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Conciliation de la liberté de la presse et la culture de la paix et la réconciliation nationale au BURUNDI

Par Cyprien NDIKUMANA
Directeur de la Maison de la Presse du Burundi

1. Concepts liberté de la presse, culture de la paix et réconciliation

1.1 Liberté de la presse

A côté des lois nationales, des textes internationaux et des conventions entre éditeurs et rédacteurs qui contribuent à promouvoir la liberté d'action des médias et des Journalistes d'une part et à protéger des droits des tiers de l'autre, il y a aussi d'autres règles ou principes auxquels les Journalistes sont tenus au respect : c'est la déontologie et l'éthique.

Le droit concernant la presse répond à 2 objectifs de base:

Garantir la liberté de l'information d'une part; cela exige la protection de ceux qui transmettent cette information. Ce droit recouvre deux aspects complémentaires :

- Celui , pour une communauté humaine , d'être informée. C'est une liberté politique d'une collectivité ;

- Et le droit pour chacun à s'exprimer librement. C'est un droit naturel de l'individu.

La liberté de la presse est trop souvent comprise au seul sens de la liberté de s'exprimer, et trop rarement comme le droit du public à savoir.

Protéger les personnes et les institutions contre d'éventuels excès de la liberté d'information d'autre part.

La liberté de la presse d'une part et la protection des personnes et des institutions de l'autre s'inscrivent donc dans une relation dynamique entre elles : privilégier l'une, c'est risquer de réduire l'autre.

Ex : Le droit à la protection de la vie privée constitue certes une entrave à la liberté du Journaliste, mais une entrave légitime dans une certaine mesure : on ne peut tout de même pas donner droit aux Journalistes d'entrer dans votre chambre à coucher.

L'on remarque très bien que des valeurs fondamentales (Liberté et respect de la vie d'autrui) entrent en conflit.

C'est dire qu'aucune liberté ne peut être illimitée. Valeur fondamentale, l'autonomie de la presse se heurte régulièrement à d'autres principes eux aussi respectables. Mais tout est évidemment question de mesure: quelles limites? Qui peut les fixer? Ce pourrait être les journalistes eux-mêmes, mais ils auraient tendance à accroître leur propre liberté au détriment de celle des autres .Il faut donc un pouvoir politique pour sauvegarder l'intérêt général et fixer des limites à la liberté de chacun.

1.1.1 Droit à l'information : la liberté et la responsabilité d'informer.

Les droits de la personne humaine et les libertés fondamentales ,comme la liberté d'expression ,de réunion et d'association donnent aux individus les moyens de lutter pour améliorer leurs conditions de vie et permettent à la société civile de critiquer et de faire réformer l'action des pouvoirs publics lorsqu'elle est injuste et inefficace .En fait l'existence d'une presse libre facilite considérablement ces efforts .

L'Etat du Burundi à travers la loi de transition et l'accord d'Arusha pour la Paix et la réconciliation au Burundi reconnaissent que la presse est libre.

Le décret-loi n° 1/096 du 21 Mars 97 régissant la presse au Burundi stipule dans son article 4 que " la presse est libre. La liberté de la Presse est la faculté de diffuser librement des opinions et des informations par le moyen de la presse. cette liberté n'est soumise qu'aux restrictions admises par la loi." Dans son protocole II au chapitre Principes Constitutionnels de la constitution de la Période post-transition ,article3 point 13 , il est écrit que "la liberté d'expression et la liberté des médias sont garanties. L'Etat respecte la liberté de religion ,de pensée ,de conscience et d'opinion"

1.1.2 La liberté d'informer.

Selon la proclamation de l'assemblée générale des Nations Unies :

" La liberté d'information est un droit fondamental de l'homme et la pierre de touche de toutes les libertés à la défense desquelles se consacrent les Nations Unies" .

Le libre accès des médias et des journalistes à l'information et à leurs sources est une condition essentielle à l'existence d'une presse libre et à la satisfaction et au respect du droit à l'information.

