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République
du Burundi
Coalition
Contre la Dictature (CCD)
Déclaration du 23 Août 2001
Au commencement, il y
avait un putsch militairement réussi, mais politiquement non assumé: c’était
le 21 octobre 1993. Il n’a pas été assumé parce que les cerveaux du putsch
ne voulaient pas porter l’opprobre de l’assassinat d’un Président qui,
quoique ethniquement élu trois mois auparavant, bénéficiait toujours d’un
état de grâce parmi la quasi unanimité des Hutus et de la communauté
internationale, même si la campagne ouvertement ethnisée, la gestion
provocatrice des premiers mois (chasse aux sorcières tutsi dans
l’administration – reprise violente des terres par les rapatriés,
l’humiliation journalière des « vaincus » upronistes ou
simplement Tutsi), la menace du démantèlement de l’armée, ne lui valaient
pas beaucoup de sympathies au sein de la communauté tutsi. La littérature
parfois nauséabonde qui a eu droit de cité dans certains journaux de
l’époque, corrobore cette affirmation et qu’on se rappelle des titres
du genre : « on va nous griller en brochettes! », « Ndadaye,
héros national ou chef de la tribu des coupeurs de têtes ? » etc…
Les pouces levés ci et là en ville au passage de camions militaires, juste après
l’assassinat de Ndadaye, sont à mettre dans le même registre, même s’ils
n’autorisent pas les putschistes à se couvrir de toute une ethnie pour s’amnistier
en même temps que les génocidaires . Mais il importe de regarder en face tous
ces faits gênants, parce que c’est une part du contentieux
Hutu-Tutsi, un pan de notre histoire
à assumer, pour pouvoir l’exorciser ensuite.
Le fait d’avoir fait
porter le chapeau à un civil hutu, en la personne de François NGEZE, n’a
rien arrangé, bien au contraire.
Si ce putsch avait été assumé,
il n’aurait pas eu plus de remous que celui de Compaoré contre Sankara, qui a
emporté cent cinquante
personnes(contre sept) et on aurait pas aujourd’hui une guerre interminable,
un pays en déliquescence, 20 % de la population dans les camps de sinistrés
et des centaines de milliers de morts, les uns par la machette des génocidaires,
les autres par des opérations de vengeance, d’autres suite à 8 ans
d’affrontements armés, sans compter les nombreuses victimes indirectes de la
guerre, suite aux mouvements de populations en tourbillons. Qu’on nous
comprenne bien, nous ne faisons pas l’apologie du putsch, mais ou on l’évite
ou on l’assume, au lieu de créer un vide au sommet qui autorise tous les dérapages,
parce qu’on veut une chose et son contraire : être putschiste et paraître
démocrate au même moment, en sacrifiant les populations pour sauver son image
de marque !
Le FRODEBU décapité a fait la
fine bouche pour récupérer le pouvoir qui lui était remis après le retour à
la loyauté des mutins et avait beau jeu de crier ensuite au putsch rampant et
d’exiger la sécurisation des institutions par des troupes étrangères ainsi
que la mise en place d’une commission judiciaire internationale. Dans la foulée,
le FRODEBU a lancé une guérilla par le biais de sa milice FDD et l’Armée
alors culpabilisée par l’assassinat de Ndadaye et ses conséquences directes
ou indirectes, ne pouvait que réagir de façon mitigée. L’opposition tutsi,
représentée par des partis alimentaires, faisait de la tempête dans un verre
d’eau et n’eût été le réveil inattendu d’une jeunesse inexpérimentée
mais généreuse, rien n’aurait arrêté le rouleau compresseur du FRODEBU
pour casser définitivement du Tutsi. La suite est connue :
-
Ntaryamira est mort dans l’avion de Habyalimana, au retour du sommet de
la honte de Dar-es-Salaam;
-
Ntibantunganya
a pris l ‘intérim et a organisé les
négociations de Kigobe pour se légitimer au moyen de la Convention de
Gouvernement;
-
Devenu "Bwegu", Ntibantunganya a
sillonné le monde entier pour réclamer la mise sous tutelle du Burundi,
les troupes étrangères et l’acceptation des négociations avec la
soi-disante rébellion des FDD, milice
du pouvoir, et s’est heurté à une farouche résistance du côté tutsi-il
s’est fait lapider à Bugendana avant d’être déposé par Buyoya
le 25 juillet 1996;
-
En jouant sur l’embargo, le gel de la coopération et la menace d’une
invasion étrangère, le nouveau pouvoir a convaincu une partie de l’opinion
qu’il n’ y avait plus d’autre issue, en dehors de la négociation avec les
génocidaires et après avoir organisé San Egidio dans le secret, Arusha est
venu au grand jour à la faveur d’un partenariat avec le FRODEBU miraculé, au
lieu d’être sanctionné ;
-
Tous ceux qui criaient à la
supercherie, en refusant un processus qui en soi-même réhabilitait les
criminels, procédait de la négation du génocide et de la capitulation devant
les pressions occidentales, sans aucune dividende économique en échange, étaient
marginalisés, persécutés et traités d’ennemis
de la paix, Ô ironie du sort !
