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Bujumbura dans la méfiance : "s'ils recommencent, ils mourront"

BUJUMBURA, 31 oct (AFP) - Dans les quartiers pauvres, hutus ou tutsis, de Bujumbura, sans cesse en proie aux combats entre rebelles et militaires, les préoccupations sont à cent lieues des tractations de palais pour un partage du pouvoir au Burundi. Il faut manger et s'abriter.

Mais souvent la peur du Tutsi pour le Hutu, du Hutu pour le Tutsi, entretenue par le souvenir vivace de massacres réciproques en 1993, fait oublier la faim et le mal vivre : les institutions de transitions, qui seront officiellement mises en place jeudi, ravivent souvenirs et tensions.

Si les membres de l'équipe du médiateur Nelson Mandela répètent à l'envi que les Burundais lassés par huit années de guerre n'aspirent qu'à la paix, la réalité sur le terrain est plus mitigée.

"Il n'a rien compris, on l'a trompé, on ne peut appliquer la réconciliation nationale au Burundi comme en Afrique du Sud", s'emporte un quadragénaire de Ngagara, un quartier tutsi pauvre du nord-est de la capitale.

Là, la plupart des familles qui en ont les moyens ont truffé leurs foyers d'armes à feu. "Le pouvoir nous a ligotés. Si on avait les mains libres, on en finirait en une semaine avec les rebelles", lance cet homme.

En 1993, après que le premier président hutu élu démocratiquement, Melchior Ndadaye, fut assassiné par des officiers tutsis, Ngagara a été le théâtre de terribles pogroms anti-Hutus, en réaction aux massacres de Tutsis dans des quartiers hutus voisins.

Grégoire Misigaro, un magistrat retraité de 70 ans, triture tristement les manches élimées de sa veste. "Je suis tout à fait d'accord pour partager le pouvoir avec les Hutus, car ce qui est important, c'est la paix", explique-t-il d'abord.

Mais il avertit froidement : "Tout ce qui s'est passé en 1993, c'était orchestré par les dirigents hutus. Alors maintenant, ils ont intérêt à changer car s'ils recommencent, cette fois, ils ne pourront pas s'échapper à l'étranger, ils mourront". Trois de ses fils ont été tués en 1993, dont deux dans leur collège, massacrés à la machette par des Hutus.

Non loin, à Kinama, un quartier hutu très pauvre de l'extrême nord de la ville, l'inquiétude se lit sur les visages de jeunes hommes assis sur des rondins de bois qu'ils tentent de vendre. Kinama a été le théâtre de violents affrontements en février dernier, entre rebelles hutus et militaires. Il avait été entièrement vidé de sa population.

"Pour nous, le plus important, c'est la paix, la sécurité. Que l'on arrête de se déplacer à gauche et à droite. On n'a plus rien", gromelle Pierre, 28 ans.

Le Burundi est classé au troisième rang des pays les plus pauvres de la planète par la Banque mondiale.

"Quel que soit le président, on veut vivre libre, on veut un hôpital, parce qu'ici, si l'on ne meurt pas de la guerre, on meurt de maladie", ajoute un de ses amis.

A Kinama, les rebelles évoluent comme chez eux, immergés dans la population, à deux pas de la forêt dense de Tenga, leur sanctuaire de repli.

"Le gouvernement de transition, c'est seulement une étape. Une vraie paix ne peut être obtenue que si l'on intègre les rebelles à l'armée", estime Bonaventure, 21 ans, chômeur.

Le Tutsi Léonidas, qui tient un café à Ngagara, est vindicatif. "Ce sera un gouvernement sans avenir, il ne durera pas car il est artificiel, c'est une création de Mandela", dit-il. "On va y trouver des putschistes de Buyoya, ceux qui ont tué Ndadaye, les génocidaires hutus et les pilleurs du Burundi, ceux qui ont profité de la guerre pour s'en mettre plein les poches. Tout ce petit monde va s'auto-amnistier", regrette-t-il.

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