Les médias et les journalistes doivent être à l'abri de toute pratique ou intervention qui les empêchent de s'acquitter de leur fonction. Ils doivent être libres de relater les événements et de les commenter sans entrave ni menace. L'attention qu'ils décident de porter à un sujet particulier relève de leur jugement rédactionnel. Le choix de ce sujet et sa pertinence, de même que la façon de le traiter, leur appartiennent en propre. Cette indépendance et cette latitude leur sont essentielles pour accomplir leur tâche convenablement et aider le public à porter des jugements éclairés pour refléter le plus fidèlement possible des idées qui ont cours dans la société et pour favoriser un débat démocratique élargi et ouvert. Si l'Etat doit assurer les conditions qui permettent l'existence et le développement d'une presse de qualité, son rôle doit n'avoir d'autre objectif que de favoriser le droit à une information complète et authentique, en évitant toute altération des contenus de l'information.

C'est pourquoi les institutions et les pouvoirs publics ont le devoir et l'obligation de rendre leur administration aussi transparente que possible.

1.1.3 La responsabilité d'informer.

Les médias et les journalistes doivent livrer au public une information complète et conforme à la réalité des faits et des événements. La rigueur professionnelle et intellectuelle dont doivent faire preuve les médias et les journalistes constitue la garantie d'une information de qualité. La rigueur professionnelle est synonyme de l'exactitude, de la précision, de l'intégrité, et du respect des personnes, des événements et de l'opinion publique.

La responsabilité d'informer impose aux professionnels des médias de se montrer toujours prudents et attentifs aux tentatives de manipulation de l'information. Ils doivent faire preuve d'une extrême vigilance pour éviter de devenir, même à leur insu, les complices des personnes ou des groupes qui ont intérêt à les exploiter pour imposer leurs idées au détriment d'une information complète et impartiale.

Les médias sont responsables de tout ce qu'ils publient. Ils ne doivent pas se soustraire à cette responsabilité ou s'en dégager sous prétexte de difficultés administratives ou de contraintes diverses.

La responsabilité d'informer bannit aussi la censure. Si pour être libres, les professionnels des médias ne doivent être assujettis à aucune forme de pouvoir extérieur, ils doivent aussi s'assurer qu'ils ne deviennent pas eux-mêmes une menace au droit à l'information. La presse ne peut se permettre de taire ou de donner une image déformée des faits sous prétexte qu'ils sont tabous ou qu'ils sont susceptibles de compromettre certains intérêts particuliers. De même elle ne devrait pas se limiter à la seule publication ou diffusion de l'information de source officielle, mais au contraire chercher à aller au-delà de celle-ci pour donner une image complète et exacte de la réalité.

1.1.4 Les règles internes de la profession : éthique et déontologie.

Que ce soit pour garantir au public une information de qualité ou pour assurer leur crédibilité, les journalistes fixent des règles déontologiques qu'ils s'engagent à respecter. L'éthique et la déontologie sont au journalisme ce que la discipline est aux armées, aiment à dire les professionnels des médias. Le métier de journaliste est basé sur un contrat de confiance. Le peuple doit pouvoir croire à ce qu'on lui donne à lire, à entendre et à voir .

1.1.4.1 La déontologie.

La déontologie qui vient du grec "deo-ontos" signifient Science qui traite des devoirs internes à une profession, que les membres de celle-ci s'imposent à eux-mêmes.

Il faut préciser que les professions dont l'exercice a une influence directe sur la personne humaine (avocats, médecins, etc…) se préoccupent plus que d'autres de codifier leurs règles de déontologie. Les journalistes sont donc de ceux-là. Le respect de celles-ci est généralement contrôlé par des instances internes à la profession qui en sanctionnent aussi la transgression.

1.1.4.2. L'éthique.

L'éthique qui vient du mot grec "êthikos "signifie "morale" ou de "êthos" signifie "mœurs" c' est -à- dire la science de la morale.

L'éthique ne se laisse donc pas enfermer dans des règles fixes. Elle fait appel à des valeurs, à la conscience que peut avoir chacun de "ce qui est noble ou infâme, bien ou mal, à faire ou à ne pas faire".

L'éthique n'est pas constitué d'un corps de recettes ou de devoirs, mais d'un ensemble de quelques principes fondamentaux et probablement universels.

Exemple: le respect de la dignité humaine ou la recherche de la vérité

Les comportements qu'elle implique relèvent en dernier ressort de délibérations intimes - et parfois douloureuses - et de décisions individuelles. (oui il faut dire la vérité. Est-ce que je vais la dire ? Et qu'adviendra-t-il si elle se révèle meurtrière?).

