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Lettre ouverte à Nelson Mandela sur la direction de la transition |
18 mars 2001
Excellence Monsieur le Président Nelson Mandela, médiateur dans le conflit
burundais.
Johannesburg
Afrique du Sud
Excellence Monsieur le Président,
Dans nos deux précédentes lettres des mois de janvier et février 2001, nous
avons pris la liberté de vous exposer nos préoccupations sur les développements politiques au Burundi.
A ces occasions, nous avons attiré votre particulière attention sur la
nécessité de l'émergence d'une bonne gouvernance dans notre pays ainsi que
sur les différentes et convergentes requêtes pour que "le Major Buyoya cède
la place à un leadership responsable et capable d'assurer la sécurité du peuple, de
ramener la paix et de restaurer la concorde nationale."
Grâce à vos efforts de médiation, au concours des dirigeants des pays de la
région et au soutien de la communauté internationale, une lueur d'espoir
s'était pointée à l'horizon avec l'Accord conclu le 28 août 2000 à Arusha
entre les acteurs politiques en négociation depuis plus de deux ans.
En dépit de moult imperfections que renferme cet accord, celui-ci traçait
ainsi un cadre susceptible d'enclencher une nouvelle dynamique de paix qui
passait par le partage du pouvoir et par la cessation immédiate des
hostilités, le rétablissement d'un Etat de droit et la mise en place progressive des
institutions qui garantissent la sécurité pour tous et la justice pour les
victimes du génocide.
C'est en tenant compte de ces nouvelles réalités que nous voudrions, une
fois encore, solliciter votre compréhension sur la volonté de changement
clairement exprimée par le peuple burundais à travers les multiples prises
de positions de la société civile.
Cette volonté populaire a été par ailleurs confirmée par 13 sur les 19 parties signataires de l'Accord d'Arusha, toutes mouvances politiques et
sensibilités ethniques confondues, dans la lettre qu'elles vous ont adressée
en date du 13
janvier 2001.
Vous aurez aussi remarqué la détermination avec laquelle les parties à
l'Accord ont réaffirmé, lors de la Conférence des Chefs d'Etat de la Région
qui s'est tenue à Arusha le 26 février 2001, leur rejet sans équivoque du
leadership du Major Buyoya, nonobstant un subtil mais lourd acharnement pour l'imposer. Toutes
les formules, les unes plus acceptables que les autres ont été essayées, mais la prétention du Major Buyoya pour diriger la transition s'est chaque
fois heurtée à la ferme opposition de la plupart des parties signataires.
Cette détermination s'exprime avec plus de fermeté dans le pays comme en
témoignent les tentatives de manifestations des Syndicats et de diverses
autres forces vives du pays, en particulier les mouvements de femmes et de
jeunesse, élèves et étudiants, ainsi que les Associations nationales de lutte contre
le génocide et de promotion des droits de l'homme.
Ces manifestations sont souvent réprimées avec une brutalité sans pareil par
la police politique du Major Buyoya, tandis que les principaux leaders de
ces mouvements et Associations croupissent dans des prisons insalubres, sans
procès ni assistance judiciaire.
Notre sollicitation est donc un cri d'alarme guidé par notre constante recherche de tout ce qui pourrait alléger les souffrances du peuple
burundais et à porter haut sa voix, souvent inaudible, pour réclamer la fin
de la guerre lui injustement
imposée par la conjonction des forces maléfiques des dirigeants irresponsables, incompétents et corrompus d'une part, des bandes de
terroristes armés aux visées racistes et génocidaires d'autre part.
La conclusion de l'Accord d'Arusha avait suscité un certain espoir pour la
désignation d'un leadership de transition, en remplacement du Major Buyoya
qui ne jouit plus de la confiance du peuple et qui, de ce fait, a perdu
toute légitimité. Le nouveau leadership se devait aussitôt de s'atteler à la rude tâche de
traduire dans les faits les termes dudit Accord selon les étapes
préalablement convenues.
