RUGAMBA-NET PRESS

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Témoignage en mémoire du   genocide au Rwanda

Par Frère Charles Hatunguramye, à la résidence du Chargé d’Affaires du Rwanda au Burundi, 7 avril 2001

 

Merci et mes salutations à toute l’Assemblée ici présente. Qui est ce frère ici présent qui vous parle ? Aujourd’hui, je suis Frère Josephite en Mission au Burundi, au nom de Frère HATUNGIYAREMYE CHARLES.

Je suis celui qui a pu vivre trois événements qui ont secoué le Rwanda et les Rwandais et que nombreux parmi vous connaissent ou ont entendu parler.

L’événement de 63

L’événement de 73

L’événement de 94

Je commence par le commencement :

 En 63 j’avais 11 ans

J’ai passé cinq jours assis dans l’ eau et en plus, j’ai assisté à la mort de mon père qui a été coupé en morceaux en ma présence.

Comment ces cinq jours dans l’éau ? Laissé à moi-même, chassé respectivement dans deux familles comme un condamné à mort, quelqu’un parmi les bourreaux m’ amené chez lui. Il croyait qu’il allai me tuer mais, après m’avoir donné des recommandations à survivre, il m’a caché sous le boisseau dans sa bananeraie où il y avait de l’eau qui m’arrivait au niveau des hanches étant dans la position assise.

J’y suis passé cinq jours et chaque soir il m’apportait du lait à boire. Après ces jours, croyant que les événements s‘étaient calmés, il m’a amené chez lui et j’ai trouvé aussi mon père qui était caché aussi dans la même famille. Malheureusement quelques heures après, il a été découpé en morceaux à ma vue par les voisins.

Alors que dire de ce premier événement ?

Quant je réfléchis sérieusement, je sens en moi un espoir de vie ; en effet, moi personnellement, le bien a vaincu la mal.

De l’autre côté, je remarque que ce que les Rwandais ont vécu en 94 était conçu même avant, vous avez l’exemple.

En 73, j’étais parmi les élèves du Groupe Scolaire St Joseph (aujourd’hui) de KABGAYI, qui a été grandement secoué par les événements. En présence du président de la république en ce moment là, Monsieur Grégoire Kayibanda et de l’évêque du lieu André Perraudin, 4 élèves et un frère ont été tués en plein air et j’ai été aussi parmi ceux qui ont été gravement blessés et j’en garde les cicatrices.

On nous avait amené des militaires sois-disant pour nous protéger mais au contraire, même ceux qui arrivaient à la porte étaient retournés à l’intérieur pour être massacrés.

Le grand moment arrive en 94

J’appartenais au groupe de ceux qui s’étaient cachés chez nous, chez les frères Josephites encore une fois au Groupe Scolaire St Joseph de KABGAYI.

Nous étions à peu près 10.000 personnes.

Je vous assure, nous étions comme un poulailler où on venait s’approvisionner chaque fois qu’on avait besoin de la viande de coq.

-        Depuis les premiers jours d’Avril jusqu’à la date du 2 juin, deux jours par semaine, c’est-à-dire mercredi et dimanche, deux fois par jour, de 9h à 10h et de 14h à 15h, un groupe de militaires entrait où nous étions réunis, listes à l’appui et s’approvisionnaient en personnes qu’ils allaient ensuite tuer à l’extérieur. C’était organisé de la sorte et la fréquence était régulière.

-   Autrement dit, chaque jour, nous étions morts ou du moins, nous nous préparions à la mort. De fait, chacun devait faire son possible pour avoir au moins 5000 FR pour se payer la mort, être fusillé que succomber sous les coups des machettes ou des massues ; sauf que  nombreux parmi nous payaient et malheureusement subissaient le sort des serpents.

Ici, je vous donne au moins deux ou trois exemples , pouvant servir d’éléments confirmant et justifiant mes dires .

1.     Un jour, des militaires se sont introduits dans le groupe, tombant sur quelqu’un qu’ils cherchaient qui  trouvait donc sur leur liste. Ils l’obligèrent de le suivre. Mais comme il savait ce qui l’attendait dehors, la mort, il refusa. Après être bien « corrigé », frappé à mort, il voulut se lever et les suivre, mais c’était trop tard et il n’en pouvait plus. Ces militaires prirent alors deux types bien portant dans le groupe pour le soulever. Arrivés à côté de la camionnette qui les attendait à l’extérieur, les chefs obligèrent les deux types bien portant  de monter et laissèrent l’agonisant. Celui-ci vit encore aujourd’hui.

 

2.     Une fille parmi nos étudiants , avait suivi la formation des INTERAHAMWE et s’était spécialisée à tuer les hommes. Elle était spécialiste à les castrer , à les casser les couilles ; et cela non pas au moyen d’une lame de rasoir ou autre objet tranchant , mais au moyen d’une massue. Elle est pour le moment entre les murs du Rwanda.

 

3.     La veille du 2 juin, date d’arrivée du FPR-INKOTANYI pour nous délivrer, on avait amené des bus de l’ONATRACOM. Après les avoir remplis des gens, il étaient ensuite cheminés vers NGORORERO où ces personnes étaient brûlés vifs avec l’essence. C’est le même jour qu’une sœur MWENEBIKIRA , 6 frères de ma congrégation et quelques prêtres ont été tués, sauf qu’ils ont été massacré à BYIMANA à quelques kilomètres de Kabwayi.

 

L’homme propose et Dieu dispose. Le 2 juin, on attendait le retour des bus  et vers 8 heures, le FPR-INKOTANYI était dans nos murs  et nous a délivré alors que nous ignorions sa présence dans les environs.

 

Je ne pourrais pas vous raconter tous les exemples, tellement ils sont nombreux, j’en arrête ici.

 

Je vous remercie.

 

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