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L'allocution du Chargé d’Affaires de l’Ambassade du Rwanda au Burundi, à l’occasion du 8ème Anniversaire du Génocide de 1994

 Avril 2002

 

 

-        Excellence Monsieur le Premier Vice-Président du Sénat, 

-        Excellences Mesdames, Messieurs les Ministres, 

-        Honorables Députés et Sénateurs, 

-        Excellences Monseigneur, Messieurs les Membres du corps Diplomatique et Consulaire et Représentants des Organisations internationales, 

-        Distingués invités, 

-        Chers compatriotes, 

Permettez-nous d’abord de vous adresser notre gratitude pour le geste de solidarité avec le Peuple Rwandais que vous avez bien voulu poser cet après-midi et ce soir. 

La rencontre de prière à la Cathédrale Regina Mundi et votre présence à cette petite réception constituent à la fois des actes de mémoire pour les victimes du Génocide de 1994 et surtout des actes de profond respect pour la raison d’être même de l’Humanité. 

Excellences, 

Honorables Invités, 

A l’heure où nous commémorons pour la 8ème fois cette tragédie de 1994, le Rwanda s’est proposé pour thème de cette année « s’unir pour l’éradication des anti-valeurs du Génocide ». 

Cette démarche est d’autant plus nécessaire que le génocide lui-même a été rigoureusement sous-tendu par une idéologie des divisions et une destruction systématique des valeurs positives. Cela a duré plus de 30 ans. 

On se souviendra, à titre purement indicatif, que le régime Habyarimana clamait tout haut dans les arènes internationales les plus rompues aux droits de l’Homme que le Rwanda était trop étroit et trop surpeuplé pour rapatrier ses nombreux réfugiés. 

Au Rwanda même, les fréquents massacres d’une catégorie de la population avaient fini par diminuer à certains tout droit à l’existence. Cela a fait dire à un compatriote que dans notre pays, et pour une catégorie de la population, vivre était devenu une faveur plutôt que d’être un droit inaliénable. 

Dès lors, comment s’étonner qu’en 1994 la machine génocidaire ait broyé plus d’un million de vies humaines, n’épargnant même pas les bébés. Je préfère passer sous silence les supplices à la fois inhumains et sauvages, endurés par les personnes de sexe féminin, supplices dont la seule description demeure traumatisante, 8 ans après ce crime contre l’Humanité. 

La machine à tuer, développée plus particulièrement depuis 1992, avec l’entraînement intensif des interahamwe, sera telle que certains de ces miliciens, mariés aux femmes de l’autre groupe ont des fois tué leurs propres épouses en enfants. Il leur fallait fournir à leurs entraîneurs toutes les preuves de leur efficacité programmée pour les massacres. 

La vulgarisation de ces massacres et de diverses pratiques génocidaires ne fut pas des mois dramatiques, puisque même la misère des populations fut exploitée au maximum à cet effet. Ainsi l’Administration et l’Armée encouragèrent les paysans et les habitants urbains pauvres à tuer les groupes désignés, pour s’emparer de leurs biens. 

Au plus fort du génocide, il devint facile de tuer quelqu’un pour pouvoir disposer des marchandises de sa boutique, de ses vaches, de ses chèvres et même à un certain moment de ses vêtements tout court. 

Ainsi dans cette promotion de la violence et de l’impunité, les parias de la société furent incités à massacrer leurs frères de conditions et de misère, aussi bien dans les campagnes que dans les villes. 

Une telle négation du droit le plus sacré de l’Homme, le droit à la vie, interpelle aujourd’hui toute la conscience universelle, pour que  plus jamais le génocide ne se reproduise au Monde. 

Mais « le plus jamais » ne risque-t-il pas d’être un slogan international, comme il l’a été après la 2ème Guerre Mondiale ? 

Evoquer les horreurs du génocide c’est aussi parler du terrorisme qui, en septembre 2001, a causé des catastrophes aux Etats-Unis d’Amérique, de nature à diminuer l’Humanité entière. Je vous prie de bien vouloir observer une minute de silence, en la mémoire des victimes du génocide de 1994 et des victimes du terrorisme du 11 septembre dernier.

Se mobiliser contre le génocide, c’est se mobiliser contre le terrorisme. Car c’est donner un sens à l’être humain dans sa plénitude. Agir autrement c’est se dénier à soi-même toute légitimité d’exister. 

Excellences, 

Distingués Invités, 

S’il est vrai que le Gouvernement Rwandais d’avant 1994 et son Armée ont mis tout en œuvre, pour exterminer toute une catégorie de la population, il n’est pas moins vrai que des individus ont plutôt exposé leurs propres vies, pour en sauver d’autres. 

Qu’il nous soit permis ici de rendre un hommage appuyé à une portion de la population non négligeable qui a préféré s’exposer au même massacre, pour protéger des voisins. 

Que d’actions de résistances collectives réunissant hutu et tusi indifféremment, pour faire face aux assauts des miliciens interahamwe ! Il en fut de même pour les jeunes gens et jeunes filles de l’Armée Patriotique Rwandaise qui n’ont reculé devant aucun risque, chaque fois qu’il fallait sauver in extremis leurs concitoyens en danger de mort. C’était dans les stades et dans des Eglises où des foules entières avaient été souvent amassées, pour subir des massacres collectifs ou à petit feu. C’était des fois aussi à travers les plafonds des maisons, où l’un ou l’autre rescapé était parvenu à se cacher, après avoir assisté à l’extermination des membres de sa famille. 

