RUGAMBA-NET PRESS

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Les médias publics dans l’oeil du cyclone révisionniste-négationiste: le cas effrayant de la RTNB

JF. Sebatore

 

Depuis le début du génocide d’octobre 1993 et qui se poursuit aujourd’hui, les média publics ont toujours présenté au public l’image déformée de la réalité sociale et politique du pays. Ils ont constamment cherché à occulter des réalités criantes que vit le pays en vue de satisfaire les pouvoirs en place au détriment de l’intérêt général. Ceci vaut pour tous les régimes qui se sont succédés depuis 1993. En s’inscrivant dans cette ligne, il est difficile, voire impossible, de reconstruire les faits ou les événements passés sur base des éléments d’information fournis par les média publics, dont l’unique quotidien national (en réalité, le bihebdomadaire) LE RENOUVEAU et la RTNB. Tout est distillé et ce qui parvient à passer à travers l’entonnoir est vide de sens et de contenu, voire insaisissable. A force de cacher la réalité selon la volonté du chef, la RTNB -surtout- est tombé dans le révisionnisme-négationisme si bien que les informations qu’elle fournit paraissent comme celles provenant d’un reporter extra-terrestre reportant sur un pays à peine connu des auditeurs et téléspectateurs.

 

Les acteurs de l’actualité ne sont pas ceux qui paraissent dans les journaux : des activités tant intellectuelles que politiques réalisées par ceux qui ne jouent pas aux hérauts du régime Buyoya-Frodebu ne sont pas couvertes par la RTNB de l'inconditionnel du régime en place,  Innocent Muhozi, Directeur Général. La RTNB fonctionne  comme s’il n’y avait pas d’opposition préoccupée par la question du génocide et de son négationnisme.  L’accord d’Arusha est comme s’il rassemblait autour de lui l’unanimité à l’instar de l’unanimisme ambiant du monopartisme; le génocide en cours depuis octobre 1993 est comme s’il se déroulait ailleurs; le conditionnement de l’opinion publique est maladroitement fait comme si on était sous le parti unique; les hommes au chapitre sont ceux qui combattent le gouvernement avec les armes, etc.. Bref, les média publics font tout pour semer la confusion et cacher au monde entier que le Burundi ne vit pas le génocide, mais une guerre d’un autre genre dont ils sont incapables de qualifier. Ils sont toujours dans l’oeil du cyclone révisionniste-négationiste et la RTNB garde toujours la palme de « l’abusier ». Tout cela est remarquable à travers plusieurs faits observables au quotidien.

La vulgarisation de l’accord d’Arusha: un révisionnisme-négationisme soigneusement entretenu.

Après la signature de l’accord d’Arusha, tous les présidents de la République et leurs ministres ont sillonné le pays pour expliquer l’exploit du 27 août 2000 à Arusha . La RTNB a repris en choeur leurs discours en évitant de montrer au public là ou le bas blesse , c’est à dire là ou le peuple est réticent et inquiet. Ce fut comme sous la vulgarisation de la Charte de l’Unité et de la constitution de 1992: il fallait encenser les "exploits"  contenus  dans ces deux textes et passer sous silence là ou le peuple burundais a des doutes légitimes, c’est - à - dire chanter les bienfaits apportés  par les deux textes et la gloire de ses auteurs - initiateurs. La RTNB a toujours maladroitement agi comme si le peuple était ignorant, inexistant, une engeance en somme. C’est ce qu’il fait même aujourd’hui en esquivant toute les questions qui gênent et qui irritent la volonté du prince de la République.

 

Elle fausse sciemment les termes pour mieux traduire la volonté du prince, celle de cacher la réalité des faits . Ainsi par exemple, la RTNB ne se gêne pas de qualifier les auteurs des pogroms de Buta ou d’ailleurs de « combattants » (sous - entendu pour la démocratie) ou « rebelles » en se fiant aux dépêches tirées d’une certaine presse étrangère mue par les intérêts d’un certain lobbying. Le génocide d’octobre 1993 est qualifié de massacres inter- ethniques, etc... Ceci pour bien traduire la pensée du prince qui veut qu’on ne dise jamais de « terroristes - génocidaires » ou de « génocide ». Quand certains journalistes se permettent de qualifier le fait par son nom, ils sont qualifiés d’extrémistes par certains cercles du pouvoir et peuvent en être menacés.

