RUGAMBA-NET PRESS

http://www.netpress.bi

 

Bujumbura, le 8 août 2002

Objet : Droit de réponse

A Monsieur le Directeur de NET PRESS

                                                            à 

                                                        Bujumbura

Monsieur le Directeur,

En date du 29 juillet 2002, Net Press a publié un article intitulé " Spécial Dossier AGETIP ". Cette publication comporte des accusations de Monsieur Déogratias NKURUNZIZA que j'estime sans fondement, injurieuses et diffamatoires à mon égard. Je vous demanderais en conséquence de bien vouloir publier le communiqué de presse ci-joint, en guise de mise au point et de droit de réponse. Je reste à votre entière disposition pour tout éclaircissement que vous pourriez souhaiter pour le rétablissement de la vérité. Je vous prie d'agréer, Monsieur le Directeur, l'assurance de ma considération distinguée.

Evariste SIMBARAKIYE

 

COMMUNIQUE DE PRESSE

OBJET

MISE AU POINT EN REACTION AUX DECLARATIONS DE MONSIEUR DEOGRATIAS NKURUNZIZA, DIRECTEUR GENERAL DE L'AGETIP

Introduction

1. Depuis le début du mois de juillet 2002, les média ont porté à l'attention de l'opinion nationale la question de l'AGETIP-BURUNDI. Il s'agit de l'Agence d'Exécution des Travaux d'Intérêt Public, une des composantes du " Projet des Travaux Publics et de Création d'Emplois " (PTPCE) financé par la Banque Mondiale. Les journaux écrits et parlés ont relaté avec plus ou moins de détails les difficultés dans lesquelles se trouve aujourd'hui Monsieur Déogratias NKURUNZIZA, Directeur Général de l'Agence, dont le Gouvernement du Burundi vient de demander la révocation.

2. A sa plus grande surprise, Monsieur Evariste SIMBARAKIYE se trouve accusé par Monsieur NKURUNZIZA de faire partie d'un groupe " mafieux " de personnes qui seraient à la base des difficultés dont il est victime aujourd'hui. Ses graves accusations gratuites et sans aucun fondement ont notamment été publiées dans NET PRESS du 29 juillet 2002. Monsieur Evariste SIMBARAKIYE tient à porter à la connaissance de l'opinion nationale qu'il n'a aucune relation professionnelle ni avec les Institutions et Organismes liés de près ou de loin à l'AGETIP, ni avec leurs dirigeants ou leurs employés. Monsieur Déogratias NKURUNZIZA base ses accusations sur des considérations purement " régionalistes " qui n'ont jamais caractérisé le comportement professionnel et social de Monsieur Evariste SIMBARAKIYE. Pas plus aujourd'hui qu'hier. La présente réaction a pour but de réfuter avec énergie ces graves et injurieuses accusations.

Exposé des faits

3. Au terme d'une mission de supervision du projet PTPCE qui s'est déroulée du 19 au 28 juin 2002, la Banque Mondiale publie un AIDE-MEMOIRE dans lequel en son paragraphe 4 il est dit: " La mission recommande à l'Emprunteur de prendre les dispositions nécessaires pour apporter les modifications nécessaires dans le leadership et la gouvernance de l'Agence (AGETIP) s'il veut continuer de bénéficier du soutien de l'IDA dans le cadre de ce projet "

4. Le 12 juillet 2002, le Ministre de Travaux Publics et de L'Equipement et le Ministre des Finances adressent conjointement une lettre au Président de l'AGETIP-BURUNDI dans laquelle, en se référant au contenu de l'Aide-Mémoire de la Banque Mondiale évoqué ci-haut, ils notifient au destinataire ce qui suit : " Au regard des fautes lourdes à charge de Monsieur Déogratias NKURUNZIZA, Directeur Général et Représentant Légal de l'AGETIP-Burundi, le Gouvernement vous signifie que Monsieur Déogratias NKURUNZIZA n'est plus son partenaire dans l'exécution de la composante AGETIP du projet. Par conséquent le Gouvernement vous demande de convoquer immédiatement l'Assemblée Générale Extraordinaire de l'AGETIP-BURUNDI pour prendre la mesure de révocation de l'actuel Directeur Général de l'AGETIP-BURUNDI conformément à l'article 8 des statuts de l'agence ".

