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REVENDICATIONS SOCIO-PROFESSIONNELLES DU SYNDICAT CONAPES :UNE MENACE OU UN APPEL A LA JUSTICE SOCIALE.

Par Henri NZEYIMANA, Secrétaire Général du CONAPES Du 15 septembre 1995 Au 10 avril 1997

 

 

· Genèse.

Les 14 et 15 septembre 1995 s’est tenu au Lycée de MUSINZIRA (Gitega) le 1er Congrès National du Personnel de l’Enseignement Secondaire au Burundi dans le but de mettre sur pied un cadre de revendication de la revalorisation de la carrière enseignante. Dans la déclaration finale issue de ce congrès dans l’après-midi du 15 septembre 1995, les membres de u Personnel de l’enseignement Secondaire ont décidé de la naissance du syndicat CONAPES, de l’adoption d’un Statut Spécial devant régir le Personnel de l’Enseignement Secondaire et de la mise sur pied d’un bureau national comme organe exécutif du syndicat. Ils ont arrêté une série de mesures en vue de la revalorisation de la carrière enseignante.

· Actions et Défis.

Né sous le régime de la Convention de gouvernement et dans un contexte socio-politique émaillé de massacres de la rébellion hutu sur des populations civiles innocentes, le syndicat a connu une enfance pénible en dépit de sa mission noble et salvatrice pour l’avenir du Burundi. Les différents partenaires de l’éducation ont vu dans le syndicat un mouvement venu bousculer les intérêts des parents et des enfants, le pouvoir est allé vite en besogne pour brandir la manipulation politicienne de l’opposition.

Malgré cet environnement hostile, le Bureau national a initié des tentatives de négociations du Statut Spécial du Personnel de l’enseignement Secondaire avec le Gouvernement de la Convention sans succès. Au lieu de mettre sur pied un cadre logique de négociations avec le Bureau National, le Gouvernement s’est cramponné dans un immobilisme et un dénigrement hors pair. Le gouvernement a plutôt caressé l’espoir de voir le pourrissement de la situation conduire à la désintégration du système éducatif prisée par le Patron du Ministère de l’Enseignement Secondaire de l’époque. En témoigne sa déclaration lors d’une séance de travail avec le Bureau National du CONAPES et les représentants de son Ministère. « Les écoles du primaire, du secondaire et de l’université peuvent fermer. Cela ne m’empêchera jamais de dormir. Je vais dormir comme un gros bébé ».

Le début de l’année scolaire 1995-1996 et toute l’année scolaire 1996-1997 ont été marqués par une série d’appels à la grève sans jamais pouvoir faire bouger d’un pouce le Gouvernement sur la voie du dialogue en vue de la satisfaction des revendications du syndicat CONAPES. La situation restera telle jusqu’à la proclamation du Coup d’Etat du 25 juillet 1996. reconnu pour son sens élevé du patriotisme et du nationalisme, le Bureau National a décidé la suspension de la grève déclenchée dès le début du 2è semestre 1996 pour laisser l’opinion nationale savourer les délices éphémères du « Régime du Salut Public » après l’hécatombe de Teza, Butezi et Bugendana.

· Bilan et Perspectives.

Fort de la détermination des membres du Personnel de l’Enseignement Secondaire et de l’opiniâtreté des responsables du syndicat, le CONAPES a pu franchir une étape décisive de son enregistrement, comme organe légal de protection des intérêts socio-professionnels de ses membres en date du 6 juillet 1996. Devant la perspicacité, la sérénité et la sagesse du Personnel de l’Enseignement, l’opinion nationale a été acquise à la cause du syndicat CONAPES et a manifesté à plusieurs reprises son soutien aux revendications.

Au lieu de saisir la balle au bond et de prendre la perche tendue par le CONAPES, le Gouvernement du 25 juillet 1996 n’a pas tardé de manifester la mauvaise volonté politique de ses prédécesseurs dans le traitement des revendications du Personnel de l’Enseignement Secondaire. La vieille chanson sur la crise socio-politique interminable, la conjoncture économique défavorable et la manipulation politicienne a rejailli dans la bouche de l’autorité gouvernementale. Des manœuvres d’intimidation et de division des membres du CONAPES, et des mesures arbitraires de suspension de fonction à l’endroit de certains responsables du syndicat ont été entreprises par le pouvoir en vue d’annihiler les avancées remarquables du CONAPES dans la recherche de la justice sociale. Cette attitude du Gouvernement va plonger le syndicat CONAPES dans une période de léthargie jusqu’à la décompression du ressort de l’oppression et de l’injustice sociale subies par les victimes de « Notre Beau Métier » au début de juin 2002.

