RUGAMBA-NET PRESS

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Lettre ouverte à Kofi Annan, Secrétaire Général des Nations Unies.

 

 

A Monsieur Kofi Annan

Secrétaire Général des Nations Unies

New York

 

 

Monsieur le Secrétaire Général,

 

Dans son édition du 12 décembre 2000, le bulletin des affaires humanitaires pour la région des Grands Lacs africains IRIN rapporte qu’en date du 08 décembre 2000, devant le Conseil de Sécurité des Nations Unies, vous avez révélé une information d’une extrême gravité qui a laissé les tutsi burundais et les hutu non acquis à l’idéologie du génocide extrêmement inquiets et angoissés quant à leur avenir.

 

Parlant de la situation en République Démocratique du Congo, vous avez informé le Conseil de Sécurité que dans un rapport préparatoire au Sommet de Maputo tenu le 27 novembre 2000 et consacré à ce pays, le Président Thabo Mbeki d’Afrique du Sud avait enregistré une plainte exprimée par le Président Frederick Chiluba de Zambie au sujet du passage en Zambie et du déploiement sur le Lac Tanganyika de 5 bateaux de guerre venus de la RDC qui s’étaient fait passer pour des bateaux de pêche.

 

Selon le Président Chiluba que vous citez , ces bateaux ont plutôt servi à transporter des membres des Fdd burundais, des Interahamwe et ex-Far rwandais de triste mémoire ainsi que les milices congolaises Mayi Mayi, tous lourdement armés et à destination du territoire de la Tanzanie. Vous avez ajouté que cela faisait craindre un dérapage possible du processus de paix burundais.

 

Nous voudrions vous remercier et vous féliciter pour avoir communiqué cette grave information au Conseil de Sécurité des Nations Unies afin que tous ses membres soient au courant du lieu du regroupement des troupes criminelles et des armes avec lesquelles elles se préparent à parachever le génocide des tutsi au Burundi et à massacrer les hutu non acquis à l’idéologie génocidaire à l’image de ce qui s’est passé au Rwanda en 1994.

 

Nous vous savons sincèrement gré d’avoir identifié clairement certains des pays activement complices du génocide des tutsi Burundais. Il s’agit de la confirmation d’une réalité que les Associations Burundaises qui luttent contre le génocide ont toujours souligné à l’attention de la communauté internationale, à savoir que l’idéologie du génocide des tutsi s’enracine de jour en jour dans la région pendant que les massacres sélectifs dont les tutsi sont victimes se généralisent dans notre pays. Avec ce transport de cargaisons d’armes au su et au vu de tout le monde, il est clair désormais que l’explosion génocidaire à la rwandaise menace aujourd’hui plus que jamais les tutsi du Burundi.

 

Par ailleurs, dans son édition de ce 18 décembre 2000, le quotidien belge « Le Soir » croit même savoir qu’un coup dur se prépare soit en République Démocratique du Congo soit dans un autre pays des Grands Lacs africains. On ne doit pas chercher longtemps pour savoir de quel pays il s’agit. C’est certainement le Burundi dont les frontières avec la Tanzanie et avec la République Démocratique du Congo sont les plus fragilisées par la présence massive des bandes terroristes, racistes et génocidaires Fdd et Fnl-Palipehutu, des Interahamwe et ex-Far du Rwanda ainsi que des milices Mayi Mayi du Congo

 

Il vous souvient aussi qu’à Paris, le 11 décembre 2000, devant les bailleurs de fonds du processus des négociations d’Arusha, le Médiateur Mandela a souligné qu’il n’existe aucune justification pour que les groupes armés (Fdd, Fnl-Palipehutu) et leurs alliés (Interahamwe, Ex-Far) poursuivent leurs attaques contre les citoyens sans défense. « Ces rebelles, a-t-il dit, ne sont pas des combattants de la liberté et leurs actions armées constituent des actes de pure bestialité ».

 

Deux mois auparavant soit le 28 septembre 2000, le Médiateur Mandela avait tenu devant le même Conseil de Sécurité à New York les propos que les médias du monde entier avaient diffusé au sujet des terroristes génocidaires des Fdd et des Fnl-Palipehutu :

 

« Serious political commentators had stated that (rebel) leaders were not genuine leaders but agents of external forces that wished to exterminate the Tutsi community wherever they were. No genuine leadership of Burundi, the Hutu or the Tutsi, could continue to slaughter innocents when the political parties had in fact reached a breakthrough. »

 

Et d’ajouter : « les rebelles ne s’attaquent pas à l’armée ni aux installations militaires mais ils tuent des gens innocents, des hommes, des femmes, des personnes âgées et des handicapés. »

 

Evaluant les chances du processus d’Arusha quelques temps avant la signature de l’Accord du 28 septembre 2000, l’Union Européenne avait pour sa part tenu à rappeler que :

Le processus de paix et de réconciliation doit reposer sur la justice et la poursuite pénale des responsables de la violence ethnique et des auteurs de crimes contre l’humanité ;

Il ne peut y avoir de paix au Burundi sans paix dans la région des grands lacs et en République Démocratique du Congo ;

Les pays voisins du Burundi devront veiller à ce que leur territoire ne soit utilisé en aucune façon pour menancer la sécurité du peuple burundais ».

