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LA MESURE D’AMNISTIE A ETE PRISE DANS L’INTERET SUPERIEUR DE LA NATION
Tous
les prisonniers politiques détenues dans les prisons du Burundi , en tout 71
personnes , vont bénéficier de la mesure d’amnistie décidée le 29 août
1990 par le Comité Militaire pour le Salut National.
A
cet effet, le Conseil des Ministres s’est réuni jeudi sous la présidence du
Chef de l’Etat, le Major Pierre Buyoya , pour examiner la loi d’amnistie.
Celle-ci a été adoptée et promulguée le même jour (décret-loi N°1/034/90
du 30 août 1990).
Sont amnistiés les auteurs, coauteurs ou complices d’infractions commises à l’occasion des événements survenus dans les communes de Ntega et Marangara en août 1988. Au nombre de 51, ces personnes appréhendées et inculpées après enquêtes, pour avoir participé directement ou indirectement à la provocation des événements de Ntega et Marangara. Au terme de ces enquêtes, le dossier " Ntega et Marangara" a été transmis au Ministère Public pour instruction préjuridictionnelle. A l’heure actuelle, l’instruction est terminée.
En
décidant d’amnistier les prisonniers politiques, le Comité Militaire pour le
Salut National a visé principalement la création des conditions propices à la
politique d’unité nationale en accordant le pardon à ceux qui ont commis des
infractions à connotation politique.
Dans
tous les cas, les infractions commises ont porté atteinte à la sûreté intérieure
de l’Etat. De ce fait, les procédures y relatives ont un cachet politique.
Les
faits perpétrés étaient particulièrement graves et appelaient des sanctions
aussi graves. Dans les deux affaires, la loi prévoit des peines sévères
allant de la peine à longue durée jusqu’à la peine capitale. L’avantage
de l’amnistie pour les prisonniers politiques eux-mêmes et leurs familles est
donc de taille.
D’un
autre côté, la clôture de ces deux dossiers intervient à une période
particulière de l’Histore du pays. Le Burundi est en effet engagé dans un
important processus de réconciliation de toutes les composantes de la
population. Il convenait donc d’envisager un mode de clôturer ces affaires
qui ne soit pas de nature à contrecarrer ce processus.
Le
jugement dans la fraîcheur des faits aurait été possible. Mais cette solution
a été, dès le départ, écarté pour des raisons de sagesse et de probité
politique. Le jugement dans le feu des événements ne rencontrait pas les
principes d’une justice sans passion et transparence prônés par la IIIème République.
Il fallait aussi déjouer le piège tendu par les malfaiteurs du régime
Le
jugement dans les formes ordinaires aurait pu être envisagé. Néanmoins, il
s’est avéré, après analyse fine, que l’organisation des deux procès
n’aurait pas manqué de raviver les clivages ethniques, claniques et régionaux.
Une situation délicate que les habituels pêcheurs en eau trouble, les extrémistes de tout bord, n’auraient pas manqué
d’exploiter pour contrecarrer les efforts d’apaisement et de recherche de la
concorde nationale déployés par le régime de la IIIème république.
De
tout ce qui précède, le comité militaire pour le salut national a tiré la
conclusion qui s’imposait : la voie classique risquait de compromettre
les objectifs fondamentaux de la troisième république. Il a alors privilégié
une solution politique : l’amnistie, aux termes de l’article 123 du
code pénal Livre I, l’amnistie est un acte par lequel le pouvoir législatif
interdit d’exercer ou de continuer des poursuites et efface les condamnations
prononcées.
La
mesure d’amnistie touche également d’autres catégories d’infractions
afin de donner la chance à leurs auteurs de se reclasser dans la société.
Sont concernés les prévenus incarcérés pour des infractions commises avant
le 30 août 1990 et dont la peine prévue par la loi ne dépasse pas cinq ans.
Sont également concernés les condamnés pour infractions commises avant le 30
août 1990 et dont la peine ou le cumul des peines prononcées n’excède pas
cinq ans.
Les
personnes condamnées avant le 30 août à des peines plus sévères bénéficient
des réductions de peines. La peine de mort est cumulée en servitude pénale à
perpétuité. La servitude pénale à perpétuité, quant à elle, est réduite
à 20 ans de Prison, tandis que les peines de servitude pénale de 10 à 20ans et
de 5 à 10 ans sont réduites respectivement de 3 et 2 ans.
Sont
exclus des mesures d’amnistie : le meurtre, l’assassinat,
l’empoisonnement, l’anthropophagie, le vol à main armée, le vol en bandes
organisées, le vol de gros bétail, le faux en écriture ou authentique, le
faux en écriture privée, de commerce ou de banque, l’atteinte au bon
fonctionnement de l’économie nationale, les détournements, la gestion
frauduleuse, la concussion, la corruption ainsi que la culture, la vente, le
transport, la détention et la consommation des stupéfiants. Sont également
exclus du bénéfice de l’amnistie, les prévenus ou condamnés ayant déjà bénéficié
d’une amnistie ainsi que les récidivistes.
L’actuelle
mesure d’amnistie vient renforcer et pérenniser la politique d’unité
nationale. Elle donne à certains citoyens égarés la chance de participer à
cette œuvre commune, souligne la loi. C’est donc une décision prise dans
l’intérêt supérieur de la Nation.