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Gilbert Sindayigaya                                                                   Louvain-la-Neuve, le 20 décembre

2001 Rue René Magritte 11/005

1348 Louvain-la-Neuve

Tél.: 00 32 477 82 14 35

E-mail : gsindayigaya@yahoo.fr

 

 

Lettre ouverte au Comité Directeur du PARENA

 

Mesdames, Messieurs les membres du Comité Directeur, 

La situation interne plus que lamentable de notre parti m’oblige à m’adresser à vous pour vous faire part des réflexions que les membres du PARENA résidant dans les pays de l’Union Européenne mènent depuis quelques temps à ce sujet. Ces derniers sont très critiques, et même très inquiets, au regard du comportement du PARENA, qui ne cesse de faire étalage de ses faiblesses au moment où nous nous attendions à un comportement plus mature de la part d’un parti qui a une aussi longue expérience de lutte dans un contexte très contraignant. Dans les lignes qui suivent, je me permets de vous faire une synthèse non exhaustive des conclusions qui se sont dégagées de nos discussions. 

De manière générale, un consensus se dégage sur un point : il y a de graves dysfonctionnements des organes du parti. Nous nous sommes particulièrement intéressés à deux organes (les plus importants), à savoir, le Président et le Comité Directeur. Ces deux organes sont les organes les plus importants de par leurs attributions. La plupart des erreurs, des succès et des échecs du parti leur sont donc imputables. Cette synthèse est exclusivement consacrée aux deux organes.  

Le dysfonctionnement le plus remarquable se manifeste par l’importance du Président par rapport au Comité Directeur. L’article 24 des statuts du PARENA dispose que “le Président du Parti est élu par le Congrès National pour un mandat de 2 ans renouvelable. Il préside le Congrès et dirige le Comité Directeur”. L’article 25 quant à lui, prévoit que “le Comité Directeur est composé de 30 membres. Leur mandat est de 2 ans. Il se réunit en session ordinaire une fois par mois. Le Comité Directeur est chargé d’exécuter les décisions du Congrès National dont il prépare et organise les travaux. Il désigne le Représentant Légal Suppléant ainsi que les candidats aux élections législatives. Il choisit en son sein un bureau composé de 5 membres. Le Comité Directeur désigne le Représentant Légal”. 

S’il est vrai que les statuts du parti prévoient que le Président préside le Comité Directeur (le contraire serait étonnant), on ne trouve nulle part dans les statuts une disposition lui accordant la liberté de limoger un membre du Comité Directeur; encore moins celle de limoger un membre du bureau du parti. C’est pourtant ce que le Président Bagaza a fait en limogeant Monsieur Rémy Nkengurutse.  

Et pourtant, l’article 15 des statuts prévoit, dans son alinéa 5, que le Congrès National élit les membres du Comité Directeur et les membres de la Commission d’arbitrage (le même article prévoit que le Président du Parti est élu par la même instance). 

L’article 35 des statuts du PARENA prévoit, quant à lui, que “ en attendant la mise en place des institutions définitives du Parti, le PARENA est dirigé par un Comité Directeur désigné par l’Assemblée Constitutive”. En d’autres termes, depuis 7 ans le PARENA n’est pas arrivé à mettre en place des institutions définitives. Si nous pouvons nous accommoder de cela, étant entendu que le contexte n’était peut-être pas favorable à la convocation d’un Congrès National mais aussi, et c’est très important, parce que la légitimité des organes du parti n’inspirait aucune contestation jusqu’il y a peu, nous ne pouvons pas comprendre comment l’un des organes, en l’occurrence le Président, peut se permettre de déstabiliser la direction prévue par les statuts sans que les autres organes, notamment celui qui est visé, ne lèvent le petit doigt ! 

Devons-nous comprendre, Mesdames et Messieurs les membres du Comité Directeur, que le Président peut décider de liquider la direction du parti sans que vous ne vous y opposiez? En effet, votre attitude le laisse complètement libre de décider de votre sort à la tête du parti alors que les statuts prévoient autre chose (art. 15, 25 et 35)? Avez-vous pensé que vous avez des obligations envers les militants qui sont bien plus importantes que celles que vous avez envers le Président du parti? Votre immobilisme pendant que le parti se fait décapiter de l’intérieur (car c’est ainsi qu’il faut interpréter l’acte de limogeage de Monsieur Nkengurutse et la démission de Monsieur Barancira qui s’en est suivie ; sans oublier la chasse aux sorcières organisée dans la foulée) et de l’extérieur nous contraint de sortir de notre silence.  

