RUGAMBA-NET PRESS

http://www.cbinf.com/netpress.bi


Accord de paix au Burundi: nouveau blocage des Tutsis

Par Chris Tomlinson

ARUSHA, Tanzanie (AP) -- La paix n'est pas gagnée au Burundi. Confirmant les grandes réticences exprimées ces derniers jours, le président burundais, Pierre Buyoya, a exigé lundi qu'on apporte des modifications de dernière minute à l'accord de paix censé mettre fin à sept ans de guerre civile, tandis que les dix partis tutsis affirmaient qu'ils ne signeraient pas.

 

L'ancien président sud-africain Nelson Mandela, infatigable médiateur de négociations qui durent depuis deux ans à Arusha, avait pourtant mis les petits plats dans les grands lundi en organisant une cérémonie de signature en présence de huit chefs d'Etat africains et du président américain Bill Clinton en personne.

 

Alors que les négociations s'étaient poursuivies toute la matinée, les chefs d'Etat présents à la cérémonie ont attendu pendant deux heures avant que M. Buyoya n'annonce son refus de venir au Centre international de conférences, exigeant d'ultimes modifications.

 

Jusqu'ici, le président tutsi et les dix partis tutsis participant aux négociations refusaient de signer un texte assurant une transition politique de trois ans sans que les rebelles hutus ne concluent dans le même temps un cessez-le-feu. Selon un proche de M. Mandela, le nouveau projet d'accord insisterait sur le coup d'envoi immédiat de la transition. Dans le cadre de cette transition, les deux camps doivent négocier la répartition entre ethnies des portefeuilles au sein du gouvernement intérimaire, du Parlement et de l'armée, mais ils ne sont toujours pas d'accord sur le nom de celui qui dirigera le pays pendant la période intérimaire.

 

Lorsque M. Clinton est arrivé au Centre de conférences, on ne savait pas encore si le différend était réglé après le coup d'éclat de M. Buyoya. Le président américain a eu un entretien en coulisses avec son ancien homologue sud-africain.

 

''Nous sommes en salle de travail en train d'attendre que l'enfant naisse et l'accouchement prend un peu plus de temps que prévu'', a résumé avec diplomatie le président ougandais Yoweri Museveni.

Minoritaires (environ 20% de la population) mais contrôlant les institutions, les Tutsis burundais redoutent que le partage du pouvoir proposé par l'accord ne les mette à la merci des Hutus et qu'ils subissent le même sort que les Tutsis rwandais, massacrés lors du génocide de 1994.

 

A la veille de la cérémonie de signature, les rebelles hutus se sont d'ailleurs signalés en attaquant un poste militaire, tuant un soldat, avant de massacrer cinq civils à Gasenyi, à 7km de la capitale Bujumbura. Certains partis tutsis extrémistes ont brandi la menace d'un coup d'Etat en cas de signature d'un projet sans cessez-le-feu.

 

Le Groupe des 10, qui rassemble les dix partis tutsis, a fait savoir lundi qu'il lui faudrait plus de temps avant de signer quoi que ce soit, notamment pour résoudre les questions de l'amnistie des prisonniers politiques, les élections et le président par intérim.

 

''Ca pourra prendre deux semaines, deux mois ou même plus. Le temps qu'il faudra pour que, nous Burundais, parvenions à un accord qui soit le meilleur pour notre pays'', a ainsi déclaré Mathias Hitimana du parti monarchiste PRT.