Il semble que l'éthique inspire la déontologie et qu'elle en soit l'esprit. La recherche de la vérité est alors un principe éthique et vérifier ses sources, un comportement déontologique.

Donc ,en dernière instance ,la déontologie s'avère être avant tout un ensemble de règles de conduites impersonnelles qui s'adressent à tout le monde au sein d'une profession, et l'éthique est l'analyse du comportement de chaque journaliste par rapport au respect de la déontologie ou encore l'attitude face à la déontologie.

1.1.4.3. Ethique et crédibilité.

Le comportement professionnel d'un journaliste doit être irréprochable. Les journalistes doivent gagner la confiance de ceux qui les lisent ou les écoutent. Le journalisme a un rôle important à jouer dans le développement économique socio-politique du pays. Or, il ne peut jouer ce rôle correctement et pleinement qu'avec la confiance du public.

Les journalistes n'obtiendront cette confiance que s'ils font preuve d'une certaine éthique professionnelle. Cela suppose une couverture complète, honnête et exacte de l'actualité.

La presse doit être digne de confiance aux yeux du public : c'est là son capital le plus important.

1.2 Concepts de culture de la paix et de réconciliation

1.2.1.Concept de culture de la paix

La notion de paix peut se définir comme absence de guerre, un état de non-violence, un état de non-conflit.

La paix ,c'est aussi une série de comportements, d'attitudes propice à la tolérance, à l'entente, porteurs d'harmonie et d'équilibre.

Dans le concept de "culture de la paix", il y a une idée sous-jacente de processus. En effet, la paix n'est pas une donnée immédiate, acquise une fois pour toutes mais c'est une action toujours en train de se faire.

Il s'agit donc en un mot, d'éduquer et de s'éduquer à la paix.

Selon l'UNESCO, la culture de la paix suppose un effort généralisé pour modifier les modes de pensée et d'action afin de promouvoir la paix. Elle signifie transformer les conflits, prévenir les conflits potentiellement violents et restaurer la paix et la confiance dans les populations qui sortent de la guerre. Pour la même organisation internationale, édifier une culture de la paix, c'est faire comprendre et respecter (…) la liberté, la justice, la démocratie, les droits de l'homme, la tolérance , l'égalité et la solidarité. Les menaces qui pèsent sur la paix revêtent de nombreuses formes , du non respect des droits de l'homme , de la justice et de la démocratie à la pauvreté et l'ignorance. La culture de la paix est une réponse à toutes ces menaces et elle cherche des solutions qui doivent venir de la société elle-même.

Le rôle ici des médias est incommensurable, en ce sens qu'ils sont un des moyens privilégiés pour l'éducation des masses.

1.2.3 Concept de réconciliation

D'après le nouveau Dictionnaire Petit Robert, la réconciliation est une action de rétablir l'amitié, de remettre en accord. C'est aussi l'oubli des querelles entre partis, entre nations hostiles.

Laissez-moi vous faire le récit de Monique Fréchette qui déplore que les médias dans le monde ne se mobilisent pas assez pour la réconciliation:

" se réconcilier est un droit qui devrait être inscrit dans la charte des droits de l'homme, voire un devoir pour l'humanité. En des temps où l'hostilité planétaire nourrit les propos du journalisme au quotidien, la réconciliation me semble un chemin bien peu fréquenté. Comme le chante Paul Piché " la haine m'ennuie, la haine m'épuise, elle m'amenuise, la haine. Si c'est ça la vie , je n'en veux pas". Pourtant , les grands réseaux médiatiques font une perpétuelle louange à cette haine. Un pain quotidien devenu indigeste. La réconciliation, le partage et la justice semblent faire partie d'un vocabulaire relégué à un romantisme déchu. Mais avons-nous un quelconque avenir de vie paisible sans réconciliation".

