La mise en œuvre d’importantes réformes négociées et convenues dans le cadre de l’Accord d’Arusha, l’adhésion aux Accords de LUSAKA ainsi que la promotion d’une politique volontariste qui met en avant la sécurité, la justice et les droits de l’homme seront les préoccupations prioritaires du gouvernement de transition. Restaurer l’Etat de droit, éradiquer le génocide et l’impunité seront les piliers d’une justice qui ne sera plus un slogan politique
Quant à l’économie, il faudra la reconstruire au profit de tous en luttant contre la corruption et en mettant en place une politique cohérente d’augmentation de la production, de réhabilitation des infrastructures et de meilleure allocation des ressources. Des mesures seront prises en vue de stimuler l’activité économique, rétablir les équilibres macro-économiques et combattre la pauvreté.
Au niveau social, des politiques de réinsertion des sinistrés et des réfugiés seront menées et vont s’appuyer sur un nouveau système d’éducation, de santé et d’emploi plus performant.

 

8.     En conclusion, il nous paraît évident que le Burundi a besoin de sortir de la crise. Les citoyens en désarroi placent leur avenir dans l’application de l’Accord d’Arusha. L’espoir de la jeunesse semble étouffée par les spéculations politiciennes du gouvernement qui veut bloquer le processus. Or, la première étape de cette mise en application reste la mise en place des institutions. Notre vœu est que toutes les parties signataires puissent dépasser leurs égoïsmes pour mettre sur pied ces institutions.  

 

Je vous remercie

   

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