 

Monsieur le Secrétaire Général,

En 1994, vous avez reçu du Général Roméo Dallaire un avertissement sans équivoque au sujet des préparatifs du génocide des tutsi Rwandais. Après avoir indiqué qu’il avait pris connaissance des caches d’armes qui allaient être utilisées pour cette monstrueuse opération, il vous demandait alors l’autorisation de les détruire ou de les récupérer. Aucune suite ne fut réservée à sa demande et la suite vous est connue : un million de vies humaines perdues en 100 maudits jours, la plupart pour ce qu’ils étaient (les tutsi) et les autres pour ce qu’ils pensaient (les hutu).

Aujourd’hui, le monde entier connait les projets macabres des bandes génocidaires qui opèrent au Burundi et dans la région des Grands Lacs africains. Ces génocidaires narguent la communauté internationale en ignorant l’accord d’Arusha et en poursuivant leurs cruautés en lieu et place du cessez-le feu demandé par le monde entier pour le Burundi. Et comme un malheur ne vient jamais seul, tout ceci arrive au moment où le Burundi, mal gouverné, manque cruellement d’un pouvoir responsable capable d’assurer la protection des populations.

 

Monsieur le Secrétaire Général,

Les Associations de lutte contre le génocide au Burundi apprécient hautement le langage franc et objectif que le Méditeur Mandela a tenu dans les déclarations ci haut citées sur la nature génocidaire des terroristes Burundais. En effet, dans la région des Grands Lacs africains, particulièrement au Rwanda depuis 1959 et au Burundi depuis 1965, la politique des adeptes de l’idéologie de génocide contre les tutsi a toujours été et est encore d’exterminer les tutsi partout ils sont. Ces faits doivent être soulignés pour déplorer que la communauté internationale semble malheureusement fermer les yeux sur la très sérieuse menace de génocide qui pèse contre les tutsi, et sur les massacres dont sont menacés les hutu non acquis à l’idéologie du génocide. Faut-il rappeler à cet égard que depuis la signature des accords dits de paix d’Arusha en date du 28 Août 2000, les massacres d’hommes, de femmes, d’enfants, de handicapés et de personnes âgées tutsi se sont intensifiés dans l’indifférence générale de la communauté internationale?

 

Face à cette menace toujours grandissante de génocide contre les tutsi et de massacres contre les hutu non acquis à l’idéologie du génocide, les Associations Burundaises de lutte contre le génocide vous adressent aujourd’hui ce cri d’angoisse et d’horreur afin que plus tard la communauté internationale ne dise pas qu’elle ne savait pas.

 

Pourrions-nous vous demander, Monsieur le Secrétaire Général, de nous indiquer ce que vous allez faire pour prévenir le génocide au Burundi maintenant que vous savez tout ?

Allez-vous assister les bras croisés à la consommation totale du génocide des tutsi du Burundi, comme au Rwanda en 1994? Ou bien allez-vous au contraire, secourir et assister cette communauté en danger d’extinction?

 

Allez-vous laisser ceux qui se sont déjà illustrées dans la perpétration du génocide des tutsi du Rwanda et qui ont été clairement identifiées dans l’Accord de Lusaka comme des forces négatives à savoir les génocidaires et racistes Fdd, Fnl-Palipehutu, Interahamwe et ex-Far de sinistre mémoire commettre les mêmes forfait au Burundi ou allez-vous procéder à leur désarmement et à leur mise hors la loi?

 

Monsieur le Secrétaire Général,

Profondément préoccupées par ce fléau de génocide qu’elles voient arriver à pas de géants, les Associations de lutte contre le génocide voudraient encore une fois lancer un appel pressant pour vous demander de sortir de votre silence afin d’empêcher qu’un autre génocide s’abatte sur des innocents . N’attendez plus de battre votre mea culpa lorsque cet autre drame aura été consommé mais plutôt usez de votre influence pour :

Convaincre la Tanzanie et la République Démocratique du Congo de ne pas permettre aux bandes génocidaires d’utiliser leurs territoires pour des entrainements militaires, pour l’acheminement des armes de destruction et pour des menées subversives de toutes sortes contre le Burundi;

