LES ACCORDS D’ARUSHA TELS QU’ILS SONT ANNONCES AUJOURD’HUI RISQUENT DE PROVOQUER PLUS DE DESEQUILIBRE QUE D’EQUILIBRE
Le collectif des associations de développement s’exprime sur le processus de paix en cours à ARUSHA.

I. LE PROBLEME BURUNDAIS
 
 

Le problème burundais est plus complexe qu’on ne semble le croire. Plusieurs paramètres et d’innombrables enjeux coexistent et déroutent plus d’une personne; et les solutions souvent proposées se révèlent inadéquates et inefficaces.
 
 

I.1. Le problème de génocide et d’impunité
 
 

Depuis 1993, le Burundi connaît une guerre sans nom où les tenants de l’Idéologie génocidaire s’adonnent sans s’offusquer à leur sale besogne en tuant et en faisant tuer des citoyens paisibles et sans défense au lieu de s’attaquer aux militaires ou dirigeants supposés les empêcher d’accéder au pouvoir. Dans cette logique de l’extermination génocidaire, des enfants et des vieillards sont sauvagement tués par les bandes armées, des femmes sont éventrées comme des rats de laboratoires et leurs foetus morcelés à la machette.
 
 

Au nom de quelle prétendue revendication peut-on vraiment admettre que les auteurs de cette barbarie humaine perdure au Burundi au moment où nous nous targuons d’avoir appris et assimilé la démocratie et quand l’humanité sauvage et primaire se targue d’avoir évolué?
 
 
 
 

Le problème burundais est avant tout aujourd’hui un problème de génocide. Après le massacre systématique des tutsi en Octobre 1993 sur tout le territoire national, les tristes nuits qui ont emporté plus de 400 rescapés tutsi à BUGENDANA, 1.530 rescapés à BUTEZI, 980 rescapés à BUTAGANZWA plus de 150 rescapés à TEZA, 280 rescapés à NYARUNAZI en province de MUYINGAau mois de Mars 1994 et plus de 300 rescapés à RUKARAMU ont démontré et confirmé la volonté délibérée d’exterminer une partie de la population. L’ethnie est devenue un critère de survie pour les uns et d’extinction pour les autres.
 
 

Devant ces cas de crimes de génocide et de nombreux autres crimes contre l’humanité, la communauté internationale tergiverse encore pour reconnaître le génocide burundais et en condamner les auteurs. Et les solutions qui seront proposées échoueront aussi longtemps qu’elles serviront à masquer une réalité criante tel que le génocide. C’est pourquoi il est urgent de penser enfin à découdre avec la complicité mensongère et meurtrière des politiciens qui ont tendance à entretenir un flou sur cette réalité de l’histoire récente de la nation et de son peuple.
 
 

Reconnaître et ensuite condamner le génocide et ses auteurs est un préalable incontournable dans une logique de réconciliation pour une paix durable. Si la justice ne joue pas son rôle, les risques d’esprits revanchards sont énormes et on court le danger de retourner à la case départ après un certain temps : tuer pour venger les siens que la justice n’a pas vengé!!!
 
 

I.2. Ethnisation de la nation burundaise
 
 

Le processus de Paix d’ARUSHA connaît de sérieuses controverses dont l’aboutissement risque d’être l’ethnisation de la nation burundaise.
 
 

En effet, le piétinement des négociations, la mise en avant des intérêts individuels  et ethniques risquent de dichotomiser dangereusement la nation en faisant naître deux blocs extrémistes l’un Hutu, l’autre Tutsi
 
 

Si les mandatés aux négociations continuent à parler en termes de Hutu ou de Tutsi seulement en fonction de leur appartenance ethnique, qui va parler de la nation burundaise! Le danger est tellement grand et les récentes propositions de composer une armée de 50% de Tutsi et 50% de Hutu est une confirmation que la nation s’ethnise de plus bel ; ce qui compromet dangereusement son avenir.
 
 

Tout citoyen (Hutu ou Tutsi) convaincu d’appartenir à la nation plus qu’à l’ethnie ne saurait manquer de s’inquiéter du sort de cette nation si menacée de dislocation. En effet, si aujourd’hui on admet l’ethisation des institutions, demain on assistera impuissant à la régionalisation, puis la clanisation des institutions!!!
 
 

II. ALTERNATIVES DE SOLUTIONS PROPOSEES
 
 

Promouvoir l’équité : pour briser les complexes d’infériorité ou de supériorité qui conduisent souvent à l’exclusion et à l’autoexclusion, nous devrions désormais essayer de promouvoir des conditions d’équité, où tout citoyen a les mêmes chances d’évoluer et de s’essayer dans toutes les sphères de la vie sans autre entrave que ces limites propres.
 
 

Afin d’éviter des frustrations ou des jalousies destructrices, il faudrait travailler en toute transparence. Si en plus on met en avant les critères de compétence et d’UBUSHINGANTAHE, tout le monde pourra avoir sa place au soleil car les conditions de compétition seront claires et saines.
 
 

La mise en place des mécanismes susceptibles de faire traduire dans les faits une justice saine et équitable est la seule voie capable d’ouvrir les portes d’une Paix réelle et stable pour tous. Cette justice aura pour priorité la répression des actes de génocide et d’autres crimes contre l’humanité commis au Burundi, tout en réservant la possibilité de pardon dans le cadre d’une politique dynamique pour trouver définitivement une page sombre de l’histoire et porter le regard vers l’avenir dans un processus de Réconciliation Nationale.
 
 

Cela requiert bien entendu non seulement la mise en place au niveau local d’une loi réprimant le génocide mais aussi la lutte concertée contre l’idéologie du génocide au niveau Régional. C’est dans ce sens même que se situe l’application des accords de LUSAKA au sujet du désarmement et de la neutralisation des milices génocidaires.
 
 

La lutte contre l’impunité doit être le mot d’ordre. Tout en évitant la globalisation, il faut que chacun réponde de ses actes conformément à la loi en vigueur.
 
 

La promotion d’une bonne gouvernance soucieuse de l’intégrité nationale et haïssant l’ethnisation et son corollaire s’impose. Les fils et filles de ce pays doivent rayonner selon leurs qualités d’ubushingantahe et de compétence en jouissant les conditions d’équité et de transparence  permettant une compétition saine et légale. En effet, si l’on évoque le déséquilibre soit ethnique, soit régional au sens de certaines institutions burundaises telles que l’armée, l’administration, le secteur économique, etc...
 
 

Le seule remède efficace aujourd’hui est de laisser une libre compétition et une libre concurrence aux fils et filles de ce pays dans le but de leur permettre d’entrer dans ces institutions en toute transparence et équité et ainsi mettre en valeur les compétences individuelles. Toute autre solution risque de corriger le mal par le mal en résolvant l’exclusion par l’exclusion; ce qui serait synonyme d’auto-destruction. La communauté internationale et les bailleurs de fonds doivent nous aider à relever et à stabiliser l’économie au lieu de serrer le gouleau d’étranglement avec l’Embargo, en effet, « ventre affamé n’a pas d’oreilles », et la population burundaise affamée risque un jour de se révolter contre les Dirigeants.
 
 

En tant que dirigeants élus de nos associations, nous insistons pour qu’une paix durable soit garantie aux populations que nous représentons. Pour ce faire, il est demandé au médiateur de dire aux rebelles d’arrêter immédiatement les massacres des populations innocentes afin qu’elles puissent vaquer aisément aux travaux de production.
 
 






LES ASSOCIATIONS SIGNATAIRES