RUGAMBA-NET PRESS

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Réseau des Associations de Lutte Contre le Génocide Au Burundi

 

London, le 7 mars 2001

S. E. le Major Pierre Buyoya

Président de la République du Burundi

A Bujumbura.

 

Monsieur le Président,

Nous vous adressons cette lettre au nom du Réseau des associations de lutte contre le génocide et pour la promotion des droits de l'homme au Burundi basées au Benelux, au Canada et en Suisse aussi bien que par tous leurs sympathisants résidant en Afrique, en Europe, en Amérique et ailleurs dans le monde. Nous tenons à vous exprimer nos sentiments mêlés de profonde stupéfaction, de sourde révolte et totale désapprobation suite au scandaleux et inexplicable emprisonnement du Dr. Alphonse Rugambarara, Président du Parti Mouvement Socialiste Panafricaniste-INKINZO.

Dr. Alphonse Rugambarara, un des signataires des Accords d’Arusha croupit depuis le 31 mars 2001 dans les geôles immondes de la prison centrale de Mpimba, séquestré sous de fallacieux motifs d’outrage au Chef de l’Etat et de distribution de tracts. En réalité, le vrai motif de cette inacceptable incarcération est à rechercher ailleurs. Dr Rugambarara est « coupable » d’exercer pacifiquement ses libertés politiques, d’exprimer ouvertement ses opinions, et d’avoir accepté le rôle de porte-parole du Collectif des partis politiques qui prônent le changement à la tête de l’Etat.

Vous le savez, ce Collectif critique publiquement la déliquescence de l’Etat sous votre direction. Ils fustigent surtout son laxisme criant face au conflit de génocide. Le Collectif explore activement les modalités pratiques de restaurer un Etat de droit au Burundi afin de rendre la dignité à ce pays meurtri par huit années d’une guerre insensée. Ses représentants gênent visiblement certains barons du régime mais leurs activités politiques ne sont pas des délits prévus et punissables par la Loi burundaise.

Monsieur le Président,

Nos critiques les plus acerbes se veulent constructives et ne visent nullement à porter atteinte à Votre personne. Les membres de nos associations ne se positionnent pour aucun poste. Ils n’aspirent nullement à ravir les strapontins des chatouilleux membres de votre entourage. Voilà pourquoi nous tenons toujours à stigmatiser avec constance et à condamner avec la dernière des énergies tout errement de votre administration susceptible d’empirer la précaire situation de notre pays. Nous avons crié toute notre désapprobation lorsque, contre toute logique, vous avez enclenché le processus de négocier avec des représentants du Frodebu. Vous saviez pertinemment que les dirigeants de ce parti politique sont accusés par une Commission internationale d’enquête de l’ONU (S/1996/682) de la lourde responsabilité du génocide qui a frappé et continue à décimer les Tutsi et des Hutu non acquis à l’idéologie du génocide. Nous avons redoublé nos clameurs à la veille de la signature des Accords impies d’Arusha, et lors du dernier Sommet d’Arusha sur le Burundi des 19-20 Février 2001. Aujourd’hui comme hier, notre inaliénable devoir de citoyens et le respect pour notre peuple dictent une nouvelle interpellation.

Monsieur le Président,

Pour avoir embarqué, contre vents et marées, les partenaires politiques burundais sur la voie minée des négociations d’Arusha, ayez donc la décence élémentaire et la hauteur d’esprit d’en assumer le dénouement, aussi surprenant et frustrant qu’il puisse se révéler pour vous. Le monde observe et abhorre vos tergiversations.

Nous ne vous demandons pas de composer avec l’opposition car vos vues respectives sur les questions centrales et cruciales du génocide ou de l’indépendance nationale semblent cantonées aux antipodes. Par contre, il est de votre devoir de vous abstenir de tracasser vos adversaires et opposants politiques. Faute de vous les allier, cessez donc de les harceler, de les intimider, et de les emprisonner. Nous trouvons très étrange les traitements cruels, inhumains et dégradants qui leur sont infligés et votre propre rudoiement à leur égard qui tranche avec l’attention que vous accordez à ceux que vous traitez pudiquement de « rébellion ».

Aucun pouvoir sérieux ne déroule le tapis rouge pour des fauteurs de guerre et autres terroristes de mauvais renom qui revendiquent les pires forfaits d’une guerre absurde contre leur peuple. Aucun Gouvernement responsable ne supplie ses rebelles de négocier. Sous tous les cieux, toute rébellion s’écrase avec tous les moyens du bord avant d’en réformer les lambeaux par une rééducation calibrée pour permettre à ceux qui le peuvent de payer leur dette avant de les réinsérer en société. C’est le rôle de l’opposition de critiquer les manquements criants des locataires actuels du pouvoir en place à Bujumbura.

Exiger un suivisme moutonnier de tout ce parterre politique revient à infantiliser toute une classe de femmes et d’hommes politiques aguerris et qui ont acquis leurs galons sur le même terrain de combat que vos propres conseillers. C’est aussi insulter la maturité du peuple burundais que de lui nier le droit de changer ses dirigeants pour se réserver un avenir moins dramatique que celui offert par l’actuel partenariat au pouvoir.

Ces Accords d’Arusha vous offrent une sortie politique honorable car moins cacophonique qu’en juillet 1993. Vous n’aurez certes pas pu décrocher la Présidence de la transition, mais il vous sera reconnu la capacité de continuer de jouer un rôle important sur la scène nationale. Vous n’auriez tout de même pas planifié de signer des Accords pour les traiter de « chiffons de papier » au moindre désagrément ?

Après avoir décerné par brassées des certificats de bonne vie, conduite et moeurs à des terroristes égorgeurs de femmes, de vieillards et d’enfants, croyiez-vous pouvoir les écarter d’un revers de main par la suite ? Trop tard ! Vous leur avez offert voie au chapître, pour le plus grand malheur du Burundi.

De même, les dits « petits partis Tutsi » , qu’ils vous plaisent ou pas sont là pour durer. Mais si vous embastillez partenaires et associés à tour de bras, par quel subterfuge comptez-vous donc mettre en vigueur ces Accords ? L’histoire récente dans la sous-région n’encourage pas d’emprunter ce type de voie qui ne débouche pas. S’il vous plaît, dites à vos zélés acolytes d’arrêter de scier la branche sur laquelle vous êtes assis.

Nous vous invitons à user de votre autorité pour instruire vos collaborateurs de mettre immédiatement un terme à leurs persécutions injustes contre Dr. Alphonse Rugambarara. Qu’ils cessent leurs harcèlements policiers qui rendent les conditions de vie, entre autres, de l’Ingénieur Diomède Rutamucero et du Dr. Pie Masumbuko proprement infernales. Car tous ceux qui avilissent les moeurs politiques du Burundi en violant sans retenue les procédures de justice pénale se réclament de Vous.

Prenez garde Monsieur le Président, car ils sont nombreux, dans votre pré-carré à vous faire dévaler les pentes du Panthéon Burundais où vos tentatives de restaurer le tissu national déchiré vous avaient hissé. Ce n’est pas en feignant d’ignorer l’actuelle rwandisation et le risque évident de la somalisation du Burundi que Vous Vous y maintiendrez.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'assurance de notre considération distinguée.

Signé:

AC-Génocide- Benelux: (Jean-Bosco Kazirukanyo)

AC Genocide –Canada: Salvator Nsengiyumva

AC Genocide Suisse: (Juvénal Nduwimfura)

AIPG Canada : Tharcisse Ntakibirora, Secrétaire aux Relations Extérieures

 

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