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"Pourquoi les Burundais n'ont-ils pas eu droit qu'à un spectacle à Arusha?"
C'est le métier de diplomates de chercher le positif en tout, même s'il n'est pas plus gros qu'une aiguille dans une botte de foin. Que Washington voie dans la cérémonie d'Arusha "un important pas en avant vers la paix" au Burundi, que Bruxelles, plus réaliste, y salue "un premier aboutissement", ne peut dissimuler l'échec que fut le spectacle donné lundi à Arusha.
Echec parce que ces accords, prévue initialement pour être "de paix", ne réunissent pas les belligérants : les guérillas hutues avaient, pour de bonnes et de mauvaises raisons, décidé de jouer la chaise vide. Les violences armées se poursuivent donc.
Echec parce que le médiateur, Nelson Mandela, a montré un incroyable mépris pour les négociateurs burundais en croyant imposer, par la pression internationale, ses vues à ceux qui ne les partagent pas: seul l'ex-plus ancien prisonnier politique du monde pouvait, en effet, réunir autant de chefs d'Etat, Premiers ministres et ministres pour assister à la signature d'un accord de paix.
Malgré
la solennité ainsi imposée, les Burundais en désaccord
avec le texte ont rompu le bon ordre de la cérémonie en ne
signant pas l'accord ou en le signant
avec de telles réserves qu'il perd
son sens. C'est que les Burundais ont l'obstination que, aux 4 coins du
monde, l'on reconnaît aux montagnards et c'est, après tout,
de leur vie, de leur avenir et de celui de leurs enfants qu'il est question.
Echec aussi parce que le courage et l'obstination montrés par Nelson Mandela dans sa lutte contre l'apartheid, puis sa victoire sur celui-ci, ont fait de lui une icône vivante que personne ne se risque à ne pas approuver, moins encore à contredire.
Qui peut se permettre de présenter un accord de 156 pages à des parties en guerre, exiger qu'elles le signent dans l'heure, sans l'avoir lu, et ne pas être hué et immédiatement remercié? Mandela, lundi soir, à Arusha.
Qui peut se dire médiateur d'un conflit ethnique et prononcer un discours tançant les Tutsis qui ne signent pas son accord et approuvant les Hutus qui se sont lancés dans la lutte armée - et ne signent pas non plus l'accord? Mandela, lundi soir, à Arusha.
Dans
les couloirs, des diplomates ont fait valoir que, pour boiteuse qu'elle
ait été, la cérémonie de lundi aura évité
le pire: le scandale d'une annulation pure et simple malgré la présence
d'autant de chefs d'Etats étrangers; l'explosion prévisible
à Bujumbura, dominée par les Tutsis, si les négociateurs
burundais avaient
signé unanimement un accord jugé
favorable aux Hutus.
Le plus simple, le plus logique n'était-il pas de ne pas forcer la signature d'un texte alors que les désaccords sur ses principaux points ne sont pas résolus?
La communauté internationale ne veut plus financer les négociations burundaises, "trop longues" : ce processus aura duré deux ans pour un conflit vieux de 40 ans.
Elle
contribue cependant depuis 1991 aux négociations devant résoudre
le conflit israélo-palestinien, vieux de 50 ans; quand, en juillet
dernier, un accord attendu n'a pas pu être atteint, faute de consensus,
la communauté internationale a dit : ce sera pour la prochaine fois.
Pourquoi les Burundais n'ont-ils pas droit au même traitement.
Marie-France
Cros.