RUGAMBA-NET PRESS

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ON NOUS ECRIT : “QUI EST MELCHIOR MBONIMPA” ?

A propos de votre dépêche du 3 août 2000.

    Chers Messieurs:

    Permettez-moi d'abord de vous féliciter pour le travail exceptionnel que vous accomplissez régulièrement chaque semaine. Bien archivé, il servira sans doute de référence obligatoire dans la chronique future de l'histoire burundaise.

    La présente note concerne un point de détail dans un des articles datés du 3 août, sur la conférence organisée au Canada par un "Conseil de la Paix dans la Région des Grands Lacs". Vous y mentionnez le principal conférencier prévu, M. René Lemarchand, ainsi que "A MELCHIOR MBONIMPA", ce qui je suppose se traduit à peu-près par "un certain Melchior Mbonimpa".

    Il est assez ironique que ce dernier homme qui vous est apparemment inconnu soit l'hôte d'un Conseil de la "Paix", étant donné son cursus. Né en 1955 à Vugizo (sud du Burundi), il est parvenu à obtenir un emploi d'enseignant d'université au Canada, ainsi que la nationalité de ce pays. Mais pour le reste, ses dispositions l'ont conduit à consacrer sa vie à l'extrémisme anti-tutsi au sein du Palipehutu, comme il l'indique lui-même dans ses publications.

    Ainsi le petit livre qu'il a publié en 1993 pour la promotion du Palipehutu débute avec ces mots : "Je remercie également tous mes compagnons du Palipehutu qui, à Kinshasa comme à Montréal, ne m'ont pas laissé sombrer dans la paix des inconscients." (Melchior Mbonimpa. 1993. Hutu, Tutsi, Twa. Pour une société sans castes au Burundi. Paris: L'Harmattan, page 7). Le livre, qui est dédié "A la mémoire de Rémi Gahutu", est décoré de la photographie de ce dernier et de son successeur Karatasi.

    L'année suivante, le même Mbonimpa publiait un autre livre, dédié cette fois à Ndadaye et à un certain Tharcisse Ntemere du Palipehutu (Ethnicité et démocratie en Afrique. L'homme tribal contre l'homme citoyen? Paris : L'Harmattan 1994). Dans ce livre il se lamente du choc observé chez des
journalistes et des fonctionnaires étrangers, notamment américains, à qui son mouvement tentait de vendre son programme :  "Dans un bureau du Département d'Etat à Washington, un groupe d'expatriés Hutu avait la mission d'expliquer à l'unique superpuissance du monde, les objectifs d'un parti de l'opposition burundaise, dont le nom était PALIPEHUTU. Parmi les "spécialistes" du Bureau des Affaires de l'Afrique Centrale, il y en avait un qui ne voulait rien entendre de leurs explications, parce que pour lui, cette référence tribale était une abomination." (page 18).

    M. Mbonimpa se fait la voix du Palipehutu dans le livre de 1994 et, dans une section intitulée "L'identité du PALIPEHUTU", il proclame sans ambages :  "Le PALIPEHUTU est un parti Hutu. Cette référence à la caste est délibérément provocatrice." (page 52).

    En fait, il est possible que chez "Netpress" vous ayez vu son nom dans l'actualité l'an dernier lorsqu'il s'en est allé à Arusha défendre M.Georges Rutaganda, le Vice-Pésident de la milice Interahamwe qui avait à répondre, devant les juges de l'ONU, de ses actes dans le meurtre de tout un peuple en 1994.

    A vrai dire, cette défence avait débuté avant la campagne d'extermination finale lorsque, dans le livre de 1993, Mbonimpa va au-delà de la simple apologie pour exhorter 'le régime du peuple majoritaire' à intensifier son armement: "Les Hutu du Rwanda auraient donc pu sortir de l'illusion que leur pays resterait un oasis de paix dans une région aussi troublée. Ils se croyaient tellement inattaquables qu'ils ont choisi d'investir en priorité dans les charrues, et non dans les chars d'assaut. Pourtant, le vieil adage selon lequel "qui veut la paix prépare la guerre" n'avait jamais été aussi
pertinent que pour les Hutu du Rwanda dans le contexte actuel de l'Afrique interlacustre!" (page 85).