Que faites-vous de l’article 12 des statuts du parti qui dispose que “tout membre a le droit :

- d’élire et d’être élu aux divers organes et instances du parti;

- de prendre part aux débats du parti”? Cette disposition est fondamentale car elle est une reconnaissance implicite du débat contradictoire au sein du parti et oblige les organes du parti à rendre des comptes. Si ceux-ci ne sont pas satisfaisants, et c’est vraiment le sens qu’il faut donner à cet article, d’autres, avec plus de compétences, doivent pouvoir se faire élire. Le renouvellement des organes du parti est donc inscrit dans ses statuts et c’est un devoir de faire respecter ce principe. 

Le PARENA doit pouvoir sanctionner et récompenser ses dirigeants (et ses militants) en fonction de leurs performances comme toute organisation moderne. Il faudrait que vous puissiez comprendre que le seul moyen d’avoir un parti fort c’est de respecter ce principe qu’impose l’article 12. Evidemment, tant que tout va bien, les dirigeants n’ont d’autres récompenses que de continuer à diriger le parti (et accessoirement d’envoyer des membres de leur parti - souvent eux-mêmes d’ailleurs - dans les institutions dirigeant le pays). Peut-on aujourd’hui être satisfait du bilan du PARENA? La réponse est, malheureusement, non!  

Dès lors que le constat est tel que le bilan n’est pas brillant, pourquoi ne pas débattre de nos faiblesses afin d’y apporter la réponse la plus adéquate? Et que prévoient les statuts dans ces circonstances? UN CONGRES NATIONAL. Il faut organiser un Congrès National pour renouveler les organes dirigeant le parti, pour redéfinir la politique générale du parti, définir les lignes stratégiques du parti. Le Congrès permettrait aussi de légitimer ceux qui dirigent le parti.  

Au lieu de se perdre dans des manifestations mal préparées qui ne font que mettre nos amis en prison, pourquoi ne pas exiger du pouvoir qu’il laisse au parti la liberté et qu’il accorde même les moyens d’organiser un congrès et les états généraux du parti chaque fois que de besoin ? A propos justement, que fait le PARENA pour tous ses militants emprisonnés ?  

L’article 15 prévoit que “le Congrès National est l’instance suprême du Parti. Il se réunit tous les 2 ans en session ordinaire et en session extraordinaire sur l’initiative du Président du Parti ou à la demande des 2/3 des membres du Comité Directeur”. Est-ce trop demander d’exiger le respect de cette disposition statutaire après 7 ans de direction provisoire? Les membres du PARENA ont le droit, et même le devoir, de sanctionner et de récompenser les organes de leur parti. Comment? A travers un Congrès National où ils vous renouvelleraient, vous et le Président, leur confiance ou alors, où ils pourraient préférer donner le mandat à d’autres non pas (seulement) parce que vous avez démérité, mais peut-être aussi parce qu’ils vous ont vus trop longtemps. Cela peut vous permettre à tous de prendre du recul et de rebondir peut-être. 

Dans ces circonstances, il est tout à fait normal que ceux qui ne sont pas satisfaits par l’action des organes dirigeants actuels s’en prennent à eux et fassent pression pour que les instruments de contrôle prévus par les statuts soient activés. Il est tout à fait naturel que les membres du PARENA proposent des solutions, et c’est ce que nous faisons ici, y compris le changement de la direction du parti, c’est-à-dire le Comité Directeur et le Président. L’article 12 que nous avons cité supra les y autorisent. Ce n’est pas en faisant recours à des mécanismes de répression  alliant la désignation de faux coupables, le dénigrement, la calomnie, la suspicion et même, chose absolument inadmissible, des menaces de mort, que la critique, et même la contestation, se tairont. S’il faut désigner les coupables, c’est inévitable, c’est bien au niveau des deux organes qu’il faut chercher. C’est dur à entendre mais c’est la vérité. 

