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Bujumbura, 21 novembre 2001
Président de la République de l’OUGANDA, Président de l’initiative régionale de paix pour le BURUNDI - S.E.M ; Le président de la République du BURUNDI, - S.E.M. le Vice-Président de la République du BURUNDI, - S.E.M.Vice-Premier Ministre et Ministre des Affaires étrangères du
Royaume de Belgique , Président du Conseil des Ministres de l’Union
Européenne. - S.E.M. le Secrétaire général de l’ONU, - S.E.M. le Secrétaire général de l’OUA,
- S.E.M. Yoweri Kaguta
MUSEVENI,
Excellence,
Nous avons l’honneur de vous sensibiliser au choc désastreux à travers le BURUNDI par Dr Jean MINANI, Président du FRODEBU, dès son retour à BUJUMBURA. Les effets néfastes découlant de ses déclarations agressives sur l’opinion publique nous commandent de Vous alerter en Votre qualité de garant moral et politique en vertu des Articles 4,7 et 10 du Protocole V de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation au Burundi.
LE TRIOMPHALISME INTEMPESTIF, TAPAGEURet MANACANT du Dr Jean MINANI, PRESIDENT DU FRODEBU
A Peine rentré de l’exil (le 28 octobre 2001), le Président du FRODEBU s’est empressé d’enflammer le climat socio-politique à l’échelle nationale par l’exaltation hégémoniste de son Parti à l’occasion de la réunion du Comité Directeur National Elargi le 18 novembre 2001. Dr MINANI s’est ostententoirement targué d’un triomphalisme intempestif, tapageur et délibérément menaçant tant par le ton que par le fond de son discours. Au lieu d’inaugurer cette première assemblée du FRODEBU après l’entrée en vigueur de l’Accord de Paix par l’engagement ferme à se distinguer par des appels d’apaisement général et par la détermination à sceller une alliance nouvelle avec tous les compatriotes, les retrouvailles entre les dirigeants frodebistes sur la scène politique burundaise a servi de détonateur d’une guerre des nerfs.
Le discours de MINANI ayant déchaîné une véritable tollé de protestations et d’indignations, il est impératif d’en mettre en relief quelques passages les plus dangereux.
LES CRIMINELS COUPABLES DE MASSACRES MASSIFS ET DES DEVASTATIONS INCOMMENSURABLES DU PATRIMOINE NATIONAL SONT INNOCENTES PAR LE PRESIDENT DU FRODEBU
D’après M. MINANI, « les rebelles font de la résistance ». Selon cette scandaleuse et révoltante déclaration, les vies humaines démesurément et quotidiennement exterminées, des Hutus et des Tutsis civils et innocents ont été sacrifiés sur l’autel de la « résistance » !!! La seule interprétation inéluctable de cette « résistance » a été déclenchée et continue à se déchaîner contre le Peuple Burundais et ses acquis sociaux, économiques et culturels etc. pour venger le Président assassiné en 1993. Dans cette logique, une déduction tout aussi incontournable jaillit. Faire payer un tribut aussi accablant à toute la Nation, à ses infrastructures et à ses autres diverses œuvres et réalisations à titre de châtiment pour l’assassinat du Président, équivaut à leur imputer ce crime politique. Ayant innocenté les rebelles et les ayant élevés au rang des « résistants », M. MINANI est rigoureusement tenu d’apporter la preuve que les innombrables victimes de cette « résistance » et les survivants Hutus et Tutsis constamment broyés par un vandalisme infernal ont comploté de près ou de loin contre le Président de la République. En d’autres termes, en quoi ces millions de citoyens meurtris par un calvaire éternisé ont-ils participé au meurtre du Leader du FRODEBU ? Par quel acte, document ou propos, toute l’ethnie tutsi intégralement et indéfiniment ciblée et visée par l’extermination a-t-elle conçu, élaboré, commandité et exécuté cet assassinat ? Quels sont les faits et les actes criminels avérés et vérifiables commis par tous les Membres de cette ethnie pour lui valoir l’accusation collective et, partant justifier l’acharnement à l’anéantir ?
II UN HEGEMONISME BRUYANT EXALTE PAR LE PRESIDENT DU FRODEBU
M MINANI prescrit une suprématie catégorique et dogmatique, selon laquelle « ils (signifiant tous les autres citoyens de son camp) doivent accepter que nous les dirigions, car nous sommes un grand parti qui ne fait que gagner ». L’euphémisme de « grand parti » est destiné , en réalité , à camoufler le danger démesuré concocté pour phagocyter le reste de la population à l’extérieur de la mouvance frodébiste. L’épouvantail du poids démographique écrasant est ainsi agité pour terroriser par le nombre qui ne résulte ni d’aucun mérite, ni d’aucun génie , ni d’aucun exploit politique ou patriotique.
III UNE ARMEE D’AVANCE CONDAMNEE A AVOUER SON CULTE AUX DIRIGEANTS FRODEBISTES
Révélatrice et bruyamment prémonitoire est la déclaration aussi rocambolesque que dégradante à l’égard de l’Armée Burundaise d’avance condamnée à une nouvelle carrière, celle de vouer son culte aux Dirigeants frodébistes, selon les termes mêmes de M. MINANI, « nous voulons une armée qui s’incline devant NTIBANTUNGANYA, Léonce NGENDAKUMANA et Jean MINANI ». Jusqu’à présent, les frodébistes réclamaient) à corps et à cri les réformes de l’Armée sous prétexte que celle-ci était « monoethnique » et qu’elle menaçait la sécurité de la majorité. L’objectif si longtemps brandi vient d’être trahi au profit d’une mission prioritairement et primordialement prisée et assignée à l’Armée burundaise, celle qui consistera à se prosterner devant les Dirigeants frodébistes. Le tonnerre d’acclamations par la quasi-totalité des participants à la réunion du Comité Directeur National du FRODEBU ce 18 novembre 2001 démasque les desseins réels de cette formation politique. A la lumière de ces manifestations combien tapageuses, il ressort que la démocratisation de l’Armée est non seulement secondaire mais carrément reléguée aux calendes grecques, l’asservissement des Forces de Défense et de Sécurité devenant la primauté et la priorité et leur vocation sécuritaire étant remplacée par l’art des courbettes devant les dieux du FRODEBU.
