RUGAMBA-NET PRESS

http://www.netpress.bi

 


Membre de ClickFR, Reseau francophone Paie-Par-Click

 

L’EVENEMENT DU JEUDI : 20 SEPTEMBRE AU 5 OCTOBRE 1994

 BURUNDI : LE SECOND GENOCIDE EST PROGRAMME.

L’effrayant document que nous publions est le plan de guerre des Hutus du Burundi. Les massacres devraient démarrer le 30 novembre prochain. Un seul mot d’ordre : « Chaque Hutu doit tuer cinq Tutsis »… La France laissera-t-elle faire ? 

L’étreinte franco-africaine fait mal. 

Après avoir soutenu et armé le régime raciste du président Habyarimana et facilité ainsi le génocide rwandais, la France va-t-elle, au nom d’intérêts géopolitiques douteux, laisser se perpétrer au Burundi un second génocide ? Il n’est, hélas, pas certain que nos états-majors aient digéré la victoire militaire du Front patriotique rwandais à Kigali. 

Au mois d’octobre 1993, faut-il le rappeler, Paris avait permis aux « durs » du régime de Bujumbura d’appeler au meurtre sur les ondes de Radio Mille Collines. Les conséquences furent désastreuses : 100.000 morts, 500.000 réfugiés. Et comme si le Burundi avait servi de laboratoire, le même scénario devait se reproduire six mois plus tard dans l’état voisin du Rwanda. 

L’étreinte franco-africaine fait décidément mal. Le soutien à des régimes tyranniques, la fourniture d’armes sans discernement, l’aide aux forces locales de répression, les prébendes à répétition, ont gravement entamé en Afrique le crédit de notre pays. Ainsi, est-il vraiment raisonnable d’inviter au sommet franco-africain de Biarritz, au début du mois de novembre prochain, le sinistre Mobutu ? La garde présidentielle du despote zaïrois n’a-t-elle pas assassiné, le 28 janvier 1993, Philippe Bernard, notre ambassadeur à Kinshasa ? N’apprend-on pas encore que les services secrets de Mobutu auraient froidement exécuté Philippe de Dieuleveult ainsi que les six compagnons qui l’accompagnaient lors de l’expédition fluviale d’Africa Raft ? N’y va-t-il pas de la dignité de notre pays et des peuples du continent noir ? 

Pascal KROP. 

L’EVENEMENT DU JEUDI 29 SEPTEMBRE AU 5 OCTOBRE 1994. 

 

L’ambassadeur du Burundi à Bruxelles communique à ses collègues européens le plan de guerre élaboré par les Hutus. Si l’on en croit ce document, les Hutus durs disposent déjà au Burundi de 17 000 « soldats »… 5000 réservistes au Rwanda et 4000 réservistes en Tanzanie.   

 

REPUBLIQUE DU BURUNDI                                               1040 BRUXELLES, LK

L’AMBASSADEUR                                                              SQUARE MARIE-LOUISE, 40

                                                                                           Tél :

 

Chers Collègues Ambassadeurs

et chers compatriotes. 

 

            Au nom de l’intérêt suprême de la Nation, je me fais l’honneur et l’obligation de vous faire parvenir le plan de guerre conçu par l’Etat major de l’armée populaire en un changement définitif dans notre pays. 

            Force est de constater que le dit plan est susceptible de modification pour des raisons stratégiques et de sécurité. 

            Je vous demanderais donc de bien vouloir vous rendre compte de tout ce qui est fait avant de soumettre vos avis et considérations si besoin s’impose. 

            Je vous précise enfin que le commandant des opérations, le Lieutenant Colonel NTANYUNGU Festus, se tient à notre disposition et n’attend désormais qu’un mot d’ordre.

Son adjoint, le Capitaine SAVIMBI, reste prêt lui aussi avec le Capitaine Niyonzima Georges et mettent déjà la dernière main sur la préparation logistique. 

L’Ambassadeur

NGENDANGANYA Jean

Sé.

 

 

Alors que les principaux partis burundais, Tutsis et Hutus confondus, viennent de tomber d’accord pour élire un nouveau président et former une équipe gouvernementale, une poignée de Hutus durs, appuyés par les ex-milices rwandaises, veulent tenter un nouveau coup de force à partir du Zaïre. Ce qui ne manquerait pas de provoquer une violente réaction des Tutsis, qui tiennent l’armée, et transformerait immédiatement le Burundi en poudrière. 

Paris, jeudi 16 septembre 1994, Léonard Nyangoma, l’ancien ministre de l’intérieur du Burundi, le chef de file des extrémistes hutus, rend visite à l’ambassadeur Edonias Niyongabo, relevé de ses fonctions par les autorités, mais qui refuse obstinément de partir. Que se disent les deux hommes ? Nyangoma révèle à son ami le plan de l’insurrection des Hutus durs, prévue pour le 30 novembre prochain. Un véritable Mein Kampf qui n’a rien à envier à celui des extrémistes rwandais. Quelques jours plus tôt, l’ex-ministre de l’intérieur, accompagné du colonel Festus Ntanyungu, s’était également rendu à Genève pour communiquer pour communiquer son dispositif de guerre aux « durs » installés sur place, dont l’ambassadrice, Mme Nshimirimana, et Christian Sendegeya, démis de ses fonctions de vice-président de l’Assemblée nationale burundaise pour avoir officiellement appelé à un nouveau génocide. 