· Voies de Sortie.

Six ans après, le CONAPES vient de reconstituer son Bureau National pour le renouvellement de ses énergies et le renforcement des acquis obtenus par les membres fondateurs au prix de lourdes sacrifices, de dévouement et d’abnégation de l’ensemble du Personnel de l’Enseignement Secondaire. Malgré cette volonté du CONAPES de reprendre les négociations du Statut Spécial du Personnel de l’enseignement Secondaire en vue de la revalorisation de la carrière enseignante, le « Gouvernement de Large Coalition Nationale » a versé dans la même attitude d’auto-défense et du qui-vive en guise de réponse au préavis de grève du CONAPES de juin 2002. Décidément au Burundi, les Gouvernements se suivent et se ressemblent. Les revendications socio-professionnelles du Personnel de l’Enseignement constituent-elles une menace à la position luxueuse et confortable de la minorité au pouvoir ou un appel à la justice sociale pour la majorité silencieuse et laborieuses. Les promesses issues des pourparlers entre le pouvoir et les représentants syndicaux, encore faut-il en donner les garanties, constituent un premier pas vers la volonté de corriger le déséquilibre social mais restent insignifiantes si elles ne s’inscrivent pas dans un statut valorisant pour ce secteur spécial de la Fonction Publique.

« La profession d’enseignant est autre chose qu’un gagne-pain et un moyen facile de s’imposer. Entrer dans l’Enseignement c’est contracter un engagement de longue durée dans le but de faire progresser la condition humaine ». Psychologie et Education, « Eduquer ….Enseigner », (page 519). De toute manière, les raisons invoquées par les Gouvernements respectifs pour rejeter l’adoption d’un Statut Spécial pour le Personnel du secteur de l’Enseignement ne sont pas de nature à convaincre les bénéficiaires devant l’immensité de leur tâche et soumis à la rigueur de la pauvreté et de la misère dans une société où « une minorité de gens continue à s’appauvrir démesurément » (extrait du discours du Président de la République lors d’une fête du 1er mai). Bien plus, la revalorisation de la carrière enseignante est une dynamique évolutive et non statique, raison pour laquelle les différents partenaires de l’éducation doivent rester ouverts au dialogue et à la négociation pour ajuster le système éducatif à l’évolution dans le temps et dans l’espace. Par voie de conséquence, le Gouvernement doit s’abstenir de dénigrer et d’infantiliser le Personnel du secteur de l’Enseignement à travers une manipulation politicienne du mouvement de revendications et en brandissant la menace de sanctions comme une alternative à la résolution du problème posé. Il est aussi important pour le Personnel du secteur de l’Enseignement de resserrer les rangs, de garder la même détermination et le même dévouement devant les conditions contraignantes de leur position sociale. La voie de la raison finira par triompher pour faire ébranler les murs de l’injustice sociale. Y-a-t-il à effrayer l’opinion nationale avec une somme de 10 milliards de francs BU comme prime à l’éducation, quand on sait que 150 millions de dollars constituent une prime à l’Accord d’ARUSHA pour la « Paix et la Réconciliation » au Burundi, mais que 750 millions de dollars américains constituent un manque à gagner par an pour le Burundi avec la suspension de l’extraction du nickel de Musongati (propos de l’ex-Ministre de l’Energie), que 8 millions de francs BU constituent une prime d’exil pour certains « politiciens » Burundais, que 500 millions de nos francs constituent une prime à la folie humaine de Teza en juillet 1996, et que 1.505.000.000 de francs BU constituent une prime aux détourneurs du Trésor Public pour l’année 2001 (selon le rapport du Ministre de la Bonne Gouvernance et de la Privatisation) et que sais-je encore. Question de savoir la priorité des priorités.

Il convient de rappeler, avant de conclure, que la 1ère ressource d’un pays est le cerveau de ses citoyens car contrairement aux autres ressources, elle est inépuisable. L’avenir du Burundi en dépend aussi.

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