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République du Burundi

AC-GENOCIDE CIRIMOSO   


Conférence inauguralE de la semaine du souvenir

 du 21-28 octobre 2001 

« GENOCIDE DES TUTSI AU BURUNDI : 

 A QUI PROFITE LE CRIME ? »

 

Mesdames, Messieurs, 

          En cette journée où nous nous acquittons du devoir de mémoire envers les nôtres qui ont été immolés par la barbarie des génocidaires il y a 8 ans,  la communication que je propose à votre méditation suivra un plan très simple : 

1.    Rappel historique des faits saillants qui expliquent la situation inextricable d’aujourd’hui.

     2.    Les enjeux du conflit en cours.

     3.    A qui profite le crime ?

     4.    Conclusion. 

Le Burundi vit un imbroglio politico-social tellement horrible, comprenant une rapide succession d’événements les uns plus incroyables que les autres à tel point qu’on en oublie les liens entre les différentes séquences. Il est donc intéressant, pour rendre intelligible le phénomène, de faire un bref rappel historique des faits marquants et surtout d’en décortiquer la logique intrinsèque qui régente cet enchaînement macabre. 

     I.       Rappel historique des faits saillants 

Le Burundi vit depuis Août 1988 une  tragédie en trois  actes :

1er Acte : Août 1988 à Octobre 1993 : conquête du pouvoir par le Palipehutu et ses dérivés. 

          Lorsqu’à la mi-août 1988, le Palipehutu lance ses hordes  contre les paysans paisibles des Communes Ntega et Marangara et qu’ensuite les criminels s’enfuient au Rwanda, le nouveau  régime Buyoya décide des les amnistier, leur construit des maisons en matériaux durables et met en place un gouvernement dit d’unité nationale. Depuis, sous le couvert de l’unité, on a assiste au renforcement des partis tribalistes et à une succession d’attaques : Makamba en 1990, Bujumbura et Cibitoke en Novembre 1991 au moment même où une rencontre est prévue avec le Palipehutu à Paris. Cela releverait-il du hasard ? Peut-être, mais toujours est-il que La Baule aidant, rien n’est ménagé pour conforter  la campagne des ultras du hutisme avec les moyens de l’Etat, jusqu’à acheter des Pajelo pour des  partis qui enseignent au grand jour la haine ethnique. Dès lors, la victoire du Frodebu aux éléctions de juin 1993 n’a rien de surprenant, sauf pour des aveugles. 

          En trois premiers mois de pouvoir, le Frodebu montre la couleur : 

    -   chasse aux sorciers tutsi dans l’administration ;

    -   lynchage d’innocents traités d’empoisonneurs parce que simplement Upronistes ou Tutsi;

    -   gestion provocatrice de la question des terres;

-   ménaces de démantèlement de l’Armée nationale. 

Une fois Melchior Ndadaye assassiné dans le cadre d’un putsch, le génocide des Tutsi est consommé avec une rapidité effroyable dans tout le pays parce que la machine ù tuer est prête depuis longtemps.Il  n’est arrêté que par l’intervention tardive d’une Armée culpabilisée et divisée par le putsch manqué. Les ministres Frodebu se cachent à l’Ambassade de France et refusent de faire le moindre appel au calme. 

Au lendemain de ce putsch non assumé, se met en place des tractations qui avec la facilitation du Représentant Spécial du S.G. des Nations Unies,qui aboutissent aux accords de Kajaga, permettant la remise du pouvoir à un élu du Frodebu en la personne de Cyprien Ntaryamira, à la faveur de l’amandement Kinigi de la constitution opéré de la façon la plus illégale qui soit. Une nouvelle alliance est née et qui se la coule toujours douce même si périodiquement elle change les manteaux et les  étiquettes : Convention de Gouvernement après la mort de Cyprien Ntaryamira, Partenariat sous Buyoya II, Accord d’Arusha qui nous mène à Buyoya III.  

Acte II :    la négation du génocide et le renforcement du pouvoir génocidaire 

          Après la mort de Melchior Ndadaye, se met en place un nouveau régime bicéphale UPRONA-FRODEBUet naissent les bandes armées FDD (issues du GEDEBU, Jeunesse du Frodebu) et le FNL, branche armée du Palipehutu. Mais comme les deux structures sont représentées au sommet de l’Etat, il faut plutôt parler des milices du pouvoir. C’est d’ailleurs grâce aux moyens de l’Etat et à l’envoi des armes par Habyalimana que grandit la soi-disante rébellion. Lorsque Sylvestre Ntibantunganya prend les commandes,il passe le plus clair de son  temps à comploter contre son pays et à réclamer des troupes étrangères, mais parallèlement aux tractations du Caire, Tunis et  Mwanza, se mènent les  négociations secrètes de San Egidio, qui ne sont révelées au public qu’en Mars 1997 après le retour du Major Buyoya aux affaires. 

