RUGAMBA-NET PRESS

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DECLARATION DU COLONEL Epitace BAYAGANAKANDI, CANDIDAT DESIGNE A LA PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE PENDANT LA TRANSITION.

   

Chers compatriotes,

   

  1. Le mardi 10 juillet 2001 à Pretoria, l’avenir du Burundi a été sacrifié encore une fois sur l’autel des intérêts d’un petit groupe de personnes. La proposition annoncée par le médiateur Nelson Mandela d’imposer le Président BUYOYA à la tête des institutions de transition a réduit la démocratie à un simple simulacre en même temps qu’elle a enlevé l’Etat aux citoyens en violant l’Accord de Paix d’Arusha dans lequel ils étaient invités à se reconnaître.

 

  1. Voici donc, que depuis cette date, l’espoir est entrain de s’effriter, que les périls sont entrain de s’accumuler et que les conditions de l’impuissance et de l’inefficacité institutionnelle sont entrain de s’installer. Le peuple burundais a, dans sa grande majorité, jugé cette proposition de Pretoria désastreuse parce qu’elle a été fondée sur un mensonge et que son processus a laissé libre cours à la logique de la force.

 

  1. En effet de plus en plus, l’opinion et les observateurs avisés sont entrain de remarquer que tout au long de ce processus, l’intérêt particulier d’un homme a dominé et que l’application stricte des termes de l’Accord d’Arusha a été superbement ignorée. Plusieurs faits et indices avaient été déjà relevés par les patriotes burundais qui, malgré toutes les manœuvres dilatoires et les persécutions dont ils étaient victimes, ont continué à placer leur espoir dans l’application de l’Accord.

 

Déjà le 26 février 2001, le Médiateur Nelson Mandela avait essayé d’imposer le nom de Pierre BUYOYA pour conduire la transition. In en avait été dissuadé par un refus massif et croisé des leaders du G7 et du G6.

 

Alors que le Principe recommandé par les Chefs d’Etat d’un choix libre et consensuel du leadership de la transition avait été matérialisé par les décisions des 19 et 20 mars, qui nous désignaient comme Président de la première période de transition, un travail de temporisation et de tricherie fut savamment entrepris par le pouvoir actuel pour retarder l’entérinement de cette décision. Les persécutions et les emprisonnements des leaders qui soutiennent notre candidature furent suivis par une série de démarches uniques en leur genre : le pouvoir du Président Buyoya eut recours à une manœuvre qui est en réalité une escroquerie politique. Faute de pouvoir réunir autour de son nom plus d’un seul parti politique, signataire de l’Accord d’Arusha, le Président Buyoya va enfreindre les règles du jeu en faisant jouer, comme veto au verdict des 19 et 20 mars, une dizaine d’officiers et une dizaine de personnalités de son entourage immédiat. Le pouvoir avait décidé de torpiller le processus démocratique et consensuel initié par les partis signataires de l’Accord.

 

Chers Compatriotes,

 

  1. En démultipliant le gouvernement qui est une partie signataire pour pouvoir montrer à la Médiation que l’armée n’avalise que la candidature de Buyoya, le pouvoir actuel a non seulement piégé tout le processus de paix mais il s’est prêté à un faux-semblant de soutien politique qui sera lourd de conséquences.

 

    Premièrement, cette décision a porté un coup au corps de l’armée burundaise dont la crédibilité risque d’être sérieusement mise à mal par une dizaine d’officiers qui n’ont fait qu’obéir aux injonctions du Président de la République sur une matière qui relevait en principe du domaine politique.

 

Tout le monde sait que l’armée en tant que corps n’assume pas et ne peut pas assumer cette décision. L’armée burundaise, on le sait, continue à cultiver l’esprit de professionnalisme et de neutralité politique. C’est pourquoi nous considérons que la dizaine d’officiers qui se sont prêtés au jeu partisan risquent d’ouvrir, sans le vouloir, la boîte de Pandore des milices ou des factions. Le peuple burundais ne le souhaite pas même si le mal est entrain d’être fait.

 

·                 Deuxièmement, sur le terrain politique, le retranchement du Président actuel derrière quelques hauts gradés et une série de clientèles, a démontré le caractère solitaire du pouvoir actuel qui ne peut plus compter sur les vraies forces politiques et sociales du Burundi. Le pouvoir actuel est passé maître dans l’art de court-circuiter les structures de représentativité que ce soit au niveau des forces politiques, de la société civile et de l’armée. La fâcheuse conséquence qui s’ensuivra réside en ceci : comment pourra-t-on arriver à une vraie réconciliation si le chef d’Etat est rejeté par les parties signataires en même temps qu’il est déconnecté des bases socio-professionnelles.