 

Il faut donc l’art de se mouvoir dans le mensonge consciencieusement et soigneusement entretenu, peu importe le révisionnisme et le négationisme que cela comporte, pour travailler dans les conditions prévalant dans les salles de rédaction des médias publics. La RTNB contribue de façon engagée à faire la propagande du révisionnisme-négationisme en répétant de faux termes contenus dans l’accord et en participant à sa vulgarisation avec une méthode propre à occulter la principale préoccupation du peuple, à savoir la survie et la paix. Or, ceci est impossible du fait que l’accord consacre précisément le génocide dans les moeurs politiques dans la gestion de l’Etat .

 

Le conditionnement de l’opinion publique: des maladresses qui font tomber dans le révisionnisme-négationisme

En écoutant la radio nationale ou en regardant la télévision nationale, on est frappé par certaines émissions, reportages et journaux. Ainsi le thème de la réconciliation est développé tous azimuts et tout est beau pour parler de ce thème. Des propagandistes du pouvoir à travers quelques associations dites de la société civile et qui sont inféodées au gouvernement rivalisent d’ardeur et de maladresses en essayant de trier des paysans ou paysannes qui puissent débobiner leur catéchèse sur la cohabitation. On va jusqu’à organiser des scènes comiques comme celles qui mettent sur l’écran les rencontres entre déplacés et la population restée sur colline. Plusieurs scènes du genre ont été montrées à la télévision pour inciter les déplacés à rejoindre leurs collines où les leur ont été décimés par les enfants de ceux- là qui viennent leur rendre la visite au camp. Où sont donc les auteurs de la mort des parents, enfants, etc. de ces déplacés? Ces visiteurs aux sentiments nostalgiques peuvent-ils aider ces déplacés et la justice à mettre la main sur ces criminels? Peuvent - ils aider à témoigner devant la justice ? L’idéologie génocidaire n’est-il plus enseignée par le Frodebu sur les collines? Ce parti n’y sévit plus?

 

Tout cela ne trouve pas de réponse et la RTNB qui continue à recenser des incantations à la cohabitation en esquivant l’essentiel de ce qui a cassé cette cohabitation, à savoir le génocide et son idéologie . « Umuntu ntatinya ishamba atinya ico vyarihuriyemwo ». Ces déplacés insensibles au retour sur les collines d’origines savent bien ce qui les y a chassés et qui y est toujours. Si c’est à refaire, il le refera; le peuple ayant pu se rendre compte de ce dont il était capable de faire, pour paraphraser le parti ou pouvoir, le Frodebu, parlant de son exploit génocidaire en octobre 1993

 

Dans les reportages réalisés par la RTNB, on essaie de tendre les micros uniquement aux révisionnistes - négationistes. Jamais celui qui condamne le premier responsable du génocide, à savoir le Frodebu ne peut être écouté ou ses propos ne peuvent pas être diffusés. Et pourtant la vérité des faits et que ce parti est responsable du génocide d’octobre 1993 et la commission internationale d’enquête de l’ONU a qualifié de génocide les actes perpétrés par le parti Frodebu en octobre 1993 contre la population Tutsi .

 

Quant les journalistes de la RTNB prennent le courage entre leurs mains et qu'ils osent parler de genocide, il faut lui appliquer une certaine symétrie et parler aussi d’ « exclusion ». Ainsi à la RTNB , il s’est développé une certaine symétrie ahurissante:génocide - exclusion, génocidaire - putschiste, bandes armées - sans échecs, déplacés - dispersés, déplacés - regroupés, déplacés - réfugiés, militaires - rebelles, militaires - combattants, massacres - exactions, massacres - bavures, massacres - répressions, Hutu - Tutsi,... Cette symétrisation des termes est devenue un réflexe qu’on ne peut pas éviter. Les politiciens et leur caisse de résonance qu’est la RTNB ont cet art unique d ’égrener des termes à côté desquels il faut toujours mettre leurs symétriques, comme si l’un doit nécessairement justifier l’autre. A force de répéter cela, on finit par tomber inconsciemment dans le révisionnisme-négationisme.

 

Quand on s’écarte un peu de la mécanique des termes, on doit aussi rester le plus possible de la volonté du prince. Ainsi, quand on ose parler à la RTNB de génocide, on doit entourer ce terme d’un flou inextricable. On parlera donc de génocide sans dire qui le commet et contre qui. Le génocide devient donc un crime anonyme perpétré par des personnes anonymes contre des victimes anonymes. Bref, ce n’est plus un crime, parce qu’il est sans auteur. C’est du pur et simple révisionnisme-négationisme qu’on essaie d’inculquer dans l’opinion publique. Les criminels se morfondent dans la masse d’anonymes victimes et à leur tour anonymes qu’on ne peut pas poursuivre. Ils ont la voie au chapitre quand ceux qui combattent le génocide ne peuvent pas s’exprimer.