          Une fois Ntibantunganya chassé grâce à la révolte des patriotes et que s’installe le régime Buyoya II, qu’elle n’est la surprise de constater que les priorités du Frodebu se réalisent  comme  par  enchantement : 

-    tout le paquet est mis pour démanteler l’UPRONA;

-    la négation du génocide et l’impunité des génocidaires sont assurées par le Partenariat;

-    Les négociations  dites inclusives d’Arusha se mettent en place. 

Et voilà qu’aujourd’hui, mêmes les troupes étrangères arrivent ! Ntibantunganya peut se frotter les mains, lui qui de surcroît jouit d’une  rente princière alors que le peuple l’avait lapidé. Est-ce  encore un nouveau hasard ? Il faut beaucoup de foi pour y croire, mais passons ! 

Le processus d’Arusha aboutit à la consécration du racisme ethnique comme un simple moyen d’expression politique, assure l’impunité des génocidaires, et le partage du pouvoir sur base des quotas ethniques ainsi que la recolonisation du Burundi, occupé par des troupes étrangères et géré par en Pro-consul sud-africain qui rend compte au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Tout cela en attendant la proclamation pure et simple d’un protectorat. La paix peut attendre, les citoyens n’ont qu’à mourir et ceux qui ne comprennent pas comprendront plus tard ! 

Acte III : La recolonisation 

          Le 10 juillet 2001 à Prétoria,  Pierre Buyoya et Domitien Ndayizeye sont nommés respectivement Président et Vice-Président par Nelson Mandela, qui n’a rien d’un médiateur, mais est devenu tout simplement Gouverneur Général d’un territoire sous mandat dont le Gouvernement doit être protégé par des troupes étrangères et rend compte à une Commission de suivi des accords présidé par un représentant des Nations Unies. 

          Est-ce encore un hasard ? A vous de répondre. 

II. Les enjeux du conflit en cours 

Le Burundi est un pays placé au cœur de l’Afrique, au milieu de la région des Grands-Lacs qui, outre qu’elle a le climat idéal pour l’homme, constitue le plus grand réservoir mondial de minérais stratégiques et de pétrole  quasiment vierge. Il ne faut donc pas être un grand sorcier pour comprendre qu’en occupant le Burundi on fait d’une pierre deux coups : on exploite un sous-sol riche et  on installe une base de contrôle d’une région hautement stratégique et qui représente un scandale géologique. Dès lors quoi de plus naturel qu’on encourage les partis tribalistes et génocidaires ayant pour programme de massacrer une partie de leur peuple, d’affaiblir à jamais l’Etat et qui acceptent la recolonisation ? Or le Frodebu-Palipehutu qui constitue l’ossature du G7 n’a pas encore  dépassé le stade du manifeste du Parmehutu de 1957 au Rwanda,  qui disait : « Les Belges sont nos amis, débarrassez-vous des colonialistes Tutsi ». En  actualisant, ça devient : « Recolonisez-nous si vous voulez, mais aidez-nous à massacrer les Tutsi ». Et l’Union Européenne  ne se fait pas prier pour  financer les troupes étrangères qui constituent un maillon important du dispositif : il faut porter à leur paroxysme les tensions pour que le pays s’enflamme  littéralement. Les troupes étrangères sont intéressantes pour cela : elles donnent l’illusion de la protection aux uns et aux autres le sentiment de persécution et quand  ça barde elles s’en vont en disant : « mission accomplie ». Ceux qui ne comprennent rien à rien parlent alors d’échec, de la même façon que nous leurrons en disant qu’Arusha est un échec. Arusha est une réussite parfaite pour ceux qui l’ont conçu et organisé, puisqu’ils ont eu ce qu’ils y cherchaient. Quant à vous, vous n’y trouvez rien parce que ce n’était pas votre affaire ! Les protagonistes eux ont eu ce qu’ils y cherchaient :

      - l’alliance des putschistes et des génocidaires obtient l’amnistie ;

      - les ventriotes  ont les postes ;

      - les puissances occidentales réussissent la recolonisation. 

Qui manque à l’appel ? Vous, les citoyens  moyens et ce Burundi meurtri et qui va l’être de plus en plus au cours de ce 3ème acte de la tragédie qui commence avec le diktat de Prétoria du 10 juillet 2001, se poursuit avec la mise en place d’un Gouvernement fantoche protégé par des troupes étrangères et va se poursuivre avec le démantèlement de l’Armée pour se terminer en apothéose avec l’achèvement du génocide des Tutsi très bientôt. 

III. A qui profite le crime ? 

En fait, vous l’aurez bien compris, le génocide de Tutsi et le processus d’Arusha sont deux facettes d’un même plan « la recolonisation  du Burundi ».

