RUGAMBA-NET PRESS

http://www.cbinf.com/netpress.bi

COMPTE-RENDU DE LA REUNION DES PARTIS SIGNATAIRES A PRETORIA EN DATE DU 10 JUILLET 2001.

(Version des partis pro-Bayaganakandi)

Sur invitation du Médiateur dans le conflit interburundais, Son Excellence Nelson Mandela, les partis signataires se sont rendus à Pretoria, sauf le Parena. 

Ouvrant la réunion, le Président Mandela a indiqué que l’ordre du jour est le choix de celui qui va diriger la 1ère partie de la transition donc les 18 premiers mois, on se souviendra qu’il devait provenir du G10. Le Président Mandela a insisté pour que cette question trouve une réponse ce jour même. 

Avant d’entamer l’ordre du jour, Nelson Mandela a soulevé une autre préoccupation qui, disait-il, lui tenait à cœur à savoir les bourses d’études qu’il a négociées auprès de la Banque Mondiale et d’autres pays comme le Canada, la Belgique, la France etc… Il a dit qu’il a pu obtenir auprès du Président de la Banque Mondiale, 15 bourses d’études aux jeunes burundais pour poursuivre des études d’économie et gestion moderne et que cette formation devait avoir déjà commencé mais que malheureusement il n’avait pas encore eu les noms des candidats à cette formation sauf 5 noms des candidats tutsi et un candidat twa transmis par le Président Buyoya. La répartition ethnique de ces bourses est la suivantes : 9 bourses pour les Hutu, 5 bourses pour les Tutsi et une bourse pour un Twa. Le Président Mandela a ajouté qu’il ne comprenait pas comment les burundais ne réagissent pas rapidement à une telle offre et a qualifié les partis politiques burundais d’irresponsables, parce qu’ils négligent la formation de jeunes burundais. 

Répondant à cette question de formation, le Président du PRP a dit que les partis politiques ou groupes de partis politiques n’ont jamais su qu’ils devaient désigner eux-mêmes les candidats. Nelson Mandela a souligné que les candidats à cette formation devront être sélectionnés par le Gouvernement de transition et a demandé au juge Bomani de convoquer une réunion des partis signataires pour désigner ces burundais. 

Revenant sur la question de la désignation du leader de la 1ère partie de la période de transition, Nelson Mandela, déclare s’être entretenu avec les chefs d’Etat de la sous-région lors du dernier sommet de l’OUA à Lusaka, ainsi qu’avec Khadafi, Koffi Annan, et les représentants spéciaux de l’Union européenne et des Etats-Unis sur la question du Leadership de la transition. Il a affirmé que tout le monde était unanime sur la désignation du Major Pierre BUYOYA pour diriger la 1ère phase de la transition, la 2ème phase devant être pilotée par un Hutu. 

A propos du choix du Colonel Epitace BAYAGANAKANDI, le Président Mandela a dit que ce dernier bien qu’étant un haut officier de l’armée burundaise ne serait pas soutenu par l’armée. Celle-ci soutient par contre le Président Buyoya, dit-il. Il déclare avoir rencontré 10 officiers de l’armée burundais pour le 1er tour et 5 pour le 2e tour et tous lui ont dit que l’armée était derrière Buyoya et que si Buyoya n’était pas reconduit pour diriger la 1ère période de la transition, l’armée allait s’opposer. Pour Nelson Mandela, la seule voie de solution est de reconduire le Major BUYOYA pour débloquer le processus et il a continué en disant qu’on n’a pas de force pour faire partir BUYOYA du pouvoir. 

Mandela a informé les partis qu’il avait approché Jacques Chirac et Lionel Jospin pour qu’ils convainquent le Président BUYOYA de quitter le pouvoir comme certains anciens chefs d’Etat qui sont venus au pouvoir par un coup d’état l’ont fait en cédant le pouvoir aux civils tels que Masiré, Obasanjo, et d’autres qui sont devenus célèbres. Nelson Mandela a ajouté que le Président BUYOYA a refusé la proposition. Pour toutes ces raisons et même si BAYAGANAKANDI a été désigné par la majorité des partis du G10, Mandela trouve que c’est à BUYOYA de diriger la 1ère partie de la transition. 

Nos 6 partis ont alors demandé de se concerter pendant quelques minutes. 

Après cette consultation, on revient voir Mandela. Le porte-parole du G8 le Dr. Alphonse RUGAMBARARA a dit à Mandela que le G8 n’est pas d’accord avec sa proposition. Tous ceux qui sont impliqués dans le processus burundais, dit-il, devraient reconnaître les décisions des 19 et 20 mars 2001 ayant mis en avant BAYAGANAKANDI et NDAYIZEYE. On ne comprend pas, poursuit-il, pourquoi c’est l’armée qui désigne le chef de l’Etat dans un processus démocratique. De plus ces officiers qui sont venus voir Mandela n’étaient nullement mandatés par l’armée. Ces officiers proviennent presque tous de la même région ou sont des membres de la famille du Président. Il en est de même des représentants de la société civile qui sont tous des dirigeants du parti UPRONA ou des parents proches du Président BUYOYA. 

Le docteur RUGAMBARARA a poursuivi en disant que toute l’armée ne soutient pas BUYOYA : nous pouvons vous amener, dit-il, un groupe d’officiers qui dirait exactement le contraire du groupe fidèle au Major BUYOYA. Sur ce sujet, le Médiateur n’a pas réagi. C’est à ce moment qu’il a commencé à insulter les délégués du G8 en les taxant d’irresponsables et de non éduqués. Il dit que ce sont les mêmes partis qui n’ont pas signé l’accord le 28/08/2000 qui refusent sa proposition et que ces partis ont une haine viscérale contre BUYOYA, etc. Quand BUYOYA mettra en place les institutions de transition, dit-il, ces partis vont se précipiter pour chercher des postes tout comme ils ont fini par signer l’Accord, après l’avoir refusé. 