    Une fois le forfait accompli, les avocats de la défence appelleront M. Mbonimpa devant le tribunal d'Arusha comme "témoin-expert" pour disculper le chef d'une milice dont les actes sont la raison même d'être de ce tribunal. Le "témoin-expert" s'emploiera à faire de son mieux et ira même plus loin en soutenant par exemple que la RTLM n'avait rien de sinistre, qu'elle n'avait
été qu'une "radio de guerre" comme n'importe quelle autre. Toutefois pour le cas de Rutaganda ce fût peine perdue puisque le tribunal l'a prononcé coupable de génocide malgré les efforts de Mbonimpa et ses compères.

    Quant à Lemarchand, au sujet duquel votre article développe un intéressant commentaire, sa connexion avec son co-conférencier est en effet multiple même si l'on ne s'en tient qu'à des indications largement publiées. Les deux hommes, certes avec des styles un peu différents, poursuivent la même cause.
 
 

                                                                                Salutations distinguées.

                                                                                C. N.
 
 

NDLR : La Rédaction de "NET PRESS" remercie beaucoup son lecteur pour cette lettre et profite de l'occasion pour rappeler la dépêche du 3 août 2000 qui a fait objet de cette réaction. Elle avait pour titre “CONFERENCE AU CANADA DU PRO-ULTRA-HUTU RENE LEMARCHAND” et était ainsi libellée : “UNE CONFERENCE EST PREVUE A MONTREAL (CANADA) POUR SAMEDI 5 AOUT 2000 ET SERA ORGANISEE PAR ‘LE CONSEIL POUR LA PAIX DANS LA REGION DES GRANDS LACS AFRICAINS’ ET LA COMMUNAUTE BURUNDAISE DU CANADA. ELLE AURA LIEU A L’UNIVERSITE DU QUEBEC A MONTREAL (METRO  BERRI - UQAM) DE 14 HEURES A 17 HEURES. CETTE CONFERENCE QUI SERA ANIMEE PAR LE POLITOLOGUE FRANCO - AMERICAIN RENE LEMARCHAND AURA POUR THEME :’AUX ORIGINES DE LA CRISE DES GRANDS LACS AFRICAINS’. A LA MEME OCCASION, UN CERTAIN MELCHIOR MBONIMPA PRESENTERA SON NOUVEAU LIVRE ‘LA PAX AMERICANA EN AFRIQUE DES GRANDS LACS’.

RENE LEMARCHAND EST UN POLITOLOGUE QUI EST CONNU POUR UNE CERTAINE VISION TRONQUEE DE L’HISTOIRE DU BURUNDI ET DU RWANDA ET POUR SA POSITION ULTRA-HUTU. AU MOIS DE FEVRIER 2000, LE SPECIALISTE DE LA QUESTION BURUNDAISE, LE CHERCHEUR FRANCAIS JEAN-PIERRE CHRETIEN ECRIVANT A M. JAN VAN ECK DISAIT :’J’OSE ESPERER QUE LA SEULE LECTURE EN ANGLAIS SUR LE BURUNDI DU PRESIDENT MANDELA N’EST PAS L’OUVRAGE DU POLITOLOGUE FRANCO-AMERICAIN RENE LEMARCHAND, INTITULE ‘BURUNDI, ETHNOCIDE AS DISCOURSE AND PRACTICE’, CAMBRIDGE UNIVERSITY PRESS, 1994, P.206. CET AUTEUR, APRES AVOIR PUBLIE EN 1970 UN EXCELLENT OUVRAGE CRITIQUE SUR LES POLITIQUES CONTEMPORAINES DU RWANDA ET DU BURUNDI, DEFEND SYSTEMATIQUEMENT DEPUIS AU MOINS 1988 LES THESES D’UN FRONT UNI DES HUTU ET PLUS PARTICULIEREMENT CELLES DU PALIPEHUTU (CF. SON ARTICLE PUBLIE AU DANEMARK EN 1989) ET, TOUT AUSSI SYSTEMATIQUEMENT, IL S’EMPLOIE A DISQUALIFIER LES AUTEURS QUI METTENT EN LUMIERE LA GRAVITE DU PIEGE ETHNISTE DANS CETTE REGION. AJOUTONS QU’IL N’A CESSE DE COMPARER LE BURUNDI A L’AFRIQUE DU SUD, CE QUI EXPLIQUE MA QUESTION...”.