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Imbroglio
au ministère de l’éducation nationale du Burundi.
Le
titre de l’article témoignerait d’une prétention démesurée si nous prétendions
traiter tous les problèmes qui accablent le système éducatif Burundais.
La
présente réflexion est motivée par un rififi qu’on observe ces derniers
temps entre le Ministre de l’éducation nationale et les assistants en
formation doctorale en Belgique. Ces derniers voudraient porter à connaissance
de l’opinion publique nationale et internationale que les décisions qui sont
en train d’être prises par le Ministre de l’éducation nationale sont
injustes, incompréhensibles et restent pour le moins dépourvues de tout esprit
d’humanité. Et c’est dans l’intention d’alerter les décideurs
politiques à tous les niveaux (partis politiques, gouvernement, assemblée
nationale et sénat), que le Collège des Assistants en Formation doctorale en
Belgique (CAF) « sème à tout vent » le présent cri de détresse
afin que quiconque le lira puisse se rendre compte de la situation gravissime
dans laquelle ils se trouvent en terre étrangère.
Thomas
Jefferson affirmait que la liberté et la démocratie ne peuvent pas exister
sans les citoyens ; et qu’il n’y a pas de citoyens sans éducation. C’est
pour cette raison que la première chose qu’il réalisa dans l’Etat de
Virginie fut de construire une université publique avant d’élaborer
la constitution, car il avait bien compris " qu’on ne naît pas citoyen
", mais plutôt " qu’on le devient par l’éducation ". S’il est vrai que le Ministre actuel de l’éducation au
Burundi n’égale pas Jefferson, l’éducation doit néanmoins avoir partout
les mêmes ambitions, relever les mêmes défis au-delà
des nations et des cultures.
Si
on ne fait pas attention à l’éducation et si on n’arrête pas à temps la
comédie qui est en train de se jouer au boulevard de l'Uprona, demain ça sera
peut-être trop tard.
Qu’observe-t-on
aujourd’hui au ministère de l’éducation ?
Les
réformes à l’encontre de la formation doctorale.
On
observe depuis un certain temps des mesures qui tombent comme de la neige au
ministère de l’éducation nationale. Ces mesures visent ni plus ni moins à décourager
les étudiants à poursuivre leurs recherches doctorales. La carte de visite à
ces mesures s’appelle "assainissement des finances de l’Etat "
alors que la réalité se trouve ailleurs. Ces étudiants dans le collimateur du
Ministre de l’éducation nationale sont victimes d’un esprit plutôt
sordide. Tenez : il raconte à qui veut l’entendre " qu’ils sont
riches ", " qu’ils roulent en voitures ", " qu’ils
parviennent à se payer les vacances au Burundi ", etc. Et tout ceci pour
justifier le refus systématique de donner suite à leurs demandes de
prolongation de bourse pour finaliser leurs thèses. De tels propos découlent
de la pure calomnie et doivent être traités comme tel.
Nous
voudrions ici faire un point à l’intention de tout Burundais qui n’a pas
encore eu l’opportunité de venir en Europe et spécialement en Belgique que
nous connaissons le mieux. Il est impensable d’être riche et de se payer les
vacances au Burundi quand on a une bourse de 600 Euro par mois pour les célibataires,
et de 800 Euro pour les couples quel que soit le nombre d’enfants à leur
charge. Et pour preuve :
Il
est impossible de louer un studio à moins de 150 Euro par mois, un appartement
à 2 chambres à moins de 400 Euro ; sans
compter qu’il est pratiquement impensable de comprimer les charges fixes
telles que la ration alimentaire, soins de santé, cantines et scolarité des
enfants, etc.
Par
ailleurs, si le Ministre est scandalisé par le fait que ces doctorants (de
notre âge !) roulent en voitures, nous tenons à souligner qu’il est
courant d’acheter une voiture d’occasion à 100 Euro (ou de l’avoir
gratuitement) et que c’est le moyen de transport le moins cher pour une
famille de quelques deux à cinq personnes. Ceci dit en passant, avec ce montant
de 100 Euro par voiture, le Ministre peut déjà se rendre compte qu’il en achèterait
plus d’une avec le reliquat de ses frais de mission.
Aujourd’hui,
une dizaine d’étudiants sont dans la détresse. Ils sont condamnés à
l’errance par le Ministre de l’éducation nationale qui a refusé de
prolonger leur bourse. Parmi la dizaine de dossiers en souffrance, plus de 99%
demandent une dernière année de bourse. On peut se demander logiquement le
manque à gagner pour l’Etat Burundais qui condamne un étudiant à
l’abandon pour seulement une année de bourse supplémentaire !
D’autres
étudiants viennent de passer plusieurs mois à attendre les indemnités
familiales qu’ils ont dûment signées avant de quitter le Burundi. Ils ont
contracté des dettes pour le voyage de regroupement familial dans l’espoir de
se faire rembourser comme il est de coutume dans de pareilles situations. Pour
le moment tout est bloqué et le Ministre persiste dans le refus d’honorer les
engagements qu’il a pris avec ces étudiants.
2. Anachronisme et illégalité des mesures arrêtées
La
gestion du dossier ‘bourse’ est aujourd’hui très irrégulière au ministère.
Le monde politique Burundais devrait refuser qu’un dossier aussi sensible que
celui-là soit confié au seul Ministre de l’éducation nationale. Quelle que
soit sa bonne volonté d’être neutre, juste et impartial, il arrive des
moments où il cède aux sollicitations diverses comme c’est le cas pour le
moment. C’est dans cet esprit que le législateur avait institué une
commission interministérielle chargée de gérer les bourses d’études et de
stages par le décret n° 100/003 du 3 janvier 1990. Malheureusement, le
Ministre de l’éducation nationale a préféré travailler dans l’illégalité
en s’arrogeant les compétences légalement dévolues à ladite commission.