Les Burundais ont besoin de se réconcilier parce qu'ils se sont fait du tort, ils se sont entretués. Ils ont bafoué un droit fondamental qu'est le droit à la vie. Quand la vie est niée il n'y a plus l'homme, il n y a plus la société. Toute la vie politique a pour centre de préoccupation la vie. Rousseau ne disait-il pas que " un gouvernement qui permet qu'un seul de ses citoyens meurt ,perd de ce fait sa légitimité et devrait démissionner". En fait ,il n y a plus sa raison d'être. Et c'est pour que le peuple ait la vie que ces accords d'Arusha ont été signés. C'est pour que l'homme vive que nous sommes réunis ici aujourd'hui dans cette salle. Avec la crise qui dure depuis bientôt 9 ans, il s'est installé une grande méfiance entre les différentes catégories sociales ,dans les composantes ethniques et régionales, dans la société civile et militaire, dans la population et les militaires, dans la population et les rebelles, dans les politiciens et la population. Ce manque de confiance dans le dialogue engendre la méfiance dans les relations et la haine dans les cœurs .Les objectifs de la charte de l'unité nationale sont désormais un rêve car le fossé entre les différentes composantes ne fait que s'agrandir.

La réconciliation exige la confiance. Sans la confiance il n y a pas de vérité, et sans la vérité , la vie devient impossible.

Dans sa communication "les valeurs qui doivent guider la mise en application des Accords de Paix", l'Abbé KANA l'indique si bien quand il écrit que "La confiance entre les Burundais , ne peut pas émaner des structures ou des lois. Elle sortira du cœur de l'homme ,la confiance étant une des manifestations de l'amour. Cette confiance est une des conditions majeures pour la mise en application des accords d'Arusha dans l'administration comme dans l'armée. Pour que la population déplacée retourne sur la colline et pour que les réfugiés rentrent au pays, il faut la confiance. Pour que les rebelles fassent partie de l'armée nationale et pour que cette dernière accepte les rebelles, il faut de la confiance."

Pour restaurer justement cette confiance, les médias et les journalistes ont un rôle important à jouer. Si un grand nombre de burundais n'ont pas accès à l'éducation formelle, beaucoup sont néanmoins influencés par les médias que ce soit la presse écrite ou radiotélévisée.

2 Contribution des médias dans la campagne de mobilisation pour la paix et la Réconciliation

Pour la mobilisation à la paix et à la réconciliation, les professionnels des médias ont un grand rôle à jouer. Dans un pays en crise comme le nôtre, les hommes et les femmes de la presse doivent être des agents du changement. Contrairement aux journalistes occidentaux, nous ne pouvons prétendre ne pas avoir de rôle à jouer dans le processus de Paix et de réconciliation en cours.

Le journalisme pour paraphraser Jean-Paul Marthoz est un bon journalisme dans la mesure où il contribue à renforcer la démocratie, et c'est moi qui ajoute dans la mesure où il contribue à ressouder le tissu social déchiré et à ramener la Paix.

Saviez-vous que depuis 2000 à l'Université de Sydney, on a incorporé au programme d'études le module de "journalisme pour la Paix"!

Les journalistes , nous ne sommes pas seulement des intermédiaires , nous sommes aussi intrinsèquement liés au message d'espoir que nous diffusons. Qu'on s'entende bien, quand nous parlons d'un journalisme qui favorise le développement, nous ne voulons pas dire des journalistes qui restent passifs, ne reflétant simplement que des messages des gouvernements . Cela est une conception des années 60 à 80 qui est aujourd'hui erronée. La presse doit être aussi indépendante que possible, couvrir l'action du Gouvernement et de la société de manière critique et montrer du doigt ce qui ne va pas. C'est de cette manière que nous pourrons contribuer à forger un avenir meilleur.

Le pouvoir que vous avez d'informer est considérable. Il importe de le baliser par un code déontologique bien défini , car les consommateurs de l'information n'ont pas toujours un sens critique aiguisé et le discernement nécessaire à la compréhension de l'information. Les masses sont facilement manipulables et les médias ont en ce sens une responsabilité "morale" vis-à -vis des masses.Les journalistes peuvent donc à la fois servir la paix et la desservir. Ils peuvent apaiser les conflits ou au contraire les aiguiser. Ils peuvent favoriser le dialogue ou nourrir l'intolérance. Les exemples des médias qui ont nourri la haine vous en connaissez dans notre sous-région. Il y'en a plus connus que d'autres. Peut-on qualifier la RTLM, la radio Rutomorangingo, le carrefour des idées , le Témoin Nyabusorongo, pour ne citer que ceux-là de journalisme ou tout simplement de propagande déguisée en journalisme!

N'importe qui peut dire du n'importe quoi dans un bistrot de tel ou de tel quartier de Bujumbura ou d'ailleurs ,mais le journalisme c'est autre chose que des fanfaronnades des cabarets.