-
C’est dans le cadre de la résistance à l’imposture d’Arusha,
qu’est né l’Accord-cadre le 5 février 2000, qui a eu contre lui toute la
tribu des Arushiens et la meute des opportunistes.
Et nous y voilà ! Livrés aux diktats d’un Nyerere, qui a pris fait et cause pour les ultras du hutisme, en négociation sur un territoire ennemi qui héberge les assaillants, empêtrés dans un schéma qui jure avec les toutes les méthodes connues de règlement des conflits, flanquées de vrais faux négociateurs, dont des criminels attitrés, massacreurs d’enfants et de vieillards, baptisés "incontournables pour la paix".
"Ceux qui ne comprennent pas, comprendront plus tard", nous
ressassent nos dirigeants ! Mais quand ? Peut-être dans l’autre
monde !
Et puis Nyerere est mort, le gel de la coopération est resté, le
FRODEBU-PALIPEHUTU a repris des forces sous les perfusions du gouvernement,
Mandela est venu avec un forcing sans nom et après le show du 28 Août 2000, où
était invité même l’homme le
plus puissant du monde, nous avons eu droit au diktat de Prétoria du 10 juillet
2001, véritable coup de grâce pour ceux qui se sont auto-proclamés
représentants des Tutsis, dans le marché de dupes d’Arusha. Ils sont
rentrés bredouilles, pour nous annoncer un mouvement de résistance, qui aura
duré le temps que vivent
les roses et ils ont retrouvé le chemin de l’abreuvoir et le langage de la convention. Paraphrasant Victor Hugo, nous pouvons nous
interroger : " Est-ce le châtiment ?" Qu’avons nous fait
au ciel pour mériter de pareils " leaders ?"
Le processus d’Arusha visait officiellement
la paix, mais le cessez-le feu est renvoyé aux calendes grecques,
pendant que l’immunité " provisoire" des génocidaires, le partage
des strapontins, le déploiement des troupes étrangères et le démantèlement
de l’Armée sont devenus les priorités-ils l’étaient hier pour le FRODEBU,
ils le sont devenus aujourd’hui pour ses partenaires du G-10. Et
qu’est-ce que l’honnête citoyen, qu’il soit Hutu ou Tutsi, a eu à se
mettre sous la dent ? Rien que l’amertume et les horizons bouchés,
pendant qu’on accorde les dividendes au crime ! Ô, ventriotisme, quand
tu nous tient !
Processus marqué par la
contrainte intérieure et extérieure, le viol des principes sacrés, le diktat
étranger et des trahisons en cascade, Arusha nous offre un bilan reluisant :
1°
C’est un processus de paix qui renforce la guerre et ses commanditaires.
2°
Il accouche d’un pouvoir illégitime, fantoche et affaibli.
3° Il consacre les quotas ethniques, l’alternance ethnique au pouvoir et l’impunité du crime.
4° Il récompense les assaillants, les génocidaires et les ventriotes et laisse les honnêtes gens sur le carreau, avec une économie en faillite, un tissu social déchiré et l’inversion des valeurs en prime.
5° La souveraineté nationale est définitivement compromise.
6° L’Armée nationale, dernier rempart contre l’achèvement du génocide des Tutsis est en proie au démantèlement, avec les conséquences psychologiques qu’on devine.
7°
Le Burundi est toujours traité en paria sur la scène régionale et
internationale, après avoir souscrit à tous les diktats les plus incongrus,
parce que personne n’est rassuré par les perspectives rapprochées, au vu de
l’accumulation des contradictions et de rancoeurs.
Mais à qui profite le crime ? Aux lobbies qui ont toujours cherché
la destruction de la nation burundaise pour la remplacer par une juxtaposition
d’ethnies irréconciliables, aux activistes du tribalisme, aux génocidaires
et aux ventriotes, unis pour le meilleur et pour le pire, mais pas pour
longtemps !
Pleure, Ô mon peuple bien aimé, car il y a de quoi , mais réveille-toi aussi pour châtier l’imposture !
Pour la Coalition Contre la Dictature (CCD),
Dr André BIRABUZA,
Président