Ainsi, il s’est donné la latitude de semer la pluie et le beau temps sans référence
à personne ni à aucune norme. Pire encore, par sa lettre circulaire n°610/BBES/2076/2001
du 17/9/2001, le Ministre ose modifier les dispositions du décret précité en
violation flagrante du principe de la hiérarchie des normes. Or, dans
l’ordonnancement juridique du Burundi, un décret est un acte du Président de
la République et aucun Ministre ne peut le modifier sans tomber dans l’illégalité
comme c’est présentement le cas. Il
est regrettable de constater qu’au fil des années, ladite commission est
devenue inopérante à telle enseigne qu’elle avalise des décisions prises à
d’autres niveaux.
C’est
dans cette logique que les dossiers de demande de bourse et de demande de
prolongations sont traités en exclusivité par le Ministre lui-même. Les
demandes de prolongation de bourse des 10
étudiants dont il est question ci-dessus, n’ont jamais été soumises à
cette commission et sont entachées d’irrégularités révoltantes pour un
citoyen honnête.
Dans
le contenu de la circulaire n° 610/BBES/2076/2001 du 17-9-2001 ci haut mentionnée,
qui est portée à la connaissance des étudiants via l’Ambassade le 12
octobre 2001, le Ministre annonce qu’aucune prolongation ne sera encore
possible. Cette mesure est prise alors que les étudiants viennent de passer
plus de trois mois à attendre la suite réservée à leur demande. Pourtant,
tout le monde sait et de surcroît le Ministre de l’éducation, qu’à cette
date, l’année académique en Belgique est déjà dans son deuxième mois. Les
étudiants avaient pris les engagements divers (envoyer les enfants à l’école,
signer de contrat de locations des maisons, payer les frais d’assurances
maladies, etc.) pour cette même année académique 2001-2002.
Ils
se demandent aujourd’hui pourquoi le Ministre a pris l’option de mettre dans
les tiroirs les demandes de prolongation formulées quelques mois plus tôt pour
réserver une réponse négative à tout le monde au mois d’octobre 2001. Ils
s’interrogent également sur les dispositions prises pour accompagner ces
mesures puisque le Ministre savait pertinemment que, privés de moyens de
subsistances, ces étudiants allaient stopper la poursuite de leurs recherches.
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Le
Ministre vient de prendre également une mesure qui met fin aux frais
d’indemnités familiales des étudiants en formation doctorales qui n’étaient
pas jusque-là concernés par les dispositions précédentes. Une fois de plus,
le Ministre démontre qu’il n’a d’égard à aucun principe de droit.
Ainsi, au mépris des principes de la non-rétroactivité des actes
administratifs et des droits acquis, il fait rétroagir sa décision en
remontant la suppression des indemnités familiales au mois de janvier 2002
alors qu’il le décide un mois plus tard, c’est-à-dire février.
Si
les indemnités familiales ont été régulièrement versées à ces étudiants
jusqu’au moins de décembre 2001, peut-on supposer que le gouvernement a
subitement compris que la bourse serait largement suffisante sans ces indemnités
familiales, au quel cas il aurait gaspillé de l’argent depuis longtemps ?
Ne faudrait-il pas y voir un acte de décourager ces étudiants puisque le
montant restant ne leur permet pas de se faire enregistrer comme résidents étrangers.
Ce montant est en effet en dessous du minimum exigé pour qu’un couple avec ou
sans enfant puisse se faire inscrire comme résident temporaire.
Quelles
sont les alternatives que le gouvernement a préconisées pour que les familles
de ces assistants ne souffrent pas des mesures arrêtées ? Si le Ministre a jugé
bon de mettre en exécution les recommandations du conseil des Ministres des
28-29 novembre 2001 (voir Netpress du 6/3/2002), pourquoi a t-il attendu le 8 février
pour l’annoncer aux concernés par le biais de son collègue des relations extérieures
et de la coopération ; c’est-à-dire trois mois après la décision,
sans même daigner inviter ces familles à prendre les dispositions qui
s’imposent dans pareilles circonstances. Voilà une série de questions que
ces étudiants en situation difficile voulaient porter à la connaissance de
l’opinion.
Les
mêmes étudiants prient le gouvernement de désigner une commission ad hoc qui
se pencherait sur la question des formations doctorales à l’étranger et qui
proposerait des délais réalistes qui tiennent compte des exigences des
universités d’accueil. Cela éviterait aux générations futures de
doctorants le calvaire dans lequel nous sommes, suite aux décisions qui se
prennent à la va-vite sans tenir compte d’aucun avis. Il y va pour
l’honneur du Burundi que ses fils et filles ont su préserver au moins sur le
plan académique.
Ils prient instamment son Excellence Monsieur le Président de la République d’user de ses prérogatives et faire l’arbitrage nécessaire pour que leurs bourses et indemnités soient débloquées. Ils ont déjà révélé plusieurs fois à son Excellence Monsieur le Président de la République que le dossier contient des irrégularités. Ils ont porté à sa connaissance que ça fait déjà plusieurs mois qu’ils s’endettent, qu’ils ne payent pas le loyer et autres redevances et sont finalement en difficulté de solvabilité.
En
définitive, leurs travaux de recherches sont compromis alors que certains sont
presque au bout du tunnel pendant que le gouvernement vient de lancer d'autres
sur la même voie qui n'a apparemment plus d'issue.
Pour le Collège des Assistants en Formation en Belgique,
CAF-Belgique
Laurent Nzosaba
Président.