RUGAMBA-NET PRESS

Les équilibres dans les institutions:

Aller au de-là des quotas à l'armée

           

Introduction

            L'idée de l'éthnisme dans les institutions nationales s'enracine de plus en plus en dépit de la Charte de l'Unité nationale On met en avant le pragmatisme politique pour régler ponctuellement la crise actuelle tout en espérant que cela constitue une étape sur la voie de recouvrer l'unité des Barundi qui est aujourd'hui rompue. C'est dans cette ligne qu'on entend des propositions les unes plus téméraires que les autres, comme la mécanique ethnique des 50% hutu-50% tutsi dans la future armée nationale. En soi cette mécanique fait peur pour plusieurs raisons, mais pourrait rassurer si elle était entourée d'un minimum de bonne foi des protagonistes actuels et si elle poussait plus loin pour ne pas se limiter à quelques aspects de la donne burundaise.

            Nous pensons donc qu'il faut pousser la réflexion dans l'approfondissement de cette mécanique tout en la limitant dans le temps et en l'élargissant sous d'autres aspects. Il faut aussi réfléchir davantage sur les mécanismes d'interaction entre cette mécanique et les valeurs d'unité nationale, de la nation et de l'Etat pour qu'à moyen terme la mécanique des parités ethniques disparaisse d'elle-même et laisse la place à une nation ou un Etat "civilisé".

 

A. La lecture de la mécanique des parités : Ne pas les confiner dans le sécuritaire

            C'était en Afrique du Sud quand Buyoya et Mandela ont proclamé publiquement que le gouvernement accepte d'introduire des quotas ethniques (50%-50%) dans la future armée nationale. La nouvelle a été perçue comme un scandale dans certains milieux Tutsi et Hutu. La nouvelle est d'autant plus inquiétante que les 50% des Hutu sont considérés dans l'opinion publique comme des terroristes génocidaires issus des organisations responsables de la continuation du génocide entamé par le Frodebu en 1993, à savoir le CNDD, le Palipehutu et le Frolina. Mais Buyoya a voulu rassurer en indiquant toujours qu'il ne s'agissait pas de ces gens. Utopie ou mensonge délibéré? Dans tous les cas, Mandela est sans équivoque en disant devant l’armée nationale à Gitega:

           “ Le président Buyoya a accepté que les rebelles puissent entrer dans l’armée

           à raison de 50% - 50% Tutsi et Hutu. les rebelles avaient demandé 70%, je   

           leur ai dit que c’est impossible.” (L'Avenir numéro 57, page 8)

            Dans tous les cas, ces terroristes génocidaires ne réclament que leur entrée dans la future armée nationale (60% de Hutu ou terroristes génocidaires du Frolina, CNDD ou Palipehutu, d'après une déclaration du G7 ). Il serait même aberrant que ce ne soit pas ainsi et il faut être naïf pour croire autrement. Le premier vice-président de la République, M. Frédéric Bamvuginyumvira a confirmé d’une certaine manière les propos de Mandela, samedi 8 juillet 2000 lors de sa visite à la population de Rutegama en province de Muramvya quand il répondait aux questions en rapport avec l’intégration des terroristes génocidaires.

            C'est cela qui inquiète : une armée de ceux qui tuent des civils sans défense comme les enfants, les femmes, les vieux, etc...Ils vont être malheureusement intégrés dans l’armée nationale.

L'accès à l'armée est considéré par les victimes désignées du génocide comme un tremplin sûr pour parachever le génocide contre les Tutsi entamé depuis 1965.

            Qu'est-ce qui rassure ces victimes désignés que demain le génocide ne va pas reprendre ? L'éventualité des mutineries ? Tout cela inquiète quand on y pense. Il n'y a rien qui garantisse que les violences ne vont pas reprendre puisque l'objectif ultime des organisations terroristes des génocidaires n'est pas cette armée, mais l'extermination des Tutsi comme ils l'ont toujours manifesté.

            C'est pour cette raison qu'il ne faut pas confiner la logique des équilibres au niveau des "épées" alors que ces équilibres peuvent être rompus par d'autres institutions non équilibrées avec des arguments objectifs au nom de la démocratie. Si on a opté pour cette dure réalité qui frise la honte et le scandale, il faut être conséquent avec soi-même et pousser loin la logique. Pourquoi ne pas être courageux et assainir d'abord les institutions politiques qui agiraient en outre sur les forces de l'ordre. Ce sont elles qui ont toujours entraîné les forces de l’ordre.