Faire comprendre à ces deux pays qu’ils porteront une très grande responsabilité devant la communauté internationale et devant l’histoire en se rendant complices des bandes terroristes qui préparent un génocide contre tout un peuple;

Inviter ces deux pays à se conformer aux Accords de Lusaka qui ont mis hors la loi la coalition génocidaire formées des Fdd, Fnl-Palipehutu, Frolina, Interahamwe, ex-Far et milices Mayi Mayi

Demander à l’OUA, à l’ONU et au Conseil de Sécurité des Nations Unies de prendre les mesures nécessaires pour prévenir, conformément aux Conventions pertinentes de Génève, ce génocide dont les ingrédients et les prémisses n’échappent plus à personne;

Plaider la mise sur pied d’un Tribunal Pénal International tant réclamé par les Burundais pour juger et réprimer les crimes contre l’humanité;

Envoyer un message fort et clair que le génocide n’est pas plus accepté au Burundi qu’ailleurs;

Exprimer l’indignation de la communauté internationale face aux assassinats de tutsi sur les routes et dans leurs villages comme des animaux de proie;

Alerter l’opinion internationale sur ces signes avant-coureurs de l’imminence de la consommation du génocide des tutsi du Burundi. Un des signes qui ne trompent pas est que certains pays occidentaux ont déjà mis en place des scénarios d’évacuation de leurs nationaux anticipant précisément une prochaine tragédie dans la région des Grands Lacs en général et au Burundi en particulier.

 

Monsieur le Secrétaire Général

Face au danger de génocide qui se trame contre le peuple burundais, toute attitude attentiste semblable à celle prise en 1994 pour le Rwanda est également mortelle. Les Associations de lutte contre le génocide estiment que le temps est venu pour que vous demandiez au Conseil de Sécurité de vous soutenir dans une lutte que vous devriez immédiatement engager contre le génocide en Afrique des Grands Lacs en général et au Burundi en particulier. Elles considèrent qu’il s’agit là de la priorité des priorités et que le « plus jamais ça » devrait être aujourd’hui une réalité pour éviter au peuple Burundais une tragédie à la Rwandaise dès lors que vous savez où le feu est entreposé.

 

En effet, il n’est un secret pour personne que le processus de négociations d’Arusha s’est révélé incapable de ramener la paix au Burundi. C’est même l’inverse qui aurait surpris. En effet, alors que dans d’autres parties du monde le crime de génocide est puni et honni, les négociations burundaises sous la houlette de la communauté internationale ont véhiculé un terrible malentendu à savoir qu’en ce qui concerne le peuple burundais, le génocide ne peut susciter ni réprobation ni condamnation mais s’accompagne plutôt d’une respectabilité et des dividendes en termes de pouvoir.

 

Vu que ce grave et scandaleux viol des consciences du peuple burundais sera difficile à guérir et afin de conjurer le danger de génocide contre les tutsi burundais et le massacre des hutu non acquis à l’idéologie du génocide, les Associations burundaises de lutte contre le génocide vous demandent de recommander au Conseil de Sécurité des Nations Unies de :

 

Condamner sans réserve l’idéologie du génocide contre les tutsi et les autres crimes subséquents

Mettre tout en oeuvre pour un cessez-le feu immédiat et un arrêt des massacres des populations innocentes

Imposer un embargo total sur les armes destinées aux bandes génocidaires

Harmoniser les accords d’Arusha et de Lusaka, disqualifier et mettre hors la loi les forces génocidaires Fdd, Fnl-Palipehutu, Interahamwe, ex-Far, et autres bandes génocidaires

Aider le Burundi à se doter d’un leadership responsable, capable d’assurer la sécurité des populations et de préserver la souveraineté du pays.

 

 

Espérant que notre cri d’alarme sera entendu et que vous mobiliserez le monde pour éviter au peuple burundais un destin tragique qu’il ne mérite pas, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Secrétaire Général, l’assurance de considération distinguée.

 

 

Fait le 21 décembre 2000

 

Les Associations de lutte contre le génocide au Burundi :

 

AC Génocide Suisse (Génève, Suisse)

AC Génocide Canada (Montréal, Canada)

AC Génocide Bénélux (Delft, Pays-Bas)

ASP-Burundi (Louvain La Neuve, Belgique)

Association Internationale pour la Prévention du Génocide au Burundi (London, Canada).

 

 

 

Copie pour information

 

Membres du Conseil de Sécurité des Nations Unies (TOUS)

Monsieur le Président en exercice de l’OUA et Président du Togo

Membres de la Présidence de l’Union Européenne (TOUS)

S .E. Nelson Mandela, Médiateur dans le conflit Burundais

Monsieur le Secrétaire Général de l’OUA.

 

 

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