5. Le 15 juillet 2002, Monsieur Déogratias NKURUNZIZA signe un document qu'il intitule : " MEMORANDUM SUR LE COMPLOT OURDI CONTRE LE DIRECTEUR GENERAL DE L'AGETIP-BURUNDI, MONSIEUR DEOGRATIAS NKURUNZIZA ". Dans ce document, Monsieur Déogratias NKURUNZIZA affirme qu'il est victime d'un complot ourdi par un "réseau de BANYAMUGAMBA " et composé selon lui de six personnes dont Monsieur Evariste SIMBARAKIYE.

6. Le 29 juillet 2002, NET PRESS publie un article intitulé : " SPECIAL DOSSIER AGETIP ". L'article qui fait état de l'historique de l'affaire AGETIP/NKURUNZIZA, est un mélange de commentaires de NET PRESS et de quelques affirmations de Monsieur NKURUNZIZA libellées entre guillemets. Selon NET PRESS, Monsieur NKURUNZIZA affirme qu'il est victime d'une " vaste mafia " dirigée contre sa personne. Monsieur Evariste SIMBARAKIYE ferait partie de cette " mafia ". Dans cette même publication, Monsieur NKURUNZIZA ajoute : " Toutes ces personnes (constituant le groupe mafieux), qui auraient plutôt des problèmes d'ordre régionaliste, auraient acheté les services de l'expert de la Banque Mondiale qui a rédigé l'Aide-mémoire qui fut fatal au directeur général sortant ".

Commentaires

7. Il est loisible à Monsieur D. NKURUNZIZA de se défendre et d'en appeler à l'opinion publique s'il s'estime victime d'une décision injuste. Il ne s'agit pas ici de juger les conclusions de la mission de la Banque Mondiale ni les décisions du Gouvernement qui en seraient la conséquence. Il ne s'agit pas non plus de commenter la manière dont Monsieur D. NKURUNZIZA conduit les affaires de l'AGETIP. Monsieur Evariste SIMBARAKIYE estime que ça ne le regarde pas.

8. Ce qui est surprenant, intolérable et inadmissible, c'est que Monsieur D. NKURUNZIZA, procédant par un amalgame grossier, et utilisant des propos diffamatoires et injurieux, choisit d'expliquer les difficultés dans lesquelles il se trouve en voulant impliquer des personnes qui, pour certaines, n'ont rien à avoir ni de près ni de loin, ni avec sa personne, ni avec l'organisme qu'il dirige.

9. Le limogeage de Monsieur D. NKURUNZIZA a été demandé par le Gouvernement en accord avec la Banque Mondiale qui finance les programmes exécutés par l'AGETIP. Monsieur D. NKURUNZIZA cherche à expliquer ce limogeage comme un résultat de l'action menée par un groupe de personnes qu'il qualifie tantôt de " vaste mafia ", tantôt de " réseau de BANYAMUGAMBA " ( MUGAMBA est une des nombreuses communes du pays). Ces personnes n'ont rien en commun sur le plan professionnel. De plus, beaucoup parmi elles sont qualifiées de BANYAMUGAMBA sans être originaires de cette commune que Monsieur NKURUNZIZA incrimine. C'est le cas notamment de l'expert de la Banque Mondiale originaire d'un pays de l'Afrique de l'ouest.

10. Monsieur Déogratias NKURUNZIZA accuse Monsieur Evariste SIMBARAKIYE d'appartenir à cette " vaste mafia " et à ce " réseau de comploteurs ". Pour étayer ces graves accusations, Monsieur NKURUNZIZA donne les raisons suivantes :

· La publication de NET PRESS rapporte ce qui suit : " Monsieur NKURUNZIZA affirme être victime d'une vaste mafia, qui comprendrait (entre autres) Monsieur Evariste SIMBARAKIYE. Celui-ci fut un challenger malheureux de Monsieur NKURUNZIZA lors du recrutement du premier Directeur Général de l'AGETIP et il aurait gardé une dent contre celui qui le battit alors ". · Dans le mémorandum déjà évoqué et dans lequel Monsieur NKURUNZIZA affirme être victime d'un " réseau de BANYAMUGAMBA ", il est dit ce qui suit : "Monsieur Evariste SIMBARAKIYE a été éliminé par son âge et par sa formation d'ingénieur civil électricien. Il a gardé une dent contre l'actuel Directeur Général de l'AGETIP. Et c'est lui qui, en connivence avec le " réseau des BANYAMUGAMBA ", a télécommandé le rapport de l'Inspection Générale des Finances confié à un proche ".