Non moins urgente était aussi l'obligation d'un cessez-le-feu immédiat afin
de mettre fin au calvaire des populations innocentes soumises
quotidiennement à d'horribles massacres, à la fuite de leur domicile et
autres cruautés sans nom.
Face à ces impératifs, vous aviez vous-même fixé des échéances précises. Le
passage de ces délais n'a malheureusement fait que replonger le peuple
burundais dans le désespoir et la désolation.
L'actuel Président du Burundi, le Major Buyoya, pourtant très largement
décrié par les acteurs politiques, la société civile et l'ensemble de
l'opinion nationale, s'accroche désespérément et contre toute logique au
pouvoir. Le plus grave est qu'il se livre à une très dangereuse manipulation de l'opinion, de l'armée
et des églises sur la base des sensibilités régionales et le risque est
désormais grand pour le pays de sombrer dans une situation à la somalienne
si l'on n'y prend vite garde.
Pendant ce temps, les bandes armées se meuvent partout comme poissons dans
l'eau et poursuivent allègrement leurs crimes jusque dans les faubourgs de
la Capitale, en utilisant l'artillerie à haute et moyenne portée qui
larguent des obus en pleine ville sur des populations civiles innocentes des semaines durant
comme si le pays n'était plus gouverné.
Tout indique enfin qu'il y a une véritable complicité entre le Major Buyoya,
son partenariat et les bandes armées pour torpiller l'Accord d'Arusha dans
le seul but de se maintenir au pouvoir pour les premiers et de se livrer
plus librement aux actes de génocides et aux autres crimes contre l'humanité pour les seconds.
Nous apprenons enfin que Buyoya est en train de recueillir des signatures et
autres soutiens de dirigeants religieux, souvent par force et intimidation ; des opérations qu'il mène frauduleusement dans le pays car non prévues dans
les accords d'Arusha. Ces comportements montrent un homme conscient de sa disqualification définitive par le peuple burundais qui refuse de continuer
à être dirigé par un tricheur pris constamment en flagrant délit et dénoncé
à plusieurs reprises, un véritable imposteur dont les actions politiques ont mené le
pays au fond du gouffre.
Excellence M. le Président,
Au vu de ce qui précède, vous aurez compris que l'auto- maintien au pouvoir
du Major Buyoya se nourrit essentiellement des crimes des bandes armées et
que les progrès de celles-ci s'alimentent à leur tour de la criante absence
de l'autorité de l'Etat.
Aucun doute n'est désormais plus autorisé sur le fait que tout nouveau retard dans le retrait du Major Buyoya et son incohérent partenariat
constituent un réel danger de conflagration du pays et une grave menace d'un
nouveau génocide des tutsis et d'autres massacres pour les populations innocentes.
Nous osons donc espérer que vous tiendrez compte de notre cri d'alarme qui
traduit pleinement l'opinion du peuple en prenant toutes les dispositions utiles pour obliger le Major Buyoya à quitter immédiatement le pouvoir.
Nous vous prions aussi de bien vouloir prendre acte de la conséquence logique qui résulte de la demande de la majorité du G10 en confiant au
Colonel Epitace Bayaganakandi la tâche de conduire la période de transition
selon les modalités prévues par l'Accord d'Arusha et les adaptations subséquentes des Chefs
d'Etat de la Région.
Veuillez agréer, Excellence Président, l'assurance de notre très haute
considération.
Jean Bosco Kazirukanyo, Président de AC- Génocide Benelux
Juvénal Nduwimfura, Président de AC- Génocide Suisse
Salvator Nsengiyumva, Président de AC- Génocide Canada
Tharcisse Ntakibirora, Secrétaire aux Relations Extérieures
CC:
- Son Excellence Paul Kagame, Président du Rwanda
- Son Excellence Museveni Kaguta, Président de l'Ouganda
- Son excellence Jacob Zuma, Vice-Président de l'Afrique du Sud.