 

Ainsi pour le peuple burundais, la proposition de Mandela a renforcé un partenariat qui n’a fait qu’auditionner les échecs : le partenariat entre le FRODEBU et Pierre BUYOYA seul. C’est un partenariat bancal dont les décisions n’engageront que le G7 puisque le Major Pierre BUYOYA ne représente que lui-même. Le dialogue préconisé par Arusha sera impossible car une des parties n’a plus de mandat.

 

Chers compatriotes,

 

5.     Voilà en quelques mots le sens que l’on peut donner à la proposition imposée au peuple burundais et aux parties à Pretoria le 10 juillet. Aujourd’hui, les citoyens sont saisis par une grande inquiétude. Toute l’opinion publique se demande à juste titre au profit de qui, ou à la suite de quelles circonstances curieuses et avec quelles arrières-pensées de la Médiation, cette proposition aura été faite.

 

  1. Ce qu’il faut constater, c’est que le pouvoir a été usurpé le 10 juillet 2001, comme en 1987, en 1993 et en 1996 avec les mêmes procédés. Suite à ce dernier hold-up politique, une espèce de doute a gagné toutes les couches de la population. L’Accord de paix d’Arusha semble être détourné de ses objectifs de réconciliation et de paix, la Médiation a imposé un leadership dans lequel les citoyens n’ont pas confiance, la logique de la force et la tricherie ont pris la place du droit et de la loyauté.

 

  1.  Compte tenu de ce qui précède, chacun peut en ce moment, mesurer les drames que pourrait causer au pays le diktat du 10 juillet à Pretoria.

 

Ce qui est en jeu actuellement, c’est tout l’avenir du pays. La proposition du Président Mandela, suggérée par le pouvoir actuel, a voulu fermer au pays la voie du changement porteuse de chances de solidarité et de justice. Mais rien n’est encore perdu. Le mouvement du changement initié par les partis du G8 et les nombreuses associations de la société civile – la vraie société civile cette fois – est décidée à porter loin cette volonté collective d’apporter un Renouveau au pays. Cette volonté collective pour le changement va être désormais plus ferme et plus engagée. C’est pourquoi, il se crée depuis quelques temps un Mouvement national de refus. Ce mouvement concernera le Rassemblement pour la paix, la Résistance contre le statu quo, le ralliement pour le changement. Au-delà de l’impératif prioritaire de la paix et la sécurité des citoyens, ce mouvement veut redonner l’espoir à la jeunesse, crédibiliser la fonction politique vis-à-vis de la population et redorer l’image du Burundi à l’étranger.

 

Les objectifs de ce mouvement national sont principalement les suivants :

 

·       Rassembler les Burundais pour parachever le ralliement au changement ;

 

·       Régler le contentieux de sang par la fin de l’impunité, en particulier l’impunité du génocide ;

 

·       Mettre fin aux malversations économiques ;

 

·       Réhabiliter le culte de la neutralité politique des Forces de Défense et de Sécurité pour garantir au mieux la confiance entre l’armée et le peuple ;

 

·       Assurer une bonne gouvernance dans tous les domaines et à tous les niveaux ;

 

·       Assurer la souveraineté nationale du pays ;

 

·       Préparer un système institutionnel assurant la participation de tous et l’équilibre des intérêts ;

 

·       Réhabiliter la jeunesse devenue chaque jour sans lendemain, sans horizon ;

 

·       Réhabiliter l’économie dévastée par tant de temps de guerre et de dilapidation ;

 

·       Réhabiliter la culture d’Ubushingantahe en enrayant le mensonge et la duplicité.

 

  1. Le courant du changement, incluant toutes les forces vives provenant des partis politiques, des associations de la société civile, de toutes les catégories socio-professionnelles qui vont constituer la base de ce vaste mouvement.

 

Ce mouvement se place dans la perspective d’une recomposition politique qui met en avant la renaissance de la Nation et le renouvellement de la classe politique. Les nouvelles générations seront donc la base de ce mouvement.

 

  1. Enfin, nous voudrions encore une fois dire que la décision de Pretoria du 10 juillet compromettrait une occasion favorable pour la paix. Elle retarderait le dénouement de la crise burundaise. Nous invitons la Médiation et les parties signataires de se rattraper avant qu’il ne soit tard.

 

Quant au peuple burundais, les huit années d’épreuves lui ont donné une maturation qui va l’aider à se forger un destin de paix, de dignité, de justice. Le mouvement de refus lui en offre les moyens. Il est la vraie force politique du pays. Et il sera la garantie de tout projet durable parce qu’il est pour la paix, la réconciliation et l’intérêt général.

 

Je vous remercie.

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