Voyant que le courant ne passait pas, le Médiateur a demandé au Vice-Président ZUMA de dire un mot. Monsieur ZUMA a dit que les Burundais n’ont pas su s’entendre, que les uns et les autres sont restés sur leur position en ce qui concerne le choix du Leader de la transition . Il fallait donc débloquer la situation. 

Encore une fois pour nous convaincre, Mandela a dit qu’en plus de l’armée et de la société civile, les Représentants de l’Union Européenne et des Etats-Unis sont venus à Pretoria pour lui dire que BUYOYA devrait diriger la première phase de la transition. Il a poursuivi en disant que même si BUYOYA dirige la 1ère partie de la transition, il devra accepter certaines conditionnalités que BOMANI a lu à la demande du Médiateur. Ces 11 conditions, il les a déjà acceptées comme engagements à respecter. 

Ces engagements sont : 

  1. Pierre BUYOYA doit fidèlement appliquer toutes les mesures qui avaient été décidées en août 2000 au cours de la réunion d’Arusha, en Tanzanie.
  1. Il doit inclure des représentants de tous les partis signataires dans le futur gouvernement de transition.
  1. Il doit inviter la communauté internationale et les Etats de la région à fournir des troupes de maintien de la paix qui viendront au Burundi pour renforcer la sécurité et la protection des hommes politiques importants, et en particulier de ceux qui rentrent d’exil.
  1. Il doit réformer l’armée, dominée par les Tutsi, et y insérer le plus vite possible les groupes armés et les Hutus.
  1. Il doit pleinement coopérer avec le Haut Commissaire de l’ONU pour les réfugiés pour le retour de ces réfugiés et la réinsertion de ceux qui ont été déplacés dans le pays.
  1. Il doit offrir une totale protection à tous les chefs politiques, et notamment à ceux qui sont rentrés d’exil.
  1. Ni lui ni son gouvernement ne doivent persécuter les opposants politiques.
  1. Il doit libérer tous les prisonniers politiques après recommandations d’une commission ad-hoc.
  1. Il doit pleinement coopérer avec le Comité de suivi institué par les Accords d’Arusha.
  1. Il s’engage à quitter la présidence du pays après 18 mois comme convenu.
  1. Il doit réaffirmer tous ces engagements à l’occasion du sommet prévu à Arusha le 23 juillet. Puis ces engagements et les décisions de ce sommet seront soumis par Nelson MANDELA au Conseil de sécurité des Nations-Unies afin qu’il les endosse.

Reprenant la parole, MANDELA a informé les partis que, le 23 juillet, BUYOYA signera ces engagements lesquels seront contresignés par les chefs d’Etat de la sous-région, les parties signataires et les représentants spéciaux. Par après, il fera avaliser ces engagements au Conseil de Sécurité des Nations-Unies comme il en a déjà parlé à Kofi Annan. 

L’autre question qui a été soulevée est la libération du Président du Raddes, Monsieur Joseph Nzeyimana. A Lusaka, le Président Mandela a posé cette question au Président BUYOYA qui lui a répondu que Nzeyimana aurait détourné l’argent de la LONA et qu’il aurait été jugé. Mandela a poursuivi en disant qu’il ne comprenait pas comment, Nzeyimana, ayant négocié l’accord pendant plus de deux ans soit emprisonné au moment du choix du leadership de la transition et pace qu’il ne soutenait pas BUYOYA. Mandela a exigé au Président BUYOYA de libérer Nzeyimana dès son retour à Bujumbura, chose que Buyoya a acceptée, dit-il. 

Le Président de Abasa se désolidarise du G8 et déclare à Mandela qu’il accepte ses propositions. 

Après la consultation (qui aura duré quelques heures) avec nous, les partis politiques se sont réunis en plénière. Dans cette réunion, le Médiateur a répété la proposition de désigner BUYOYA pour diriger la 1ère partie de la transition et s’est de nouveau livré aux invectives envers les 5 partis qui n’ont pas accepté sa proposition en les taxant d’irresponsables, de partis qui ne font que contester, qui ne veulent pas la paix etc. Le Président Mandela est revenu sur la question des garanties que Buyoya doit donner et sur la libération de Joseph Nzeyimana. 

Le Président Mandela a ensuite demandé à l’Uprona et au Frodebu s’ils avaient quelque chose à ajouter sur sa proposition. Il a refusé la parole à tout autre parti, dont le PL, en disant qu’il s’adresse aux grands partis seulement. 

Monsieur Bararunyeretse, chef de délégation de l’Uprona a demandé que des sanctions soient prises à l’encontre de la rébellion qui refuse de venir à la table de négociation. A ce sujet, Nelson Mandela a demandé aux partis de faire confiance au Vice-Président ZUMA et au Président BONGO qui sont très avancés dans les négociations avec les groupes rebelles. 

Le Président du Frodebu, Jean Minani, a demandé que le G7 puisse se consulter pendant cinq minutes. Après cette consultation qui a pris plus de deux heures, le Président Mandela a dit que le G7 a pris acte de sa proposition mais que sur la question des conditionnalités, le G7 a dit que ces conditionnalités ne sont pas suffisantes et qu’il en ajoutera d’autres. 

Pour clôturer la rencontre, Nelson Mandela a tenu une conférence de presse où il a annoncé que la première phase de la transition sera pilotée par Buyoya comme Président et Ndayizeye comme Vice-Président, sans faire allusion ni aux réserves du G7 ni au refus de nos partis à la présidence de Buyoya. 

Ainsi, les mensonges de Buyoya sont couverts par les mensonges de Mandela. 

Retour