 

Ceux qui ont écouté à la radio ces brillant reportages commandité par la ligue des droits de l’homme « ITEKA »(voir par exemple le journal de la radio nationale de 13 heures du dimanche 24 décembre 2000) peuvent se faire l’idée de la banalisation du crime de génocide au point de tomber dans les travers du révisionnisme-négationisme si on ne poursuit pas ce génocidaire qui vantait en somme ses exploits au sein du CNDD. Répondant au micro du journaliste qui lui demandait combien il a déjà tués, le brave terroriste-génocidaire a gaillardement égrené un chapelet de pogroms dont il est responsable: « J’ai tué à Teza, à Kigereka, à Rugazi,... ». Etonné, le journaliste a enchaîné avec une autre question: Et comment tu te sens? Réponse: Je me sent très bien (numva umutima umeze neza). Cela peut passer inaperçu et ordinaire pour bon nombre d’auditeurs de la radio nationale car ils ont été suffisamment conditionnés par la RTNB et le discours officiel qui cherchent à adapter tous les burundais à l’inacceptable. C’est ainsi que malgré ce témoignage de ce terroriste génocidaire cela n’apportera rien au dossier des victimes du pogrom de Teza en juillet 1996. C’est cela le résultat du conditionnement de l’opinion publique.

Quand les génocidaires éclipsent les honnêtes citoyens luttant contre le génocide en monopolisant les micros de la RTNB

Depuis que le gouvernement en place négocie avec les groupes terroristes génocidaires, la RTNB ne ménage rien pour élargir l’espace médiatique à ces derniers. Tout le monde aura remarqué la campagne de charme menée par la RTNB en faveur du chef des groupes terroristes génocidaires, Monsieur Léonard Nyangoma (président du CNDD) lors de la conférence de Paris (11-12 décembre 2000). Cet homme responsable des pogroms de Bugendana, Butezi, Teza, Buta, etc. a bénéficié d’une couverture médiatique de sa propagande à l’issue de la conférence par des journalistes de la RTNB. Monsieur Nyangoma s’exprimait comme s’il était dans les studios de Radio Rutomorangingo du CNDD, comparée à la triste radio RTLM du Rwanda de Habyalimana par Reporters Sans Frontières (RSF) et les autres spécialistes des media. Cet homme de triste mémoire pour des milliers de familles burundaises qu’il a endeuillées ne méritait pas une couverture médiatique de sa propagande nazie par des moyens donnés par les contribuables que sont ces familles des victimes. En plus de lui, il y avait Minani (président du Frodebu) pour lui succéder sur l’écran de la télévision nationale et qui a declenché le genocide de 1993 avec les encouragements du gouvernement du sanguinaire Habyalimana.

 

D’autres encore font objet de beaucoup d’égards de la part des média publics quand d’honnêtes citoyens luttant contre le génocide ne peuvent pas parler sur les ondes ou à l’écran de la RTNB. Les journalistes qui osent tendre le micro aux leaders comme Charles Mukasi, président du parti UPRONA et opposant pacifique, sont sanctionnés. Monsieur Ntiruhangura, animateur de l’ émission politique : « Grain de sel » en sait quelque chose pour avoir invité Monsieur Charles Mukasi président de l'UPRONA non négociateur ;Venant Bamboneyeho président de AC-Génocide; Concilie Nibigira, Secrétaire Générale  de l'UFB , Diomède Rutamucero, président de PA-Amasekanya, au retour d’Afrique du sud au mois de juillet 2000. Il en a été sanctionné par une suspension décidée par son directeur sur ordre du M. Innocent Muhozi.

 Mais celui qui tend le micro au génocidaire Nyangoma mérite une note « Elite », car il n ’est pas extrémiste tandis que M. Ntiruhangura est considéré comme un extrémiste irréductible pour avoir accordé la parole aux leaders de l'Accord Cadre aujourd'hui dans le collimateur de l'organisation  "International Crisis Group" , (I.C.G.) sous-traitant du pouvoir en place.