Par un hasard extraordinaire, l’Evénement du jeudi s’est procuré le projet criminel de Léonard Nyangoma, ainsi que la carte d’opération qui l’accompagne. Que dit-il exactement ? « vu que, depuis des années, le peuple hutu a souffert en étant réduit au rang d’esclavage sous les divers régimes tutsis dans notre pays (…) l’état-major général des combattants de la liberté décide ce qui suit et vous demande de donner vos ultimes avis et considérations pour l’exécution des opérations qui commenceront à toutes fins utiles par des infiltrations, des actes isolés, des explosions de grenades dans des places publiques, des bus, etc. Car le moment est venu pour nous d’assumer nos responsabilités ». 

«Compte tenu, poursuit l’ex-ministre de l’intérieur, que les ressources humaines sont suffisantes, 17300 combattants basés dans la forêt de Kibira, ajouté à cela 9.000 réservistes, sans oublier le nombre élevé des civils en armes au Burundi, la victoire est certaine. Voilà pourquoi, je me fais l’obligation comme convenu de vous annoncer que ; sans modification aucune sur le plan d’attaque, les hostilités sont prévues le 30 novembre 1994 à minuit à partir de Cibitoke où nos nombreux gens sur place veilleront à l’accueil trois jours plutôt c’est-à-dire le 27 novembre du Commandant des opérations qui s’infiltrera sous la couverture de l’administration actuelle de la sûreté ». « Dès le déclenchement de la guerre à laquelle sont désormais  préparées les infiltrations hutues, le premier objectif sera le blocage de l’aéroport international de Bujumbura par des milliers de civils en armes appuyés par notre armée populaire. (…) Une fois l’aéroport acquis, suivra l’occupation des camps Mwaro et Gitega en  passant par le blocage de toutes les routes nationales et sentiers menant vers les frontières qui, elles, seront déjà fermées. Cela nous permettra sûrement de parvenir à l’encerclement et au blocage de toute l’étendue du territoire national ». 

Et Nyangoma de conclure : « Compte tenu de la majorité de la population hutue qui s’élève à 85% de la population, avec la détermination qui nous habite, nous ne sommes pas loin de cet objectif. Voilà pourquoi, chaque Hutu devra abattre au minimum cinq Tutsi. C’est le seul moyen d’honorer les mémoires de nos ancêtres qui ont été asservis de longues années au Burundi. Je ne pourrais pas donner tous les détails ici pour des raisons de sécurité (…) « Signé » Léonard Nyangoma, pour l’état major de l’armée populaire). 

Effrayant document ! Mais ce plan génocidaire, dûment programmé, est-il crédible ? « Lorsque nous avons pris connaissance de ce texte, il y a quelques jours seulement, explique le colonel Jean Bosco Daradangwa, porte-parole du ministère de la défense burundais, nous ne l’avons tout d’abord, pas pris au sérieux. Mais nous avons très vite changé d’avis, en vérifiant un à un les éléments qu’il contient. » Même avis du ministre Alphonse Rugambarara, unanimement considéré comme un modéré : « Plusieurs membres de mon parti résidant près de la frontière m’ont signalé cette semaine d’importantes infiltrations d’armes et d’hommes à partir du Zaïre. Cela confirme le projet de Nyangoma de déstabiliser le pays. C’est un dur. En novembre 1993, il avait mis sous protection, dans son quartier de Kamenge, ceux qui avaient brûlé vifs, le 21 octobre, les cinquante élèves de l’école de Kibimba ». 

Vendredi 17 septembre 1994, l’ancien ministre de l’intérieur burundais s’envole pour Goma , au Zaïre. De là, il se rend directement à Bukavu où est regroupé l’ancien gouvernement du président Habyarimana, avec 20 000 des ex-forces armées rwandaises. C’est parmi ces soldats que, ces derniers jours, le chef de file des extrémistes a recruté. 

Mercredi 21 septembre, on le retrouve à Uvira (Zaïre), à 20 kilomètres seulement de la capitale burundaise. Armé de sa sale propagande, Nyangoma y enrôle les réfugiés burundais qui s’étaient « exilés » dans cette ville, pour avoir participé aux massacres de 1993. 

La France saura-t-elle, au Burundi, éviter un second génocide ? Va-t-on enfin interdire  aux jusqu’au boutistes comme Nyangoma de se servir de Paris comme point d’appui et comme plaque tournante de leurs trafics ? 

Pascal KROP. 

L’EVENEMENT DU JEUDI 29 SEPTEMBRE AU 5 OCTOBRE 1994.     

Retour