            A défaut de cela, en se contentant de la mécanique des parités au niveau de la sécurité, il faut un équilibre fort et absolu au niveau des institutions qui ont le pouvoir d'action sur les forces de l'ordre. L'exécutif (au niveau du sommet et du gouvernement), l'assemblée nationale, le sénat et les conseils nationaux doivent être conçus de façon à ce qu'ils évitent tout débordement.              

            D'emblée, les gens regardent le sommet en l'occurrence le chef de l'Etat quand il est question des affaires publiques. Sa désignation importe beaucoup. Il existe beaucoup de modes de désignation ou d'élection du chef de l'Etat. Mais pour désigner ce dernier, il faudrait qu'on analyse le cheminement parcouru de la base au sommet pour avoir le premier responsable de l'Etat.

B. La mise en place des institutions

     La démarche de mise en place des institutions consiste à appliquer fidèlement le principe d’équilibre ethnique à tous les niveaux mais aussi en essayant de pallier aux limites de cela par d’autres mécanismes des compétences à tous les niveaux. de la base au sommet, il faut veiller à ce qu’il n’y ait pas de déséquilibre.

          1. Modes de désignation des responsables à la base

              La désignation des responsables à la base devrait être faite de façon à ce que la politisation et le jeu malsain des partis politiques soient le plus possible évités. Il s'agit de la désignation des chefs au niveau des collines et des communes. Le constat qu'on fait à ces niveaux est que parfois, on trouve que des collines, voire des communes sont aujourd'hui monoethniques et qu'elles sont occupées exclusivement par des hutu à la suite du génocide d'octobre 1993 et sa continuation jusqu'aujourd'hui. Leur désignation devrait être réaliste et en dehors de la compétition des partis politiques.

             Les personnes à choisir sont celles qui composeront :

             - Les chefs de colline

             - Les membres de l’Assemblée Générale Communale (AGC )

             - Les membres du Conseil Communal de Développement ( CCD )

             - L’administrateur Communal

            Le choix des chefs de collines devrait être basé sur deux critères :

            - Etre umushingantahe investi est être plébiscité parmi les Bashingantahe.

            - Etre élu par toute la population en âge d'élire.

            Ici, il ne faudrait pas introduire la parité pour éviter que le tissus ne se casse définitivement. le système de parité étant même impossible du fait que dans certaines localités, il n’y a plus de trace de Tutsi à cause du génocide d’octobre 1993.

            La population élirait également d'autres Bashingantahe qui constitueraient l’AGC. Celle-ci serait complétée par des personnes désignées par l'administrateur communal pour combler les équilibres qui seraient nécessaires, notamment au niveau des compétences et des équilibres ethniques. Néanmoins les gens cooptés ne devraient pas dépasser le 1/3 des membres élus. C’est cette assemblée qui serait chargée d'élire les membres du CCD. Celui-ci doit être paritaire (50% Tutsi et 50% Hutu ).

            Quant aux administrateurs communaux, nous pensons qu'ils devraient rester des personnes nommées pour la simple raison que l'autonomie des communes se cherche encore. Ils devraient être des technocrates servant d’exécutif de l’AGC et du CCD. L'autorité qui pourvoit à la nomination des administrateurs devraient tenir compte des critères d'intégrité morale et intellectuelle, sans pour autant perdre l’esprit d’équilibre au niveau de la province et du pays.

            2. Mode de désignation du gouverneur et du CEP

            Le gouverneur doit être un élu à la tête d'un Conseil Exécutif Provincial ( CEP) qui dirige la province. Il doit être élu par l'assemblée générale des CCD qui sont constitués de 50% Tutsi et 50% Hutu. Le CEP serait composé par des membres désignés par le gouverneur de province sur base de leurs compétences techniques mais de façon paritaire ( 50% Tutsi et 50ù Hutu ). Le gouverneur le soumet préalablement pour approbation à l'assemblée générale des CCD. Le CEP aurait un mandat de 2 ans tandis que celui des gouverneurs serait de 4 ans. Les mandats de gouverneurs seraient alternatifs entre Hutu et Tutsi.

