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AMBASSADE

DE

BELGIQUE

 

Discours prononcé par S.E. l’Ambassadeur de S.M. le Roi des Belges au Burundi, le 21 juillet 2001.

 

Chers compatriotes,

Mesdames et Messieurs, 

C’est un honneur et un grand plaisir pour moi de vous accueillir ce soir de 21 juillet à la Résidence de Belgique pour célébrer ensemble avec toute la communauté belge du Burundi la fête nationale de mon pays. 

Ku bashitsi, ku bagenzi banje b'abarundi, kaze cane, kaze murisanze mu nzu y’uwuserukira Ububirigi kugira munfashe umunsi mukuru w’igihugu canje.

Ndahimbawe no gusubira kubakira hano. 

Pour la quatrième fois, et à la veille d’une cinquième année, nous sommes réunis pour célébrer la Fête nationale belge. Je puis vous assurer que ces quatre années ont été riches en contacts humains et en nouvelles amitiés. 

Haheze imyaka ine mba mu Burundi kandi ntanguye umwaka wa gatanu. Inyuma y’iyo myaka, ndafise abagenzi benshi, ndi uwaha, nacitse umurundi. 

Mesdames, Messieurs, 

Nous commémorons aujourd’hui la création de la Belgique par la prestation du serment constitutionnel de S.M. le roi Léopold I; 

En effet, le 21 juillet 1831, le premier Roi des Belges, d’origine allemande et oncle de la future Reine Victoria d’Angleterre, un Européen avant la lettre, après avoir accepté le Trône de Belgique, qui lui avait été offert par le Congrès national, faisait son entrée officielle à Bruxelles et y prêtait le serment constitutionnel. Un mois plus tard, les premières Chambres législatives étaient élues. 

Les provinces belges, flamandes et wallonnes, avaient connu, durant des siècles, une histoire marquée par des périodes de grand rayonnement économique et culturel mais également par des guerres. Leur situation géographique au cœur de l’Europe, avec un accès à la mer, ainsi que leur force économique et commerciale en avaient fait bien souvent le théâtre des ambitions politiques et territoriales des grandes puissances européennes de l’époque. L’union avec les Pays-Bas étant devenue intenable dans la nouvelle Europe du début du XIXème siècle, les Belges, en septembre 1830, prenaient leur destin en main, se réunissaient, se mettaient derrière un même idéal, se consultaient, proclamaient l’Indépendance et se choisissaient, selon les principes les plus démocratiques de l’époque, des institutions.

Une vision commune de l’avenir, le sens d’un destin à partager, un projet de société ainsi que le respect pour la démocratie et pour un Etat de droit, permettaient aux Belges de surmonter, en quelques décennies, un passé mouvementé. Leur détermination ouvrait la voie à un essor industriel et commercial, leur rendait dignité et confiance et faisait de la Belgique une des premières Nations d’europe au tournant du XXème siècle, et, ce, malgré la taille du pays. 

En 170 ans, il est vrai, la Belgique s’est progressivement transformée. Elle s’est adaptée afin de répondre à ses propres besoins dans un désir d’ouverture toujours plus grand sur le monde, sans jamais perdre de vue un objectif : le bien-être du pays et de sa population. Aujourd’hui, la Belgique est devenue un Etat fédéral composé de Communautés et de Régions, soucieux de maintenir son unité dans sa diversité linguistique et culturelle. Au cœur de l’Europe, la Belgique a été et reste un moteur de la construction européenne. 

Mesdames, Messieurs, 

Cette année-ci, je ne vous accueille pas seulement comme représentant de la Belgique au Burundi mais également comme représentant du pays assurant la Présidence du Conseil de l’Union européenne. La Belgique est présente dans la construction de l’Europe depuis sa fondation. Elle est prête à assumer sa Présidence pour la onzième fois. 

Le programme de la Présidence belge se veut ambitieux et identifie des objectifs clairs aussi bien à l’intérieur de l’Union que dans les relations internationales. 