CONCLUSION
Le discours du Président du FRODEBU a causé un életro-choc multidimensionnel :
1. Le discours plein de menaces prononcé par le Président du FRODEBU et les manifestations exubérantes des Membres du Comité Directeur Elargi ont envenimé le climat socio-politique général. De telles proclamations agressives sont d’autant plus nocives et, partant condamnables qu’elles surviennent dans des circonstances aggravantes, puisqu’elles se situent dans une période fort chancelante, à savoir celle du démarrage de la Transition instituée par l’Accord de paix.
2. Les déclarations troublantes deM. MINANI et d’autres orateurs ce 18 novembre 2001 exaltent et exhortent les terroristes à intensifier leur politique de la terre brûlée. Elles poussent l’opinion publique et nos Partis à la confirmation que les rebelles sont les alliés du FRODEBU, agissent de concert avec lui et, par conséquent, comptent sur et bénéficient de sa complicité. Elles incitent à la radicalisation des antagonismes entre les composantes nationales et son susceptibles d’entraîner celles-ci vers des affrontements sanglants et de les précipiter fatalement vers la cassure définitive.
3. Au lieu et loin de se conformer à la lettre et à l’esprit de l’accord d’Arusha qui prêche la primauté à la Paix et à la Réconciliation Nationale, M. MINANI milite pour un hégémonisme dominateur. La politique qu’il cherche à privilégier contribuera à aviver la psychose de peur et le traumatisme chez les Tutsis et à attiser dangereusement la tentation chez les Hutus d’exploiter la suprématie numérique. En gratifiant les bandes terroristes de titre de « résistants », le Président du FRODEBU viole notoirement l’Accord de Paix , dont la finalité prioritaire et centrale est la croisade contre les fauteurs de troubles , les auteurs des crimes de guerre, contre la Nation et contre l’Humanité .
4. En conformité avec l’article 2 du Protocole préliminaire de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation, avec Préambule et l’Article 1er du Protocole V, par lesquels les Parties Signataires s’engagent solennellement à œuvrer pour un cessez-le-feu immédiat , à combattre et à éradiquer les actes de violence , force nous est de lancer un appel pressant spécialement le FRODEBU et à tous les Membres du G7 pour qu’ils condamnent publiquement les rebelles qui sèment la terreur à travers le Pays. A défaut d’une condamnation collective par ce Groupe, le soupçon que certains de ses Membres sont commanditaires et complices des rebelles se transformera en certitude.
IV. MUTISME DE L’UNION EUROPEENNE ET DES MEDIAS OCCIDENTAUX SUR LES DECLARATIONS EXTREMISTES DE M. JEAN MINANI.
En assimilant à la « résistance » la terreur affreuse déversée sur le BURUNDI par des rebelles armés, le président du FRODEBU s’est singularisé par un extrémisme patent. Dans certains Pays de l’Union Européenne et principalement à partir des studios de radios occidentales, on est prompt à taxer quelques uns de nos partis politiques d’« extrémistes ». Ce label leur est collé lorsque leur position contrarie les visés et les plans du FRODEBU. Il est étrange que l’Union Européenne soit restée muette jusqu’à présent sur les positions extrémistes de Jean MINANI. Au comble de la contradiction, on constate que RFI toujours empressée de diffuser à la une les faits et gestes du FRODEBU et de son président en marginalisant voire en dévalorisant les autres Partis Politiques s’emmure dans le mutisme sur son discours émaillé d’extrémismes ce 18 novembre 2001. Cette politique de deux poids deux mesures contrastes notoirement avec les principes d’égalité et de neutralité devant régir le comportement de cette radio mondiale envers tous les Partis Politiques Burundais.
Nous réaffirmons, quant à nous, notre engagement solennel à nous conformer à l’esprit et à la lettre à l’Accord de Paix et la Réconciliation au BURUNDI. Nous oeuvrerons en redoublant d’ardeur en vue de nous atteler à la problématique nationale pour la paix, la sécurité et le bien-être de tous les BURUNDAIS.
Nous Vous prions de bien vouloir agréer, Excellence, la assurance de notre plus haute considération.
Copie à :
- Honorables signataires de l’Accord d’Arusha pour la Paix et la Réconciliation au BURUNDI
- L’Ambassadeur Berhanu DINKA, Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies pour la Région des Grands Lacs et Président de la Commission de Suivi d’Application de l’Accord de Paix pour le BURUNDI
- S.E.M. le Chef de Mission Diplomatique (Tous)
Pour les partis politiques signataires
- ABASA : Dr Ambassadeur NSANZE TERENCE, PRESIDENT
- ANADDE : Patrice NSABABAGANWA, Président
- INKINZO-MSP : Dr Alphonse Rugambarara
- PIT : Pr Ndimurukundo Nicéphore
- PRP : Mathias Hitimana, PF
- PSD: Juvénal HATUNGIMANA, Secrétaire Général
- UPRONA : Libère BARARUNYERETSE
- VERT-INTWARI : Dr Prof ; A. Nkundikije P.D.