L'analyse de ces motivations qui auraient poussé Monsieur Evariste SIMBARAKIYE à entreprendre des actions mafieuses contre Monsieur NKURUNZIZA appelle quelques commentaires :

11. Monsieur NKURUNZIZA n'avance aucun fait concret ni aucune action vérifiable qui auraient été entrepris par la personne accusée. Des affirmations, rien que des affirmations !

12. Lorsque Monsieur NKURUNZIZA a été sélectionné comme consultant futur Directeur Général de l'AGETIP, il y avait 28 candidats. Pourquoi Monsieur SIMBARAKIYE serait-il le seul des 27 candidats " malheureux " à devoir garder une dent contre Monsieur NKURUNZIZA ? Aucune réponse à cette question !

13. Avec un peu de bon sens, un candidat non retenu dans un processus de sélection imputerait l'injustice, si injustice il y a, au comité de sélection et non pas au candidat retenu. Et Monsieur NKURUNZIZA ne faisait pas partie du comité de sélection. Il est cependant surprenant qu'il soit en mesure d'exposer aujourd'hui les motifs d'élimination de ses concurrents. S'il voulait informer l'opinion de la justesse du choix qui a été porté sur lui, il devrait faire état de ses propres qualités et mérites et non pas des insuffisances supposées de ses concurrents. Si non on risque de penser qu'il a été sélectionné par défaut.

14. Monsieur Evariste SIMBARAKIYE aurait été éliminé par son âge et par sa formation d'ingénieur civil électricien. En ce qui concerne l'âge, ceux qui le connaissent pourraient en témoigner, si ce critère avait été utilisé pour mesurer l'incapacité physique ou la sénilité mentale, il est fort probable que Monsieur SIMBARAKIYE n'aurait pas été éliminé. En ce qui concerne la formation d'ingénieur civil électricien, il surprenant d'apprendre aujourd'hui que cette formation et la qualification qu'elle confère étaient des critères éliminatoires dans ce recrutement au poste de Directeur Général de l'AGETIP. Quoi qu'il en soit, il n'est pas question ici de juger la façon dont certains candidats ont été éliminés et Monsieur NKURUNZIZA sélectionné. Cette tâche incombait au comité de sélection et Monsieur NKURUNZIZA n'en faisait pas partie.

15. Monsieur Evariste SIMBARAKIYE n'exerce aucune fonction ni dans les organes de l'Etat du Burundi, ni auprès de la Banque Mondiale, ni au sein de l'AGETIP. Il n'a aucune relation contractuelle avec l'AGETIP. Ses relations personnelles avec Monsieur NKURUNZIZA pouvaient être qualifiées jusqu'aujourd'hui de normales ; deux concitoyens qui se connaissent et se témoignent respect mutuel et courtoisie, ni plus ni moins.

16. De quels pouvoirs et de quels moyens dispose donc Monsieur Evariste SIMBARAKIYE pour lever une coalition, télécommander une mission de contrôle de l'Inspection Générale des Finances, manipuler une mission de supervision de la Banque Mondiale, et amener ces deux missions à rédiger toutes les deux des rapports tellement accablants que le Gouvernement demande la révocation immédiate de Monsieur NKURUNZIZA et que la Banque Mondiale approuve avec célérité cette décision ? Le seul fait d'être ressortissant de la commune MUGAMBA suffirait-il à conférer une telle capacité de nuisance et de manipulation ? Qui pourrait le croire ?

17. Monsieur NKURUNZIZA aurait dû consacrer son temps et son énergie à défendre son poste en expliquant sa gestion aux instances auxquelles il doit rendre compte et aux autorités qui ont décidé de le sanctionner, en réfutant les charges contenues dans les rapports qui semblent incriminer sa gestion (quitte à prendre l'opinion publique à témoin). Au lieu de cela, il semble avoir choisi la voie de la diversion et de la fuite en avant. Il a choisi d'expliquer ses problèmes du moment en se présentant comme victime d'un complot à caractère régionaliste. Manquerait-il d'arguments objectifs pour sa défense ?

