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Lettre à M. Jooneed Khan de La Presse
par Gabriel Hakizimana
Objet
: votre article intitulé «Une ex-ministre du Burundi et ses enfants se
retrouvent à Montréal»
Monsieur Jooneed Khan,
Je réagis à votre article paru samedi le 05 mai dernier dans lequel Mme Ruhaza
Christine, ancienne ministre burundaise des droits de la personne et de la
condition féminine, affirme, sous votre plume que “depuis le génocide des
Hutus par les Tutsis en 1972 …, les parents hutus donnent des noms de famille
différents à leurs enfants en vue de les protéger”.
Que Mme Ruhaza raconte n’importe quoi pour se faire accepter ici ne me
regarde pas. Par contre je me sens interpellé et indigné en tant que burundais
lorsqu’elle se met à travestir la vérité - aidé en cela par un journaliste
de La Presse - en mentant de manière éhontée sur au moins un trait culturel
caractéristique non seulement des burundais, mais aussi des peuples de la sous-région
des Grands Lacs Africains : rwandais, congolais, ougandais et tanzaniens.
Ce mensonge laisse croire deux choses : d’abord qu’avant 1972, les hommes
hutus donnaient leurs noms aux enfants (donc que tous les aïeux de Ruhaza
s’appelaient Ruhaza) ; ensuite que les hutus auraient abandonné ce trait
culturel pour protéger leur progéniture.
Je mets au défi Mme Ruhaza Christine et Monsieur Jooneed Khan de démontrer aux
lecteurs de La Presse la véracité de cela. Toute personne de bonne foi qui
s’intéresse à la région des Grands Lacs sait que donner à l’enfant le
nom de son père est une pratique très récente et très peu usitée dans la
culture populaire. Je ne porte pas le nom de mon père, pourtant je suis tutsi.
Ma femme, mes amis hutus et tutsis ici à Montréal, personne ne porte le nom de
son père. Sacrée Madame la Ministre ! Je suis prêt à parier que même Ruhaza
Christine, si elle porte le nom de son père, son grand-père ne s’appelle (ou
ne s’appelait) pas Ruhaza.
Au moins 95% des citoyens burundais ne portent pas les noms de leurs pères. Ici
à Montréal, faites votre enquête. La quasi-totalité des personnes nées dans
les années soixante ou avant ne portent pas le nom patriarcal. La plupart des
hutus qui sont ici sont nés bien avant 1972 : personne, à quelques exceptions
près, ne porte le nom de son père. Les rares qui ont donné leurs noms à
leurs enfants étaient des catéchistes ou des boys des blancs qu’ils
imitaient …
Parfois, ceux dont les enfants naissent en dehors du Burundi sont obligés de
donner leur nom. Mais là aussi ce n’est pas systématique : par exemple, je
connais plusieurs parents d’origine burundaise établis au Canada qui ont donné
des noms propres à leurs enfants différents des leurs. Ainsi, même si la
tendance existe aujourd’hui aussi bien chez les hutus que chez les tutsis
n’en déplaise à M. Khan, cela reste toujours facultatif voire marginal au
sein de la population burundaise.
Madame Ruhaza, j’espère que vous n’allez pas raconter vos mensonges
dans les milieux scolaires de Saint-Léonard. Dites la vérité on vous croira :
les Burundais ne donnent pas nécessairement leurs noms à leurs enfants. Tous
les Burundais qui vous ont précédé ont dit la vérité et les autorités du
Québec les ont cru. Qu’est-ce qui vous pousse à mentir de cette façon ?
Qu’en est-il des autres aspects de la culture burundaise ? Et dire que vous étiez
Ma Ministre des Droits de la personne !