Bref, autant d’actes héroïques qui constituent aujourd’hui des références utiles, à l’heure de la réhabilitation des valeurs positives dans notre pays. 

C’est dans cet esprit qu’une commission ad hoc, à pied d’œuvre depuis 5 ans, a choisi dans l’Histoire du Rwanda un pannel de héros nationaux, érigés à ce titre pour leurs mérites de bravoure exceptionnelle. 

Il y a lieu de citer, parmi ces héros nationaux, Madame Agathe Uwiringiyimana, alors Premier Ministre, au déclenchement du génocide de 1994. Celle-ci fut parmi les toutes premières victimes désignées du génocide et des massacres, pour la simple raison qu’elle ne s’était pas inscrite dans la logique des planificateurs dudit génocide. 

Une fête nationale des héros sera régulièrement célébrée le 1er février de chaque année. Quant au pannel des héros, il demeure ouvert pour tout acte exceptionnel du don de soi pour autrui ou pour la population rwandaise. Et la commission recrute les candidats à promouvoir dans toutes les couches sociales du pays. 

A ce propos, le Gouvernement Rwandais est conscient que cette réhabilitation des valeurs positives ne peut se parachever en un jour. Il s’agira d’un travail de longue haleine mais il y va de l’avenir et même de la survie de tout un peuple. 

Excellences, 

Honorables invités, 

Si la tragédie de 1994 était telle que le Rwanda semblait voué à une malédiction éternelle de la division, force nous est de constater que le bilan du Gouvernement d’Unité Nationale s’annonce déjà réconfortant, en l’espace de 8 ans. Parmi les options qui sont devenue réalités, depuis juillet 1994, il y a lieu de citer : 

-     la mise en place d’un Gouvernement et des institutions en général, à travers lesquels tout le peuple rwandais se reconnaît. 

-     l’accès à l’Enseignement Secondaire et Supérieur est à la portée de tous les citoyens rwandais, le critère des performances scolaires et académiques étant devenu le seul outil de recrutement. Faut-il rappeler qu’en matière d’éducation, en plus de l’exclusion à base ethnique et régionale, il était de notoriété publique que les enfants des paysans et des familles modestes en général n’avaient pas d’égalité de chances avec ceux des dirigeants avant 1994. 

-     L’autre démarche du nouveau Gouvernement qui mérite une attention particulière, c’est l’éducation à une véritable démocratie. Celle-ci procède principalement de la participation réelle de la population à la gestion de la chose publique, et ceci à partir des administrations de base. Cette participation de la population est sous-tendue par la décentralisation des budgets, en faveur des communes. Celles-ci peuvent désormais arrêter leurs priorités d’intérêt social et de développement, pour en programmer ensuite l’exécution. Dans le même esprit, le Conseil Communal et le Bourgmestre sont redevables devant la population de leur circonscription. Cette population, qui les élit, peut les remplacer à tout moment, pour mauvaise gestion par exemple dûment constatée. Ceci date de Mars 2001. 

            Mais pour revenir au thème de l’année, axé sur l’éradication des anti-valeurs du génocide, il paraît nécessaire de souligner en bonne place la lutte contre la culture de l’impunité, l’un des grands facteurs du génocide. Cette lutte contre l’impunité constitue, dans le processus en cours, une voie incontournable dans la réhabilitation des valeurs positives. A ce sujet, nous remercions vivement les pays membres de la Communauté Internationale qui ont facilité l’arrestation des grands planificateurs et auteurs du génocide se trouvant sur leur territoire. 

Néanmoins dans certains autres pays, le Tribunal Pénal International pour le Rwanda n’a pas toujours rencontré la coopération souhaitée, pour l’arrestation ou le transfert de ces criminels. 

Notre souhait serait que des pays qui se réclament de culture et de traditions des droits de l’homme en fassent la preuve, à l’exemple de bien d’autres évoqués ici plus haut. 

Au Rwanda plus précisément, la mise en place de l’institution judiciaire Gacaca, inspirée de la culture rwandaise, est appelée à permettre d’accélérer le jugement des nombreux prévenus du génocide. 

Cette institution contribuera en outre à faire des jugements, rendus à ce niveau, un facteur de réconciliation nationale. A cet effet, la population rwandaise a élu en son sein, au cours de l’année dernière, des personnes réputées intègres et devant largement contribuer à l’instruction des dossiers et au jugement des prévenus, sur le lieu du crime. 

Cela permettra autant que possible à toute la population de faire sienne cette justice participative. Et l’échantillonnage expérimental, opéré dans certaines communes du pays, s’avère déjà payant. 

    D’ici quelques mois, il est prévu que ladite Gacaca soit entièrement opérationnelle. Certes, il a fallu faire toutes les adaptations nécessaires au Droit moderne et organiser les services techniques devant l’appuyer. 

                Nous nous en voudrions de terminer sans remercier tous les pays amis et Organisations Internationales qui, dans l’ensemble, ont fait preuve d’une grande disponibilité dans la reconstruction de notre pays. Et nous pensons que leur bonne compréhension des enjeux actuels du Rwanda sera un facteur de développement d’un partenariat toujours plus efficient. 

Je vous remercie.


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