 

Les génocidaires éclipsent les honnêtes citoyens luttant contre le génocide. Il suffit également d’analyser le type d’invités de Monsieur Innocent Muhozi, directeur général de la RTNB et un des hérauts inconditionnels du sysmtème Buyoya-Frodebu, lors de ses émissions « Focus ». Le critère de choix de ses invités est, soit d’appartenir aux groupes armés du G7 ou être de la mouvance Rukingama. Rarement, il a invité des gens d’autres sensibilités  malgré les maintes critiques des téléspectateurs à qui il répond cyniquement: "je comprend la pertinence de votre remarque" sans rien concrétiser . Pourquoi?  S’agit-il de ceux qui tuent beaucoup, ou encore ceux qui savent se cacher derrière un discours ambivalent qui fait le lit du révisionnisme-négationisme qui ont droit aux micros des médias publics? Les hommes au chapitre sont notamment les Bararunyeretse qui savent bien manier la langue au point de transformer le génocide perpétré par le parti Frodebu contre les Batutsi en massacres inter-ethniques. En dehors d’eux, ce sont les fidèles du parti Frodebu et ses satellites.

 

La monopolisation de la liberté d’expression par les organisations génocidaires comme le Frodebu et ses satellites pose un problème de conscience chez les gestionnaires des médias publics. En effet, ceux-ci confondent tout: qui sont ceux qui combattent le gouvernement? S’agit-il de ceux qui ont pris les armes ou de ceux qui s’opposent politiquement et pacifiquement par des idées? Qui sont les partenaires du gouvernement? Quelle est la ligne éditoriale des médias publics? Qui sont les fossoyeurs du peuple burundais pour lesquels il faut refuser les micros et les colonnes des médias publics? A tous ces questions , il est difficile de répondre car la confusion est totale. Monsieur Rukingama, gestionnaire principal des médias publics est le mieux placé pour répondre, mais il serait gêné de répondre.

 

De la même manière que les hauts responsables du pays ne savent pas répondre à ces questions, ils ne savent pas non plus  faire le choix éthique des canaux médiatiques par lesquels ils doivent s ’exprimer. C’est ainsi qu’on entend souvent ici et là le gouvernement qualifier « Burundi Bureau » de média de la haine alors que ses membres ne cessent de s’exprimer à travers ses colonnes en lui accordant des interviews. On s’interroge dès lors sur la moralité et la conviction des membres du gouvernement . Y a-t-il une certaine éthique morale et politique qu’on observe au gouvernement? Il y a lieu de conclure que précisément, à l’instar des médias publics sous sa botte et qui favorisent le révisionnisme- négationisme, le gouvernement ne sait pas faire la part des choses entre sa ligne éditoriale et celle de « Burundi Bureau » ou les deux se confondent à merveille . C’est pour cela que les médias publics et « Burundi Bureau » se rejoignent facilement sur le point du révisionnisme - négationisme au grand dam du peuple burundais .

 

En définitive, la confusion que sèment les médias publics dont la RTNB, dans l’opinion publique est une option voulue par les pouvoirs publics qui le gèrent. Cette confusion les met dans l’oeil du cyclone révisionniste - négationiste. La situation actuelle est inquiétante et on s’interroge sur l’éthique politique et morale du gouvernement. Celui - ci semble nager dans la confusion totale ou il le fait exprès en accordant davantage d’espace médiatique aux fossoyeurs de la Nation quand il le refuse à ceux qui se débattent pour refuser la mort programmé par des hommes comme Nyangoma et Minani. Le révisionnisme - négationisme des média publics est l’expression la plus claire qui montre que l’espace public national est de plus en plus le monopole des adaptes de l’idéologie génocidaire et de leurs complices. Le gouvernement serait-il donc dominé par des pro-génocidaires? L’absence de définition d ’une ligne éditoriale claire qui tranche avec le révisionnisme - négationisme risque de le faire croire. Le public a droit à une réponse. Il doit exiger que les gestionnaires de ces média cessent de mettre le vernis sur la vérité des faits en tronquant la réalité du génocide au quotidien.

 

C’est un courage exceptionnel qu’il faut aux journalistes quand on est sous les ordres du régime actuel dont le leitmotiv principal est justement de cacher au monde entier le crime de génocide dont le principal parti gérant la République burundaise (leFrodebu) est responsable. M. Ntibantunganye ne savait pas occulter le génocide à la manière de ses successeurs. Il avait le mérite de laisser la RTNB et les autres média rendre compte au public de ses méfaits et ceux de ses organisations génocidaires. Ainsi, celui-ci pouvait partager la douleur et le deuil au moment où aujourd’hui on fait tout pour cacher le drame à ceux qui devraient partager la souffrance que cela provoque.

JF. S

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