Le journalisme ne peut être synonyme de mensonge et d'incitation à la haine. Le journalisme est la liberté d'expression telle qu'elle est régie par les règles de la profession.

Dans la fracture du tissu social, dans l'exacerbation des rivalités politiques et ethniques, n'avons-nous pas notre part de responsabilités?

De part nos écrits, nos commentaires partisans et nos partis-pris manifestes, n' a t-on pas contribué à lézarder le mur de la cohésion sociale? Ici je parle des médias publics et des médias privés.

Mais pouvions-nous faire autrement quand on sait que les médias sont prisonniers de leur environnement?

La longue nuit de parti unique et de la pensée unique a consacré le triomphe de la presse de révérence. Les journalistes qui portaient la muselière ont cultivé la langue de bois. Se confinant dans un rôle de simples exécutants, de caisses de résonance et boîtes aux lettres, ils écrivaient sous la dictée des tenants du pouvoir. Résultat, l'auto-censure était devenu un réflexe de bon aloi, la flagornerie une attitude avérée à telle enseigne que les journalistes n'étaient véritablement pas des acteurs essentiels de la vie nationale.

La floraison des titres consécutive à la réinstallation du multipartisme en 1992 a accouché du printemps de la presse. Car le bâillonnement des médias publics et leur mise exclusive au service du régime politique d'alors a conduit les partis politiques nouvellement agréés, se reconnaissant dans l'opposition à se doter d'organes de presse pour véhiculer leurs idées et faire la promotion de leurs activités. Ainsi est née la presse de propagande ou militante que d'aucuns qualifient de journalisme de poubelle.

Beaucoup de journalistes étaient d'abord et avant tout des militants dont la mission est d'abattre l'adversaire politique. Les hommes se sont ainsi réglés et continuent de se régler les comptes- dans certains médias- au grand bonheur de leurs militants ou sympathisants.

Dans ses conditions, l'information ne peut être que partielle, partiale et partisane, au mépris des règles éthiques et déontologiques.

Aujourd'hui nous sommes interpellés. Nos actions doivent s' orienter vers la poursuite de l'idéal énoncé dans le préambule de l'Acte constitutif de l'Unesco à savoir :" les guerres prenant naissance dans l'esprit des hommes, c'est dans l'esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix".

Fédérico Mayor, ancien Directeur Général de l'UNESCO est explicite:

" Les médias doivent aider à construire la paix. Là où il y a eu un conflit, les médias peuvent être l'instrument de la réconciliation. Là ou il y a menace de conflit, les médias peuvent empêcher son déclenchement"

La communication est un élément essentiel et fondamental pour la reconstruction du tissu social au Burundi. Elle un facteur de cohésion sociale et de développement durable.

Il faut déplorer qu'au cours des négociations d'Arusha la communication gouvernementale n'a pas été très efficace pour préparer les esprits à comprendre et accepter le contenu des Accords de paix. Voici le constat de ICG :"Il y a eu des débats et tables rondes organisés par le Gouvernement dans tout le pays ,le fameux "débat national", au cours duquel les gens se sont exprimés librement. Mais ni la liberté d'expression ni les résultats de ces débats n'ont été transposés aux médias ni restitués à la population."

Mais l'on peut quand même se féliciter qu'un accord politique ait été obtenu bien qu'il subsiste encore des obstacles comme la poursuite de la guerre. Les institutions de la transitions sont déjà fonctionnelles. La réussite de cette période de transition qui s'est ouverte le 1er novembre 2001 repose sur l'arrêt de la guerre et l'adhésion des citoyens burundais à l'objectif de réconciliation et de paix qui sous-tend la mise en œuvre des accords d'Arusha .Et cette adhésion ne peut être obtenue sans une mobilisation générale des médias en faveur de cet objectif. Cette mobilisation pour la paix doit aller de pair avec le renforcement de la liberté d'expression garante de la démocratie. On doit encourager par tous les moyens l'équilibre entre d'une part la plus grande liberté d'information et d'opinion (pour les médias et les journalistes mais aussi l'ensemble de la société burundaise) et d'autre part la plus grande responsabilité individuelle et collective des médias et des journalistes, pour donner toutes les chances à l'objectif de réconciliation et de paix.

