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REPUBLIQUE DU BURUNDI
COALITION
CONTRE LA DICTATURE (CCD)
Association
agréée par Ordonnance n°530/120 du 6 Juin 1994
MANIFESTE
CCD du 14 Juillet 2001
Un événement de la plus haute importance et aux conséquences incalculables vient d’avoir lieu ce 10 juillet 2001 à Prétoria et il convient d’en avoir une lecture correcte. En effet, pour la première fois dans son histoire millénaire, le Burundi est doté d’un Chef d’Etat désigné à l’étranger, par des étrangers et forcément pour satisfaire des intérêts étrangers au peuple burundais. On a même pas mis les gants, puisque Nelson Mandela lui-même a justifié la décision de désignation par le soutien dont bénéficie Buyoya auprès des Chefs d’Etats de la sous-région et du Colonel Kadaffi, tout en invoquant au passage le rejet du concurrent Bayaganakandi par un mystérieux groupe de dix Officiers sans autres mandat que celui du bénéficiaire de la parodie.
Mais
si dix Officiers suffisent pour mettre en place pour les plus hautes
institutions du pays, en flagrante contradiction avec l’opinion de 14 partis
politiques ayant fermement rejeté la candidature du Major Buyoya, des
Bashingantahe de nos collines qui ont dit au Vice-Président Banvuginyumvira
qu’ils n’ont pas mandaté le gouvernement à Arusha ainsi que des nombreux
compatriotes, notamment ceux qui se reconnaissent dans l’Accord-Cadre ayant
toujours désavoué le processus en lui-même, alors non seulement c’est pire
qu’un putsch - car c’est une injure envers le peuple burundais - mais
c’est aussi la preuve qu’Arusha était une occasion de perdre du temps et
beaucoup d’argent ! Comme ces dix Officiers ne viennent pas de naître,
pourquoi avoir mobilisé tant d’énergie et de fonds au détriment de l’économie
et du social, pour organiser moult sessions de négociation pendant 3 ans
d’interminables et coûteux périples du Président et de ses envoyés, des déplacements
du médiateur et de nombreux dignitaires étrangers et gaspillés des centaines
des milliers de dollars qui nous manquent cruellement, alors que nos dix génies
étaient là, et à Bujumbura de surcroît ?
Notre
gouvernement a prouvé qu’il n’a pas peur des contradictions, car à la
veille du diktat de Prétoria, dans de multiples réunions et déclarations sur
les ondes, il était clairement souligné que la mise en place des institutions
de la transition n’était pas souhaitable avant le cessez-le-feu voire
mortelle pour le pays puisque de nature à affaiblir le gouvernement qui en
serait issu en intégrant des éléments favorables à la rébellion sans
compter le fait qu’on ne pouvait démobiliser une Armée en guerre ni ramener
des politiciens en exil sans troupes étrangères qui ne viendraient elles-même
qu’à la condition expresse d’avoir un préalable le cessez-le-feu.
Aujourd’hui, tous ces arguments sont oubliés, et pour cause!
De
la même façon qu’un chien n’a jamais engendré une vache, pouvait-on s ’entendre
à ce qu’un processus initié sous la contrainte extérieure (embargo et gel
de la coopération) et intérieure (coercition exercée par le pouvoir sur qui
conque refusait Arusha), marqué par la négation du génocide, le déni de
justice et le renoncement à la souveraineté nationale, puisse donner autre
chose qu’une descente aux enfers?
Au
commencement, il y avait une capitulation
:
des négociations se tenant sur le territoire d’un pays abritant les ennemis
semant régulièrement la mort et la désolation au Burundi et sous la médiation
de Nyerere qui avait pris fait et cause pour le l’ultra-hutisme;
A mi-parcours, il y a eu une erreur coupable : prendre pour nouveau médiateur, à la mort de Nyerere, un homme de la stature de Mandela, ayant toujours une emprise sur la plus grande puissance du continent, voyant le problème burundais à travers le prisme déformant du cas sud-africain et dont les décisions les plus erronées ne pourraient être contestées, tant son mythe en a fait un demi-dieu;
A l’arrivée, il y a trois diktats
:
-
signature sous la
contrainte internationale, mais avec des réserves, d’un document
d’accord rédigé par l’équipe tanzanienne sous la dictée du G7
-
l’annulation de fait des réserves par l’acte d’engagement et
l’acceptation
- le diktat
de Prétoria du 10 juillet 2001 qui représente une véritable
Le
principe sacré de la résolution pacifique des conflits consiste à chercher
une solution dite de "gagnants-gagnants"
où aucune des parties en présence ne se sent perdante. Or, après avoir consacré l’existence légale des communautés hutu
et tutsi par l’accord d’Arusha, qui prévoit une alternance ethnique
à la Présidence et des quotas ethniques dans certains corps, le diktat de Prétoria
du 10 juillet 2001 proclame la victoire de l’ultra-hutisme et la défaite de
la communauté tutsi, dont les intérêts fondamentaux de survie et de plénitude
de la citoyenneté sont bafoués.
