RUGAMBA-NET PRESS

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DECLARATION DE LA FONDATION POUR L'UNITE, LA PAIX ET LA DEMOCRATIE (FUPD) SUR L'EVOLUTION RECENTE DU PROCESSUS DE PAIX.

1. Dans sa séance ordinaire du 09 août 2000, le Comité Exécutif de la Fondation pour l'Unité la Paix et la Démocratie s'est penchée sur l'évolution récente du processus de paix, en particulier les négociations interburundaises de paix, et a décidé de rendre publiques les considérations et les recommandations suivantes.

2. Le processus de paix atteint aujourd'hui une phase délicate. Nous sommes à la veille de la signature d'un accord de paix et la nervosité a depuis longtemps gagné bon nombre de partenaires. Le tournant est donc difficile et le peuple burundais, en particulier les partenaires dans la négociation, et au-delà, la facilitation et la communauté internationale, doivent prendre la mesure de l'importance du moment.

3. D'un côté, nous avons un peuple assoiffé de paix qui espère cette fois-ci voir le bout du tunnel. De l'autre, les négociateurs, dont certains ont une part direct ou indirect dans les violences qui n'en finissent pas d'endeuiller ce même peuple, qui donnent l'impression, selon les observateurs, de se soucier plus de leurs intérêts propres ou ceux de leur groupe chimérique que de ceux de la nation tout entière.

4. Les groupes armés, jadis écartés de la table de négociation, y ont été conviés depuis l'avènement du nouveau facilitateur Nelson Mandela. Curieusement, les intéressés semblent adopter une attitude ambiguë par rapport à l'importante question de la paix qui préoccupe les Barundi. Le CNDD-FDD qui s'est présenté à Arusha à la mi-juillet 2000 a déclaré être venu appuyer le processus, tout en remettant sa propre entrée en négociation à l'après-signature de l'accord de paix. Nous venons d'apprendre que la délégation qui s'est présentée en Afrique du Sud au cours de la semaine du 7 août 2000 pour rencontrer celle du Gouvernement n'a pas manifesté l'intention de négocier avec ce dernier. S'agissant du PALIPEHUTU-FNL, il a décliné l'invitation lui transmise par le Facilitateur, arguant que l'on n'a pas tenu compte du statut de son chef Cossan Kabura.

5. Ces atermoiements sont accompagnés d'une recrudescence de la violence sur le terrain qui embrase les provinces de Ruyigi, Rutana, Makamba, Bujumbura rural, Cankuzo dans une moindre mesure et les principaux axes qui relient la capitale à l'intérieur du pays. Des hommes, des femmes, des enfants et des vieillards innocents sont aveuglément massacrés, sauvagement mutilés ou spoliés de leurs biens.

6. En conséquence de quoi, la Fondation pour l'Unité, la Paix et la Démocratie condamne sans ambages ces actes de violation massive des droits de la personne humaine, notamment le massacre, le 6 août 2000, de jeunes élèves-officiers sur l'axe Bujumbura-Ijenda que rien ne peut justifier.

7. En outre la Fondation pour l'Unité, la Paix et la Démocratie recommande :

Ø Au peuple burundais de garder la lucidité et la sérénité héritées de nos ancêtres, tout en s'engageant à infléchir un tournant positif au processus de paix afin de lui éviter d'entraîner le Burundi dans une énième crise susceptible de nous maintenir dans le cycle de violences vécues depuis l'avènement de l'indépendance de notre pays.

Ø Au Gouvernement de tout mettre en œuvre pour améliorer la sécurité de la population, de maintenir un niveau de production suffisant pour lui préserver de la faim et de l'informer correctement et objectivement de l'évolution du processus de paix.

Ø A la société civile structurée ou non, de dépasser les différentes appartenances de ses membres pour s'impliquer de façon plus résolue, de manière objective et sans faux-fuyant dans des actions à même de favoriser la réussite du processus de paix.

Ø Aux négociateurs de s'armer de courage et de détermination pour accomplir un saut qualitatif, une transfiguration pensée et consentie qui puisse les amener à transcender, et les intérêts de groupe, et les intérêts individuels pour placer la nation au centre de leurs préoccupations.

Ø Aux groupes armés de saisir et de comprendre le message que leur adresse le peuple burundais du plus profond de son être : "quels que soient les mobiles de vos actes, ayez pitié de vos pères, de vos mères, de vos frères et des vos sœurs; assez de sang a été versé, des torrents de larmes ont coulé; impliquez-vous, ne fuyez pas la parole des "bagabo", dialoguez, palabrez avec vos frères, pour assainir le différend qui vous sépare, pour qu'enfin le peuple burundais puisse recouvrer, en dehors de tout prétexte futile, aujourd'hui et pas demain, et la paix, et la fierté qui ont toujours caractérisé nos ancêtres".

Ø A la Facilitation, de mesurer les véritables enjeux et de se départir de toute partialité ; d'abandonner le rôle de juge pour créer un cadre propice à l'éclosion des consensus indispensables à la construction d'un accord de paix viable et durable qui ne laisse aucune place, ni à un vainqueur, ni à un perdant ; enfin et surtout de tout mettre en œuvre pour que les actes de violence cessent avant la signature de l'accord de paix.

Ø A la Communauté Internationale, de bien apprécier à leur juste titre les profondes aspirations du peuple burundais ; d'évaluer les mobiles avoués ou non des agissements des différents partenaires, d'exercer sur ceux-ci les pressions requises, en particulier les auteurs des violences meurtrières ; de saisir avec à-propos les lacunes des uns et des autres, celles des protagonistes comme de la facilitation, et faire en sorte que la médication à venir corresponde effectivement à l'ampleur et à la complexité de la maladie.
 
 

                      Fait à Bujumbura, le 11 août 2 000

                      Le Président de la Fondation pour l'Unité, la Paix et la Démocratie,

                      Tharcisse NSABIMANA.