A l’intérieur de l’Union, elle devra affronter des défis tels que la monnaie unique, l’élargissement et l’approfondissement de la structure politique. 

Repousser les frontières de l’Union, c’est aller à la rencontre de l’histoire. C’est renouer avec une identité géographique, politique et culturelle. C’est partager les valeurs communes que sont la démocratie, les droits de l’homme et la protection des minorités. C’est coexister pacifiquement au sein d’un état de droit plus vaste. 

Dans ses relations internationales, plus que jamais ouvertes au monde entier, l’Union européenne sous Présidence belge s’est donnée comme une de ses priorités d’aider les pays de l’Afrique centrale à sortir de la crise politique, économique et sécuritaire qui les secoue depuis trop longtemps. 

Notre Présidence entend non seulement renforcer l’implication des Quinze dans les processus de paix en cours dans la région, mais souhaite aussi marquer la solidarité de l’Union avec les populations de la région si durement éprouvées. Un Plan d’action de la Présidence pour le développement en Afrique centrale a d’ailleurs déjà été accueilli favorablement par toute l’Union et sera progressivement mis en œuvre. 

Ainsi, la Présidence belge a déjà reçu de ses partenaires européens un mandat pour proposer des solutions afin d’améliorer la situation en Afrique centrale, en général, et au Burundi en particulier. En témoignent les propositions concrètes faites au Médiateur Nelson Mandela lors des récentes réunions des Ministres des Quinze et ce, dans un souci de réconciliation politique et d’arrêt de la guerre. L’engagement européen est sans réserve et sans exclusion. 

Le Premier Ministre belge, M. Guy Verhofstadt accompagné du Ministre des Affaires étrangères, M. Louis Michel et du secrétaire d’Etat à la Coopération au développement, M. Eddy Boutmans s’est rendu aux premières heures de notre Présidence en RDC, à Kinshasa et à Kisangani, pour concrétiser déjà notre action. 

Mesdames, Messieurs, 

Je ne dois souligner pas que la Belgique a eu dans le passé des liens forts avec l’Afrique centrale, en général, et avec le Burundi, en particulier. Les relations entre nos deux pays sont restées très fortes. « Nos deux peuples « comme a eu l’occasion de le rappeler mon Ministre des Affaires étrangères, « nos deux peuples ont cheminé ensemble dans l’histoire pendant des décennies ». 

Icifuzo canje n’uko twoguma tukorana mu mahoro. 

Ces relations tissées étroitement hier constituent aujourd’hui le socle solide sur lequel nous continuerons à bâtir nos relations demain. « En raison de notre passé commun », la Belgique entend apporter sa contribution sur la voie de la réconciliation et de la paix au Burundi, sans agenda caché. Elle a montré et démontrera encore son attachement désintéressé et son souci de s’impliquer dans le processus global de paix. 

Comme je l’ai déjà souligné la Belgique, avec d’autres pays de l’Union européenne et de la Communauté internationale, a pris la ferme décision de soutenir le Burundi dans ses efforts de recherche d’une paix durable ainsi que dans la mise en application d’un accord et d’un projet de société et dans la reconstruction du pays. 

Cette préoccupation figure à l’agenda du Gouvernement belge et est certainement une priorité politique et personnelle de M. Louis Michel, Vice-premier et Ministre des Affaires étrangères. Son engagement inconditionnel pour la paix au Burundi et pour les efforts faits par le médiateur Mandela a été souligné à plusieurs reprises, tant en Belgique qu’au sein de l’Union européenne et sur la scène internationale. 

