RUGAMBA-NET PRESS

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Relance imminente de la guerre dans les Grands Lacs.   

Le Soir (Belgique) du 15 novembre 2000.

La secrétaire d'Etat Annemie Neyts s'est rendue en mission de pacification dans la région. La Belgique tente toujours de dénouer le conflit en Afrique centrale.

KIGALI, de notre envoyée spéciale COLETTE BRAECKMAN.

Malgré la discrétion observée depuis le dernier voyage du ministre belge des Affaires étrangères, Louis Michel, en juin, la Belgique ne se désintéresse pas de l'Afrique centrale; elle croit toujours que les accords de Lusaka (pour la République démocratique du Congo) et d'Arusha (pour le Burundi) représentent des  solutions valables et Bruxelles propose ses bons offices, sans arrière-pensées ni agenda caché.

Tel est, en substance, le message qu'Annemie Neyts, secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, qui a repris le bâton de pèlerin d'un ministre trop occupé, a adressé à ses interlocuteurs au cours d'un périple aux nombreuses escales : Kampala, Kigali, Bujumbura, Harare, Luanda, Kinshasa et enfin Brazzaville.

En Ouganda comme au Rwanda, Mme Neyts a donc rencontré à la fois les présidents Museveni et Kagame, ainsi que les mouvements rebelles dont ces deux pays sont les parrains. Force est de constater que si tout le monde, la main sur le coeur, se réclame des accords de paix de Lusaka, tous les interlocuteurs de la délégation belge estiment qu'ils sont au point mort, et en rejettent la faute sur le président Kabila. La mission des Nations unies ne s'est pas déployée, les combats menés par les Forces armées congolaises ont repris sur plusieurs fronts, le dialogue intercongolais ne s'est toujours pas noué, le facilitateur Masire est récusé.

LE BURUNDI, MAILLON FAIBLE

Tirant la conclusion de ce constat, le président Museveni laisse entendre que la guerre pourrait reprendre pour mieux préparer la paix, tandis que le président Kagame s'inquiète du fait que les rebelles burundais des FDD (Force pour la défense de la démocratie) ont mené l'offensive sur Pepa, au Nord-Katanga, et il assure que la région pourrait être amenée à intervenir contre eux.

Autrement dit, le Rwanda dénonce l'intégration croissante des rebelles burundais dans les forces de Kabila et critique la Zambie qui les aurait laissé passer vers le Katanga. Dans la guerre régionale dont le Congo est l'épicentre, le Burundi demeure le maillon faible et il est évident que ni le Rwanda ni l'Ouganda ne pourraient assister sans réagir à un renversement du régime Buyoya par des rebelles hutus qui n'ont toujours pas décrété de cessez-le-feu.

Constatant que la proposition rwandaise de retrait des troupes sur une profondeur de 200 kilomètres n'a pas reçu de réponse dans le chef des alliés de Kabila (qui n'ont aucune intention d'abandonner Lubumbashi ou Mbuji Mayi), Kigali semble se préparer à une nouvelle action militaire et, alors que tout le monde parle de paix, le conflit pourrait bien s'intensifier sinon déborder sur d'autres pays dans les semaines à venir.

Jean-Pierre Bemba, le président du Mouvement pour la libération du Congo, qui a rencontré Mme Neyts à Kampala, ne dit pas autre chose : il blâme Kabila pour le bombardement des zones qu'il contrôle et se dit prêt à foncer sur Mbandaka, tandis que le nouveau président du Rassemblement congolais pour la démocratie, le Dr Onosumba, qui dirige une équipe plus restreinte et plus opérationnelle, souligne que son autorité est à la fois militaire et politique.

Tout indique donc que du côté des rebelles et de leurs alliés, c'est une nouvelle phase de la guerre qui se prépare. Dans cette perspective, Annemie Neyts écoutera avec beaucoup d'intérêt le point de vue du Zimbabwe, qui entretient toujours 12.000 hommes au Congo, et celui de l'Angola, dont la position pourrait être cruciale : tout le monde se demande si Luanda est toujours décidé à soutenir le président Kabila et ne prépare pas une solution de rechange ou un éventuel désengagement.

Il est frappant de constater qu'au cours de ces entretiens militaro-diplomatiques qui se succèdent à un rythme accéléré dans toutes les capitales de la région, la délégation belge soit pratiquement la seule à évoquer le sort des principaux intéressés, c'est-à-dire les Congolais eux-mêmes, à parler de la dégradation de la situation humanitaire, qui justifie une aide d'urgence de 500 millions de FB (à répartir sur l'ensemble du pays), à préparer un appel de fonds qui sera lancé par l'ONU depuis Bruxelles le 29 novembre.

IDÉALISME RÉVOLUTIONNAIRE

Les chefs de guerre, eux, s'en sortent par des pirouettes : La guerre n'est pas une partie de pique-nique, dit Museveni, tandis que Jean-Pierre Bemba justifie le fait que ses militaires ne soient pas payés (et vivent donc aux dépens de la population) par leur idéalisme révolutionnaire.

Pour leur part, les Rwandais et leurs alliés du RCD dénoncent les ragots répandus par la société civile et l'Eglise catholique, qui font état de massacres à répétition, et ils assurent que si les salaires des fonctionnaires et des militaires congolais ne sont pas payés, c'est qu'il s'agit d'un choix : le mouvement préfère ouvrir des routes, favoriser le commerce afin de faire circuler les matières premières et les produits agricoles.

Quant à l'insécurité qui règne toujours au Kivu, transformant chaque voyage en aventure périlleuse, elle est invoquée pour justifier la présence de l'armée rwandaise bien au-delà de ses frontières, une armée toujours en lutte contre ce que Kagame appelle des forces négatives.

                                                                                     C.B.


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