Il faut que vous compreniez, Mesdames et Messieurs les membres du Comité Directeur, que votre silence, ou mieux votre résignation, quand le Président Bagaza a déstabilisé la direction du PARENA en poussant vers la sortie MM. Barancira et Nkengurutse, deux hommes qui représentent la maturité et l’indépendance, nous a montré combien nous sommes vulnérables et à la merci des caprices du Président Bagaza. Faut-il vous rappeler que vous ne travaillez pas pour le Président mais bien pour les milliers de membres et sympathisants du PARENA? 

Il est temps d’arrêter la mystification qui entoure le Président Bagaza et comprendre que seuls des organes solides, travaillant dans le respect de la politique générale et des stratégies arrêtées par l’instance suprême du parti, le Congrès National, peuvent sortir le PARENA du bourbier dans lequel il se trouve empêtré. Nous voulons insister sur quelque chose que nous jugeons essentielle: être membre du PARENA ne veut pas dire être un inconditionnel de Bagaza. Plus tôt on comprendra qu’au PARENA d’autres idées que celles du Président peuvent avoir de la valeur, plus tôt on sortira de l’impasse actuelle, tant au niveau du parti qu’au niveau de la scène politique burundaise. Un PARENA plus courtois et plus orienté vers la collaboration avec ses partenaires ( spécialement ceux qui se font insulter régulièrement et copieusement dans les colonnes du Bulletin d’Information du Parti PARENA), serait d’une efficacité que vous n’imaginez pas. Mais cela remet en cause un certain nombre de mythes dont nous parlerons prochainement. 

Il est sidérant de voir les pouvoirs qu’ont certaines gens qui ne font parti d’aucun organe mais dont le seul mérite est d’être des proches du Président Bagaza. Pendant combien de temps pensez-vous que les gens peuvent supporter cela? Tout se passe comme s’il y avait un PARENA officiel et un PARENA privé, plus puissant que le premier. Sans bloquer l’action du Président, le Comité Directeur devrait penser à décharger le Président qui semble s’occuper de tout au PARENA et, puisqu’il faut appeler un chat un chat, à limiter ses pouvoirs et l’obliger à le consulter pour toutes les décisions engageant le parti. 

Il faut rapidement assainir la situation, à travers un Congrès National, mais aussi à travers un débat franc et libre sous peine de voir les membres les plus lucides vous filer entre les doigts (nous espérons que ce n’est pas le but recherché). Il faut neutraliser au plus vite ceux qui propagent la calomnie et cultivent la suspicion qui ne peuvent que miner le parti de l’intérieur. A ce titre, le Président Bagaza est personnellement interpellé car des preuves irréfutables montrent qu’il connaît et entretient des relations très suivies avec ces gens qui se retrouvent bizarrement presque tous dans son entourage. Vous devez l’y aider, Mesdames et Messieurs le membres du Comité Directeur, en mettant en place un système d’information rigoureux, un système qui ne fasse pas la part belle aux menteurs et aux incapables de tous genres mais aussi en l’empêchant de s’occuper de toutes les tâches de routine. Un dirigeant mal informé est, en effet, un danger public. De même, un dirigeant qui passe son temps à s’occuper de futilités est un danger public. 

Il faut que le PARENA se refuse à chercher des boucs émissaires et se penche sereinement sur ses problèmes qui sont importants mais pas insurmontables. Les propagateurs de fausses rumeurs et de calomnie, pour qui la place devrait être partout sauf au PARENA, mettent à rude épreuve un parti qui a longtemps impressionné par sa discipline et son incorruptibilité. Nous avons les ressources pour les empêcher de nuire: respecter les statuts, rechercher la vérité et mettre en oeuvre un système d’information qui permette de déceler à termes le vrai et le faux. 

Je vous ferai parvenir prochainement le reste des réflexions concernant notamment les objectifs et les stratégies pour les atteindre. Ceux qui participent aux réflexion estiment, en effet, que le PARENA a mal identifié ses objectifs et ceci justifierait ses échecs. 