Le journaliste ,en effet, doit être beaucoup plus professionnel, et son premier devoir envers la société est le respect de la vérité. Les professionnels des médias doivent monter une attitude très critique vis-à -vis des informations et opinions qui peuvent favoriser le mépris, l'insulte, la torture,…

Et bien évidemment , ces principes doivent être appliqués non seulement par les journalistes, mais aussi par les entreprises et les organisations du domaine de la presse. De cette manière on pourra être sûr que ces principes seront mis en pratique, chacun dans son domaine. En agissant ainsi, les journalistes, les médias et les associations professionnelles offriront un grand service à leur peuple.

En même temps qu'il faut respecter et faire respecter le code d'éthique et de déontologie, il faut promouvoir la liberté de la presse en assurant notamment la protection des journalistes, contre les attaques et autres harcèlements. Ainsi les institutions responsables doivent prendre des mesures pour veiller à ce que de telles attaques donnent lieu à des enquêtes et que les responsables soient poursuivis. Et de leur côté, les médias devront éviter d'inciter à la violence et à la haine, et faire en sorte d'encourager la réconciliation et la conciliation et la compréhension mutuelle entre les composantes ethniques. Il y a la nécessité pour les journalistes de régler eux-mêmes le problème de ceux de leurs confrères qui tiennent des discours de haine et qui encouragent l'intolérance.

" Une étude commanditée par l'UNESCO en 2000 est arrivée sur les conclusions suivantes :" la presse burundaise peut contribuer au rétablissement et à la consolidation de la Paix au Burundi. Entre juillet 1996 et mai 1999, elle a affiché une bonne conduite, certes les insuffisances ne manquent pas, pour les surmonter ,il faut:

Mettre la liberté de la presse à l'abri des manipulations du pouvoir de l'argent et des pressions sociales;

Favoriser davantage l'éclosion d'une presse responsable, crédible et oeuvrant pour l'intérêt général de la société.

- Enfin soutenir le cadre légal et réglementaire par le biais du CNC et des associations professionnelles ."

Le devoir d'objectivité et d'honnêteté est une des premières obligations des journalistes. Il faut une information responsable qui soit favorable au rétablissement et au maintien de la paix. Il faut renforcer la conscience qu'ont les médias de leur rôle dans la société. Les journalistes que nous sommes ,nous sommes tenus de nous organiser pour hâter l'émergence d'une bonne gouvernance dans le pays ,tout en participant à la prévention et résolution des conflits . Il nous faut rapidement :

-Consacrer une partie importante des réunions de rédaction pour discuter des problèmes d'éthique et de déontologie qui sont des sujets jamais épuisés et qui surgissent parfois de manière inattendue;

- Que les associations de journalistes en concertation avec les responsables des médias assurent la formation des journalistes en matière de déontologie et mènent une campagne pour vulgariser cette notion.

- inciter à la création d’un réseau national de journalistes pour une culture de paix

Conclusion

Se mobiliser pour la paix est la réconciliation est un devoir pour le journaliste tel que le stipule d'ailleurs le code d'éthique et de déontologie de la presse adopté par les journalistes burundais en 1990 ,en son article 1 : " le journaliste doit défendre les valeurs universelles de l'humanisme, en particulier la paix, la tolérance, la démocratie, les droits de l'homme, le progrès social, la cohésion nationale tout en respectant le caractère distinctif, la valeur et la dignité de chaque citoyen"

Il importe qu'il se démarque un réseau solide de personnes et d'organisations dévouées aux objectifs de paix et de réconciliation. L'accord politique constitue une étape importante dans la mesure où le dialogue a été engagé entre les différents protagonistes, opposants et concurrents politiques.

Le Gouvernement est en train de mettre en application l'Accord pour la Paix et la Réconciliation signé à ARUSHA le 28 Août 2000.Il a un programme politique de paix et de réconciliation à vendre dans le pays. On ose espérer que le cessez le feu pourra intervenir dans les jours à venir, sinon les efforts du gouvernement seraient vains.. En nous conviant à cette séance d'explications, le Gouvernement souhaite l'implication des femmes et des hommes des médias .

Dans ce contexte donc difficile, mais plein d'espoir, tout le monde est interpellé y compris les journalistes pour contribuer à promouvoir et enraciner une paix réelle et durable.

Participons tous à cette tâche

Je vous remercie


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