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Message des Associations Burundaises des Droits Humains à l'occasion du 52e anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme



Les Associations Burundaises des Droits Humains commémorent chaque année , l'adoption de la Déclaration universelle des Droits de l'homme par l'Assemblée Générale des Nations-Unies, le 10 décembre 1948. C'est un événement important dont l'humanité entière et les défenseurs des droits humains de la planète en particulier célèbrent aujourd'hui le 52e anniversaire.



La Déclaration Universelle des Droits de l'Homme a été le fruit d'une longue lutte et acharnée pour la reconnaissance universelle des droits et libertés fondamentaux de l'être humain. Elle a été adoptée à un moment particulier de l'histoire : au lendemain de la deuxième guerre mondiale qui a emporté environ 38 millions de vies humaines, civils et militaires, dont 6 millions de juifs victimes d'un génocide, conçu, planifié et exécuté par l'Etat NAZI pour des raisons purement raciales.


En vue de conjurer à jamais cette catastrophe humanitaire et d'autres formes de violations des droits de l'homme connues dans le passé, le contenu de la déclaration universelle fut completé et renforcé par d'autres instruments internationaux notamment deux pactes internationaux adoptées par l'Assemblée générale des Nations Unies le 16 décembre 1966, l'un relatif aux droits civils et politiques et l'autre aux droits économiques, sociaux et culturels.



Les Associations Burundaises des Droits Humains se réjouissent que le Burundi fasse partie de ces Etats qui ont adopté et ratifié la plupart de ces instruments et saluent aussi les efforts du Gouvernement d'intégrer certaines dispositions des instruments internationaux de protection des droits de l'homme dans la législation burundaise. C'est le cas notamment du nouveau code de procédure pénale en application depuis le début de cette année et dont les premiers résultats n'ont pas tardé à se manifester notamment en matière de détention préventive.



Certes, cette célébration arrive au moment ou notre pays connaît une dégradation continuelle de la situation des droits de la personne malgré les efforts des uns et des autres à protéger les droits de la personne humaine, cela en grande partie par la persistance de la guerre. 



Le droit à la vie reste le plus régulièrement violé malgré la signature de l'Accord de Paix d'Arusha, le 28 août 2000 en Tanzanie alors que la population burundaise s'attendait à une amélioration de leur sécurité. Les provinces de Gitega, Cankuzo, Rutana , Makamba et Bujumbura rural ont enregistré des centaines de morts d'innocents et d'animaux domestiques ainsi que la destruction des infrastructures socio-économiques. Les Associations Burundaises des Droits Humains déplorent que les rebelles n'ayant pas signé l'accord de paix continuent à attaquer le Burundi à partir de la Tanzanie et tuent des civils avec l'appui du Congo Démocratique et du Zimbabwe qui leur fournissent armes et munitions . 



Les associations des droits humains déplorent également la situation de pauvreté que vit la population due : aux déplacements forcés des populations par la guerre, la famine quasi généralisée et la hausse continuelle des prix des produits de base.



- Les populations sinistrées font face à toute une série de difficultés qui rendent leur existence très vulnérables : mauvaise alimentation, conditions sanitaires et hygiéniques déplorables, abandons scolaires des enfants, pillages des biens laissés sur les collines par des éléments de la rébellion et de l'armée régulière Le phénomène des enfants de la rue est devenu un drame humanitaire dont les conséquences seront catastrophique pour l'avenir de cette jeunesse et de celui du pays. 



- En matière de santé, une partie importante de la population est incapable de se payer des soins de santé et des médicaments dont les coûts ne cessent de s'élever. La situation est actuellement aggravée par le manque de médecins, en particulier, des médecins spécialistes. 


- Dans le domaine de l'éducation, l'enseignement primaire supposé être obligatoire et gratuit est de plus en plus réservé à ceux qui ont des moyens pour payer les frais et les fournitures scolaires.



A l'école secondaire, le minerval a été revu à la hausse, passant de 6000 à 8000 Fbu par trimestre à la désolation des parents incapables de couvrir ces charges. Les enseignants manquent alors que les collèges communaux se multiplient, une situation qui traduit un manque de planification stratégique.




- Dans le domaine de la Justice, la situation des cachots est caractérisée par des détentions arbitraires, des cas de torture et de mauvais traitement infligés par des policiers, des problèmes de l'alimentation des personnes détenues dans des cachots éloignés de leurs domiciles, le non respect du code de procédure pénale. Dans certaines localités, le cachot est considéré comme une " source de revenus " pour certains policiers qui s'adonnent à la corruption. 




- Concernant les dossiers relatifs aux malversations économiques les Associations Burundaises des Droits Humains regrettent que le gouvernement n'ait pas honoré son engagement à combattre les détournements, la gestion frauduleuse, la concussion etc.



Quant aux jugements relatifs aux crimes constitutifs de la crise que connaît le Burundi depuis octobre 1993, à savoir la tentative de putsch d'octobre 1993 ayant entraîné la mort du président Ndadaye et se collaborateurs et les massacres qui ont suivi et qualifiés d'Actes de génocide contre le minorité tutsi par une commission internationale d'enquête des Nations Unies, ainsi que les autres formes de violences qui ont suivi, les Associations Burundaises des Droits Humains déplorent que la justice burundaise frappe seulement les exécutants et non les commanditaires.



Les Associations Burundaises des Droits Humains en profite pour prévenir les acteurs nationaux et internationaux dans le processus de paix au Burundi contre le danger que constituerait l'amnistie des crimes contre l'humanité et de génocide commis au Burundi, hier et aujourd'hui. 


Face à tous ces défis dont l'énumération n'a pas été exhaustive, les Associations burundaises des droits humains demandent :



Au Gouvernement :



De respecter ses engagements en garantissant la protection des droits de la personne à travers la législation nationale et les différents instruments internationaux ratifiés. 



De promulguer une loi nationale sur la répression des crimes contre l'humanité et de génocide ;


De ratifier sans délai les statuts de la Cour Pénale Internationale en vue de réprimer les crimes imprescriptibles et les autres formes de violations des droits de l'homme commis au Burundi et ailleurs. 



De garantir la sécurité des personnes et des biens sur l'étendue de tout le territoire national face aux menaces de la rébellion d'intensifier les violences contre les civils burundais et étrangers.



De garantir la bonne gestion du patrimoine commun en ces moments cruciaux d'approche des échéances de la transition.



Aux parties signataires de l'accord



De mettre fin au aux querelles internes afin de manifester leur volonté d'accompagner le processus de paix. 



De tout mettre en œuvre pour que l'accord de paix signé le 28 août 2000 ne soit pas un fiasco et de s'impliquer activement dans l'arrêt de la guerre.



A la société civile 



De s'impliquer davantage dans la recherche de la paix en jouant pleinement son rôle de régulateur et de pression en se mobilisant prioritairement contre la violence.



De veiller à l'application de l'accord de paix particulièrement dans ses aspects économiques, sécuritaires et judiciaires qui ont des retombées directes sur les droits fondamentaux de la population .



A la communauté de Internationale



D'user de son influence sur les pays de la sous-région pour qu'ils s'engagent entièrement à faire respecter les accords de paix signés à Arusha et à faire cesser les attaques des rebelles contre le Burundi à partir du territoire tanzanien et congolais.



Pie Ntakarutimana
Président de la Ligue ITEKA

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