C’est dans cet état d’esprit qu’il a lui-même visité, au cours de l’année dernière, par deux fois, le Burundi et qu’il s’est déplacé trois fois à Arusha pour soutenir les négociateurs dans leur importante tâche de réconciliation. C’est dans ce même état d’esprit que la Secrétaire d’Etat adjointe aux Affaires étrangères, aujourd’hui Ministre, Mme Neyts, a visité le Burundi en novembre 2000 et que le secrétaire d’Etat à la Coopération au développement était au Burundi, e.a. dans la province de Karusi, au début de cette année pour mettre en place des projets de coopération et pour montrer la solidarité belge avec la population éprouvée à l’intérieur du pays. C’est dans ce même état d’esprit que le Secrétaire-Général et Haut représentant de l’Union européenne, M. Javier Solana, a exprimé le souhait de visiter la région fin août – début septembre pour confirmer l’engagement ferme de l’Union dans la région, en général, et au Burundi, en particulier. 

Mesdames, Messieurs, 

Malgré tous les défis et problèmes qui subsistent, il y a, pour le moment, un certain nombre de fenêtres d’opportunité qui s’ouvrent ou qui sont ouvertes pour l’Afrique, en général, et pour l’Afrique centrale, en particulier : il y a l’engagement ferme de la Belgique et de l’Union européenne ; je vous rappelle la visite du Conseil de Sécurité des Nations Unies et l’engagement pris par celui-ci ; je vous rappelle également l’invitation faite à plusieurs Chefs d’Etat africains à participer en ce moment au Sommet des pays industrialisés organisé à Gènes en Italie. 

Ne laissons pas se fermer ces fenêtres d’opportunité, mais, au contraire, ouvrons-les plus grandes. Aidez-nous à remplir nos engagements. Ceci n’est possible que dans un dialogue sincère où chacun assume sa responsabilité vis-à-vis de sa société. 

Mesdames et Messieurs, 

Depuis mon arrivée au Burundi il y a quatre ans, j’ai connu un pays frappé par une crise politique et sociale qui s’éternise, marqué par une guerre civile qui semble interminable et éprouvé par une souffrance humaine sans égale. Mais j’ai également vu la nécessité de se parler, l’instauration d’une logique de négociation, de dialogue, d’un partenariat, d’un processus de paix, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. L’espoir de retrouver un jour la stabilité et la prospérité est là et me semble toujours plus fort que les forces du mal. 

Malgré tout, des signes d’espoir ont marqué l’année écoulée : il y a la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation d’Arusha, confirmée par l’Assemblée et suivi dans son application par une Commission, où je siège au nom des bailleurs de fonds et qui travaille dans un esprit de bonne gestion et de sens des responsabilités. Parmi les signes d’espoir je pense également à la Conférence de Paris qui a épaulé l’accord et le souhait de tant de Burundais de retrouver la stabilité. 

Malgré tout cela, le conflit armé continue, l’insécurité règne, la crise politique ne s’éteint que difficilement. La population ne voit aucune différence dans sa vie quotidienne. 

Non seulement comme Ambassadeur de Belgique mais également comme représentant de l’Union européenne et comme ami du Burundi, je lance ici un appel urgent à tous les Burundais qui ont pris les armes pour arrêter la souffrance des innocents, de respecter la population et de s’engager dans la négociation plutôt que dans la violence et dans le combat. Je suis confiant qu’également ici une fenêtre d’opportunité est ouverte et que le courage et le bon sens de nous tous prévaudront. 

Dans ce même état d’esprit, je lance un appel de cœur à vous tous, à tous les Burundais de s’unir autour des rayons d’espoir qu’offre le processus de négociation, de prendre leur distance de ce qui sépare et de se concentrer, ne fut-ce que même dans un premier temps, autour de ce qui unit, de se sentir co-gestionnaire et co-responsable d’une même paix et d’un même avenir. 

Je vous en prie : donnez une chance à la paix. C’est possible. Tous ensemble, on peut faire la différence.Ndabasavye mwese ko mwosenyera k’umugozi umwe kugira murondere amahoro, ku neza y’igihugu n’abanyagihugu kandi mwizera kazoza. 

Dans cet esprit d’espoir et de confiance pour la paix et la stabilité, Mesdames et Messieurs, de lever votre verre à nos deux pays, la République du Burundi et le Royaume de Belgique et aux excellentes relations qui existent entre nos peuples.

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