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Madame Mary Robinson,
Haut Commissaire aux Droits de l’Homme
Palais Wilson, Rue des Pâquis 52
CH 1211 Genève 10
SUISSE
Mél : secrt.hchr@unog.ch
Madame le Haut Commissaire,
Au nom des Associations de lutte contre le génocide et pour la promotion des droits de l'homme au Burundi basées au Benelux, au Canada et en Suisse et de tous leurs sympathisants résidant en Afrique, en Europe, en Amérique et ailleurs dans le monde, nous vous écrivons pour vous exprimer notre profonde stupéfaction et notre révolte suite au scandaleux et insolite cas de violation flagrante des Droits de l'homme par vos propres services et, de surcroît, dans les locaux même du Centre des droits de l'homme à Bujumbura, Capitale du Burundi.
En effet, dans la journée d'hier 2 avril 2001, le monde entier a appris avec stupeur et consternation l'expulsion par la force de l'Ingénieur Diomède Rutamucero, Président de PA-Amasekanya, qui s'était réfugié depuis plus de deux mois au Centre des droits de l'homme à Bujumbura pour se mettre à l'abri de la persécution et des menaces de mort perpétrés contre lui par le pouvoir en place.
Vingt quatre heures plus tôt, le Dr Pie Masumbuko, ancien Vice-Premier Ministre du Burundi et haut fonctionnaire des Nations Unies à la retraite, avait lui aussi été expulsé avec la plus grande brutalité et dans des conditions particulièrement humiliantes par l'Agent français du nom de M. Batista qui, selon ses dires, commettait ce forfait en votre propre nom et sur vos instructions expresses. Dans ses agissements qui frisaient le racisme le plus primaire et qui traduisaient un esprit manifestement colonial, M. Batista n'a tenu aucun compte ni de l'âge (70 ans) de sa victime, ni de son statut, ni de son état de santé ou d'être humain tout court.
Si l'Ingénieur Diomède Rutamucero et le Dr Pie Masumbuko avaient choisi de fuir les persécutions policières du pouvoir en place et de se réfugier au Centre des droits de l'homme, c'est qu'ils estimaient que les Nations Unies, considérées comme la conscience de l'humanité, pouvaient leur assurer la protection contre ces persécutions et en l'absence d'une justice digne et équitable, surtout qu'ils ne sont responsables d'aucun manquement aux lois nationales. Ils pensaient aussi, avant de déchanter, que le Centre des droits de l'homme, comme toute autre institution humaine, à l'instar des Etats et mêmes des individus, était astreint au devoir d'assistance à toute personne en danger, en particulier des réfugiés fuyant les persécutions. Nous tenons à dénoncer ces agissements inhumains, à vous exprimer notre profonde indignation et à vous faire part de la grande déception de tous les citoyens qui avaient tant cru en la morale universelle, incarnée par les Nations Unies et aujourd'hui délibérément bafouée par leurs propres agents. Vous conviendrez ainsi avec nous qu'un tel comportement, aux relents racistes et coloniaux, spécialement dans le chef de l'agent français M Batista, honore peu les Nations Unies et porte un coup dur à la morale universelle.
Nous voudrions par conséquent vous demander de vous dissocier officiellement de ces actes de barbarie et de les dénoncer avec d'autant plus de force qu'ils se sont déroulés dans les locaux de la prestigieuse Institution que vous dirigez, celle-là même qui, aux yeux de tous, était le symbole de la promotion et de la protection des droits de l'homme au Burundi comme dans le reste du monde. Il va de soi que vous ne manquerez pas de prendre les mesures administratives et disciplinaires qui s'imposent contre cet indélicat agent français qui, par ses agissements inqualifiables, ne fait que ternir l'image des Nations Unies et du Haut Commissariat aux droits de l'homme. La réputation des Nations Unies et votre propre prestige en tant que Haut Commissaire aux droits de l'homme dépendront de la manière judicieuse dont vous saurez gérer cette paradoxale situation de violation des droits de l'homme par l'institution des droits de l'homme.
Vous voudrez par la même occasion user de votre autorité pour inviter les responsables du pouvoir en place à Bujumbura à mettre fin à leurs persécutions injustes contre l'Ingénieur Rutamucero et le Dr Masumbuko et aux nombreux harcèlements policiers contre les opposants politiques. Aussi troublant est le cas du Dr Alphonse Rugambarara, Président du Parti INKINZO, l'un des signataires de l'accord d'Arusha, qui a été enlevé le 31 mars 2001 par la police politique et séquestré depuis dans les geôles du régime de Bujumbura qui lui reproche son soutien à la candidature du Colonel Epitace Bayaganakandi à la présidence de la République du Burundi.
Nous avons l'espoir que vous réagirez rapidement et positivement à notre demande afin de nous éviter le désagrément de devoir dénoncer publiquement et par tous les moyens cette violation des droits de l'homme par les structures onusiennes des droits de l'homme. Nous serons d'autant plus à l'aise de le faire que notre démarche s'inscrit pleinement dans le droit fil de la défense et du respect des principes des droits de l'homme Veuillez agréer, Madame le Haut Commissaire, l'assurance de notre considération distinguée.
Signé: AC-Génocide- Benelux, Canada, Suisse, Association Internationale pour la Prévention du Génocide-Canada etc..
Sympathisants en Afrique, en Europe et en Amérique