Je ne sais pas la suite que vous réserverez à cette correspondance mais il faudrait peut-être que je vous dise que nous nous attendons à ce que vous en fassiez meilleur usage que celles que nous avons envoyées au Président du parti depuis décembre 1999 qui sont restées sans réponse jusqu’aujourd’hui. Dans la correspondance du 27 octobre 2000, nous lui écrivions, conscients des limites de l’organisation mise en place par le PARENA: “Cette organisation se nourrit de ce discours (fort et cohérent). Il faut donc s’attendre à ce qu’une fois que ce discours se fait rare du fait de votre exil et du combat sans merci que le pouvoir Buyoya livre à tous les militants du PARENA, cette organisation va atteindre ses limites. La mobilisation étant à son comble, ceux qui y ont consacré toutes leurs énergies, s’ils ne passent pas à autre chose, seront obligés d’essayer de garder en vie leur organisation (avec moins de motivation puisqu’ils ont atteint leur limites). Ici commence inévitablement le déclin ou la relance. C’est donc ici qu’il faut agir. Les risques sont énormes mais ne faut-il pas les courir? Nous estimons dès lors que le PARENA ne pourra jamais rentabiliser tout le travail déjà fait si vous restez en exil, Monsieur le Président. Pour nous, il est actuellement fondamental de voir comment retourner au Burundi pour revigorer les troupes”. 

Un an après, notre diagnostic est toujours vrai, mais les remèdes ont sans doute changé... On peut ressentir une certaine amertume. Nous nous sommes seulement trompés sur un point: certains n’ont pas seulement cherché à maintenir en vie l’organisation, ils ont senti qu’ils avaient besoin de beaucoup plus d’espace et ils utilisent le surplus d’énergie qu’ils ont pour pousser les autres, beaucoup plus lucides et scrupuleux, vers la sortie. Et si personne n’arrête ce petit jeu, il ne restera plus que des fanatiques qui se foutent pas mal de la réflexion. C’est du reste la définition d’un fanatique.  

Il serait dommage que de telles gens se recrutent aussi au Comité Directeur. D’où nos attentes d’un bon usage de ce document. Il nous faut dire avec force que le PARENA a mieux à offrir à ses membres que la prison, l’exil, la pauvreté et la calomnie : le PARENA peut être un espace de liberté d’opinion, de développement intellectuel, moral et civique et de préparation à l’exercice des fonctions publiques. Les gens qui mettent en avant de telles idées méritent tout notre respect et ont le droit de dire non à la tendance actuelle qui se trouve être la négation même de la liberté d’expression et l’encouragement du fanatisme et de la mystification.  

Nous devons accepter que notre parti est un parti qui doit, comme toute organisation qui se veut pérenne, assurer la relève et un renouvellement organisé de sa direction. C’est pourquoi nous affirmons sans aucune ambiguïté que ceux qui contestent les choix actuels sont bel et bien une des voies de salut pour notre parti. Il faut encourager leurs propositions et voir dans quelle mesure elles sont en adéquation avec les intérêts du PARENA et de la Nation. Nous affirmons également qu’on peut être contre les idées et les méthodes du Président actuel du PARENA sans mériter une mise en quarantaine. C’est même très courageux de le faire et le dire. 

Dans l’espoir que ce document ne provoquera pas une levée de boucliers mais vous fera plutôt réfléchir car « Ukuri guca mu ziko ntigushe », veuillez agréer, Mesdames et Messieurs les membres du Comité Directeur, l’expression de ma franche collaboration. 

Gilbert Sindayigaya, 

Représentant du Parena dans les pays de l’Union Européenne. 

P.S. : La communication n’étant pas le côté le plus brillant de notre parti, aucun canal de communication n’a été prévu par le Comité Directeur pour être en contact avec les représentations du parti  à l’étranger. Nous avons pourtant bien essayé mais toutes nos tentatives se sont soldées par des échecs. J’envoie donc cette correspondance au seul membre du Comité Directeur dont le fax m’est connu, en l’occurrence Monsieur André Nyamurangwa que je prie de bien vouloir faire le nécessaire pour que ce document puisse être entre les mains des membres du Comité Directeur le plus vite possible.

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