 

            3. Election des députés et sénateurs

            Les députés et les sénateurs d'une circonscription seraient élus au suffrage indirecte à travers des partis politiques, par le Congrès Général Provincial (CGP). Celui-ci serait composé par :

- Le gouverneur de province

- Le CEP

- L'assemblée générale des CCD

- Les administrateurs communaux

            Chaque parti présenterait une liste de couples Hutu-Tutsi rigoureusement constitués dans l'esprit de l'intégrité morale et intellectuelle. Les électeurs éliraient les couples parmi les nombreux couples présentés par les partis. Les indépendants pouvant eux aussi se constituer en couples à  se faire élire.

            Les députés et sénateurs issus d'une circonscription seraient au bout du scrutin paritaire dans l'ordre de 50% Tutsi et 50% Hutu.

            4. Conseil  Economique et Social de Province (CESP )

            Le CESP serait l'organe d'orientation générale économique et sociale. Il est choisi parmi des représentants des conseils communaux, du conseil exécutif provincial, des députés, des hauts cadres techniques oeuvrant dans la province et ailleurs. Il ne doit pas être paritaire. Il appuie le Gouverneur et le conseil exécutif provincial dans leurs programmes de développement socio-économique. il est nommé par le président de la république, sur proposition du CGP qui délibère sur les dossiers individuels de chaque membre. Ceci est guidé par la volonté d’allier la technocratie, l’esprit d’indépendance et le politique. Le mandat du CESP serait de 4 ans.

 

            5. Désignation du bureau de l'assemblée nationale et du sénat

            L'assemblée nationale et le sénat seraient constitués par des députés et sénateurs issus des circonscriptions. Leurs bureaux seraient élus au sein des communautés représentées à l'assemblée nationale et au sénat. Ils devraient être dans les proportions de 5O% Hutu et 50% Tutsi. La présidence de l'assemblée ou du sénat serait alternative durant une législature, entre Tutsi et Hutu (2 ans pour chaque communauté).

 

            6. L'élection du Président de la République

            Le mode de désignation du Président de la République respecterait aussi les équilibres ethniques ci-haut évoqués. Il serait sélectionnés au sein des communautés par les députés et et les sénateurs constitués en congrès ( assemblée nationale et sénat ). Les sénateurs et les députés mettraient sur pied des couples inter-ethniques que les communautés présentes au sénat et à l'assemblée nationale sélectionneraient pour avoir au moins 2 couples à présenter au suffrage universel. Le couple sélectionné pouvant provenir du sénat ou de l'assemblée nationale, des personnalités indépendantes qui le demandent et des gens de la société civile. Le couple sélectionné serait composé d'un président et d'un premier ministre (ou vice-président) co-responsables et alternant aux 2 postes pour un mandat de 4 ans ou 6 ans.

            Les 2 élus mettraient sur pied un gouvernement composés de 50% Hutu, 50% Tutsi et préalablement soumis au congrès pour approbation.                            

            Le gouvernement, le sénat et l'assemblée nationale devraient être appuyés par un conseil national économique et social constitué par des technocrates en tenant compte des équilibres sans être nécessairement paritaire.Ils sont nommés par le président de la République sur proposition du gouvernement et après approbation du congrès. ils seront choisis dans tous les secteurs de la vie socioprofessionnelle et leur choix serait guidé par leurs compétences techniques et leur moralité.

 

  Conclusion

           La mise sur pied de toutes ces institutions viseraient à éviter à moyen terme les heurts et les frustrations au sein des ethnies.   A long terme, elles viseraient à créer des générations dépourvues de complexes éthniques. C'est pour cela, que le rôle des responsables politiques serait d'animer la vie politique en collégialité et en axant le discours sur le renouement avec l'unité nationale. Les différents organes de technocrates étant là pour aider à proposer et appliquer des solutions techniques à des situations données sans référence à l'ethnie ou à la couleur politique.

            En définitive, il faut des institutions équilibrées de la base au sommet sans perdre de vue le caractère caduque d'une telle vision à moyen terme. de telles institutions ne peuvent être acceptées par les Barundi que la mort dans l'âme suite à la dérive ethnique actuelle de l'Etat. Ces institutions doivent être appuyées par la rigueur de la loi dans la gestion de l'Etat. C'est pourquoi, on doit réprimer tous les délits sans référence à l'ethnie ou à la région. Les crimes contre l'humanité et le génocide ne doivent pas être noyés dans ces équilibrages sous prétexte de co-amnistie. Au contraire, leur répression doit accompagner la mise en place de toutes ces institutions afin de rassurer tout le monde, les victimes et les innocents.

 

 

                                                                                       A.F. NIYONGABO

                                                                                  Membre de la Société Civile

 

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