18. Ce faisant, Monsieur NKURUNZIZA cherche à toucher la corde sensible du régionalisme autour de laquelle la raison semble céder la place à la passion. Dans le contexte de cette crise nationale qui perdure, Monsieur NKURUNZIZA pense qu'en présentant les choses de cette manière, dans les bistrots, les cafétarias et les salons de Bujumbura, beaucoup de gens ne prendront pas la peine d'analyser les faits et les évènements dans toute leur rigueur, du moment qu'on leur demande de les lire sous l'angle du régionalisme et du tribalisme. Vouloir abuser l'opinion publique de cette manière frise la déraison tout en respirant la bêtise à l'état primitif. Comment peut-on chercher à expliquer les problèmes de gestion d'un organisme comme l'AGETIP par les turpitudes des divisions sans issues qui gangrènent notre société ? Monsieur NKURUNZIZA devrait savoir qu'il reste suffisamment de sagesse aux barundi pour juger leurs concitoyens sur les actes qu'ils auront posés et non sur les sentiments irrationnels qu'on veut souvent leur prêter.

19. Les barundi sont également nombreux à être informés sur les méthodes de travail de l'Inspection Générale des Finances et des missions de supervision des projets de la Banque Mondiale. Ils seront donc nombreux à relever l'incohérence et l'absurdité des accusations de Monsieur NKURUNZIZA. Il ne réussira à abuser que ceux qui ne savent pas, ceux qui n'auront pas pris le temps de soumettre ses propos à la rigueur de l'analyse ou ceux qui seraient de mauvaise foi. Un rapport de supervision de la Banque Mondiale est d'abord discuté et commenté par les concernés. Sa publication est soumise à l'accord préalable de la Direction de la Banque (Direction des Opérations). Les manipulations d'un prétendu " réseau de BANYAMUGAMBA " n'auront aucune chance d'influencer le contenu du rapport.

Conclusion

20. Les publications de Monsieur Déogratias NKURUNZIZA notamment dans NET PRESS comportent des accusations graves et sans fondement contre Monsieur SIMBARAKIYE Evariste. Les paragraphes ci-haut ont montré qu'aucun fait, aucun acte concrets ne pouvaient justifier des telles accusations. Monsieur Evariste SIMBARAKIYE ne pouvait en aucune façon influencer la rédaction des rapports dont il est question ci-dessus. Ce n'était ni dans ses intentions, ni dans les limites des pouvoirs dont dispose une personne dans sa situation.

21. Il est regrettable que Monsieur NKURUNZIZA n'ait pas cherché à se défendre par la présentation objective de la situation qui prévaut à l'AGETIP en liaison avec les rapports qui mettent en cause sa gestion. Un rapport de l'Inspection Générale des Finances se critique en analysant les faits qui y sont relatés. Il en est de même d'un rapport de supervision de la Banque Mondiale. Le fait d'affirmer qu'un groupe " mafieux " aurait inspiré l'élaboration de ces rapports ne peut suffire à en réfuter le contenu.

22. Au lieu d'adopter une stratégie rationnelle et objective de défense, Monsieur NKURUNZIZA a choisi la voie de la diffamation et de la désinformation, avec apparemment l'intention de nuire beaucoup plus que de rétablir la vérité. La présente mise au point a pour objectif de réfuter les accusations mensongères et injurieuses dont Monsieur Evariste SIMBARAKIYE a été victime. Elle a également pour but de prendre l'opinion publique à témoin et de formuler un vœu : que notre société recouvre le culte de la vérité et soit suffisamment protégée contre les tentatives de l'intoxication et de la manipulation. Le régionalisme et le tribalisme ne devraient en aucun cas servir de toile de fond pour juger les actes de nos concitoyens, pour les justifier ou pour les condamner. Le culte de la vérité devrait redevenir l'une des valeurs fondamentales de référence pour la société burundaise. C'est là l'une des conditions pour qu'elle puisse guérir des traumatismes laissés par les crises divisionnistes qui la minent depuis si longtemps.

Bujumbura, le 8 août 2002

Evariste SIMBARAKIYE

Retour