Notre pays  paie pour un crime particulier : celui d’avoir refusé pendant 40 ans de copier le modèle  rwandais parmehutu concçu par l’IDC et qui est sur le point de réussir. C’est ce modèle que les Mirerekano et autres Nyangoma voulaient instaurer le 19 octobre 1965, que les Kanyaruguru et Karorero ont repris en 1969 sans succès, que les Ndayahoze, Bubiriza et autres Mpasha ont réessayé en 1972, que le Frodebu-Palipehutu  héritier des premiers, reprend à son compte aujourd’hui et qui avec l’aide de quelques ventriotes Tutsis et le soutien sans faille des lobbies occidentaux pro-hutu, se met cette fois en place, sous le couvert d’un faux processus de paix. Mais qu’est-ce qui a changé par rapport aux précédentes tentatives ? La tactique est plus subtile, utilise des chevaux de Troie et fait appel à des théories alléchantes d’unité et de réconciliation, alors qu’il s’agit d’un langage codé signifiant tout autre chose, pour abuser l’honnête citoyen. Mais mieux encore, la nouvelle phase utilise la technique de la mithridatisation ? Mithridate était un Grec qui a découvert qu’en injectant des doses progressives de venin de serpent à une personne, on finissait par la protéger complètement contre la morsure d’un serpent venimeux. Selon ce schéma, on nous a progressivement  habitué à trouver normal toute sortes de scandales, mais progressivement et en les présentant comme des accidents de parcours qui n’avaient aucun lien entre eux, alors qu’ils relevaient d’un même complot. Et progressivement, nous nous sommes laissés anesthésier par un système qui cherche la disparition du Burundi en tant que nation, le parachèvement du génocide des Tutsi et la recolonisation des survivants, la banalisation et l’impunité  du crime, ainsi que la consécration du racisme ethnique. Mais comme tout cela a été savamment  instillé et que les Burundais n’ont aucune mémoire, on a perdu tous les repères. Comme de surcroît la misère nous  fragilise et que la survie occupe toutes nos énergies, on a abandonné la lutte en ne comptant que sur la providence ! Et nous voilà dans de beaux draps,  qui risquent d’être notre linceul ! 

Et quand je clame haut et fort : « Réveillez-vous les morts ! » Il se trouve des esprits mâlins pour trouver ça amusant ! 

Le génocide des Tutsi est un crime qui profite donc aux protagonistes d’Arusha :   

1.  Les génocidaires et les putschistes s’assurent que l’immunité, que l’alliance s’est octroyée avec les accords de Kajaga et tous les avatars de la Convention de Gouvernement que sont le Partenariat et le Gouvernement de transition, reçoive une caution internationale. Mais au-delà d’eux, ce sont tous les criminels et affairistes de ce pays, qui profitent d’un environnement immoral, marqué par l’impunité du crime, pour s’assurer un enrichissement illicite sans précédent. L’économie de guerre engendre de nouveaux riches pendant qu’elle enterre la majorité de la population et tous ceux qui comptaient sur les opérations économiques normales.   

2.  Les ventriotes qui acceptent le rôle peu glorieux de faire-valoir vont avoir des miettes dans le prochain gouvernement, mais ne veulent pas accepter qu’ils cautionnent ce faisant les génocidaires en gouvernant avec eux et en faisant croire au monde  qu’il s’agit d’un partage du pouvoir équitable entre les ethnies, dans un élan de réconciliation. Voilà un mensonge grotesque qui sert de toile de fonds aux accords d’Arusha.   

3.  Les puissances occidentales qui avaient échoué dans leur tentatives d’imposer au Burundi un schéma tribaliste ont enfin réussi, avec les soi-disant accords de paix d’Arusha, une recolonisation dans le sang qu’il sera difficile de remettre en cause plus tard. 

Mais quel est le crime des Tutsi et pourquoi acceptent-ils de se laisser immoler ? S’il est facile de répondre à la première question, la deuxième étonnera longtemps les historiens et les sociologues. Il convient donc de méditer ces deux questions,  car de la réponse dépend la stratégie de survie.  Et le temps presse d’autant plus que les génocidaires qui  étaient déjà dans nos murs, ont reçu du renfort. Et comme disait Cicéron : « Catilina est aux portes de Rome et on délibère ! » Nous sommes menacés de disparition et on se bat pour des postes ! 

IV. Conclusion 

Le Burundi  est victime d’un véritable complot international qui est en passe de réussir et le sursaut se fait attendre. Ne comptons pas sur des miracles spontanés, mais uniquement sur notre seule détermination à renverser la vapeur en prenant le taureau par les cormes. Dans ce combat de la dernière chance, il convient d’identifier correctement l’ennemi, mais encore plus urgent de neutraliser les traîtres. A défaut d’avoir compris ces vérités élémentaires, nous risquons de découvrir à nos dépens le mystère dit « y’icabujije imbwa gutwenga », mais ce sera trop tard. 

Je vous remercie 

                                                                               Dr André BIRABUZA

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