Qui
sont les véritables vainqueurs? Il s’agit d’abord du FRODEBU, de sa mouvance
politique et de ces milices faussement appelées "rébellions".
Après avoir négocié avec lui-même, le pouvoir Frodebu obtient tout ce
qu’il voulait :
- la négociation du génocide des
Tutsi de 1993 et l’amnistie des génocidaires par un acte parrainé par la communauté internationale;
-
le renforcement de son emprise retrouvée grâce à la magie de Buyoya et
-
le démentèlement de l’Armée;
-
l’annulation des réserves à l’accord exprimé
par le G-10 et
-
le déploiement de troupes étrangères.
Qu’a
offert en échange le G7? Rien, pas même un cessez-le-feu théorique! Quel mépris
pour l’autre camp!
L’autre
gagnant, c’est l’oligarchie
buyoyiste, assuré de l’impunité et de
la préservation des prébendes, après
avoir exploité la passivité des honnêtes citoyens, le discrédit des leaders
du G-8 qui ne sont jamais relevés de la convention de gouvernement et la
lassitude d’une communauté internationale excédée par une crise
interminable totalisant 8 ans!
A l’inverse, les perdants
sont :
- de façon générale, la Nation
burundaise qui porte le
deuil de sa souveraineté
sacrifiée par l’alliance des putschistes et des génocidaires
-
de façon particulière, la communauté
tutsi menacée de disparition totale
-
l’Armée, qui subit injustement
l’opprobre du diktat de Prétoria par la
-
la
paix
qui s’éloigne pour longtemps de nos rivages, car il
ne faut pas être
un grand prophète pour deviner la suite :
-
l’escalade
de la haine et de la violence qui ne peut qu’être accélérée par la
poursuite de la guerre et le fourvoiement des institutions légitimes dans la
ponction contrastant avec la misère indescriptible des masses;
-
l’engrenage
des tensions favorisé par les troupes étrangères, chacun essayant de déterminer
si elles roulent pour lui ou contre lui;
-
l’incohérence
des décisions d’un gouvernement de juxtaposition des divergences et non
d’unité nationale;
-
la perte de souveraineté entraînant le désespoir et la révolte des citoyens
normaux qui subsistent encore dans cette République des scandales;
-
la montée de l’interventionnisme
des voisins et des puissances plus lointaines à mesure que le pays en décadence
apparaître de plus en plus comme un abcès de fixation dangereux pour toute la
la région;
-
le parachèvement du génocide de Tutsi dans un bref délai, même si les
principaux intéressés restent sceptiques comme leurs frères du Rwanda en 1994
Il
n’est point présomptueux d’affirmer que nous sommes dans une situation
catastrophique - apocalypse now devrait-on clamer, mais elle à le mérite de la
clarté. Soit nous combattons énergiquement être sans fard la dictature
abjecte et pro-génocidaire qui nous a en é où nous sommes, soit nous
acceptons de voir disparaître la Nation burundaise et ensuite mourir ensemble
comme des idiots et dans le déshonneur absolu! Il n’existe guère de troisième
voie honorable, et surtout pas celle qui tente certains membres du G-8 : accepter
de passer à table avec les vainqueurs en avalant sa rage et en prétextant de
la nécessité du contre-poids, alors qu’il s’agirait
plutôt d’une caution criminelle au hold-up opéré avec brio et
cynisme à Prétoria.
Nous
n’avons d’autre choix que de combattre un système qui a réussi la
zairianisation du Burundi, pour notre malheur.
L’heure
est grave et la patrie en danger. Alors, nous n’avons plus le droit de rêver,
d’attendre des miracles ou de nous complaire dans des divisions factices.
Seuls
deux camps existent désormais: ceux qui cautionnent et ceux qui refusent le
fait accompli.
La Coalition Contre la Dictature
(CCD) en appelle à tous les citoyens
conscients, toutes ethnies confondues, pour former une union sacrée de tous les
patriotes qui souhaitent léguer à leurs enfants un pays viable, afin d’éviter
que les dividendes du crime profitent plus longtemps à ceux qui affichent le mépris
absolu envers le peuple martyrisé. La
dictature n’est forte que de notre faiblesse et notre lâcheté
: dépassons-nous
car en kirundi on dit « utinya ingwe, ntutinya iyakwinjiranye! ».
Debout
les morts!
Pour la Coalition Contre la
Dictature(CCD)
Dr
André BIRABUZA,
Président.
