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Les damnés de la compassion 

par Chris Harahagazwe 

5000 morts dans un flash apocalyptique. Et « Nous sommes tous des Américains !». 200.000 morts Tutsis burundais, non des puissants du Pentagone et de Wall Street, mais majoritairement des femmes et des enfants. Suppliciés non dans un flash dantesque mais dans d’atroces agonies : découpés à la machette, brûlés vifs, jetés dans les latrines, descendus des bus, etc. Mais personne n’est Tutsi burundais ! 

100.000 manifestants défilent en silence derrière le chancelier allemand. Le Saint-Père compatit urbi et orbi : « Un jour sombre dans l’histoire de l’humanité ». Le Premier Ministre britannique prend des accents churchilliens pour proclamer à la face du monde que rien ne peut justifier un tel massacre d’innocents et se lance illico presto dans une croisade contre le terrorisme. 

Le Conseil de sécurité lui emboîte le pas : « Les actes de terrorisme ne peuvent en aucun cas être justifiés quelle qu’en soit la motivation ». 

Le massacre implacable des Tutsis burundais laisse indifférent le monde bien pensant. Malgré une enquête des Nations unies (S/1996/682) qui a constaté le crime des crimes contre les Tutsis burundais mais sans prendre ses responsabilités. Pire certains trouvent des justifications à l’injustifiable. Le dieu vivant Mandela, lance des diatribes incessants contre « une infime minorité qui monopolise le pouvoir politique, économique et militaire » et prononce le verdict : « Vous n’aurez jamais la paix tant que la situation persistera ». La chose est entendue les coupeurs de têtes ont la licence de continuer à massacrer nos enfants dans une impunité totale.  

Le manitou blanc représentant l’UE, qui sait tout comme tous les occidentaux, nous apprend qu’en fait le problème burundais est une oligarchie militaro-économique de 60 familles et qui crie au génocide chaque fois que l’on conteste leur pouvoir. Le regretté Nyerere disait la même chose. « Le génocide est un prétexte des Tutsis pour se maintenir au pouvoir » confiait-il au New York Times en 1996.  Comme pour dire que nos familles décimées par centaines de milliers se sont suicidées puisqu’il n’y pas de génocide. De paysans misérables, pauvres parmi les pauvres qui ne savent même lire le mot monopole politique, économique et militaire qui les condamne à mort. Pire, les victimes sont transformées en bourreaux et vice versa. 

L’armée israélienne a un chant de guerre intitulé « Le monde entier est contre nous ».Mais eux ils exagèrent car ils ont le soutien inconditionnel de la première puissance mondiale jamais égalée qui ne leur a jamais fait défaut dans les moments difficiles. Les Tutsis burundais n’ont personne sauf Dieu qui est lui-même sous la coupe des missionnaires italiens, espagnols, français, belges et flamands viscéralement anti-tutsis. 

A chaque massacre récurrent (Teza, Bugendana, Butezi, Campazi, Buta), les Tutsis burundais se retrouvent dans les Eglises pour se tenir au chaud et faire provision d’un peu d’humanité dans un environnement hostile. Souvent ils refusent de sortir à la fin de la messe et font durer le beau cantique à la Sainte Vierge : We Mariya Girutwumve, Niwibuke ubwo Burundi, bugusaba, bukuzamba…Sauve le Burundi Oh Sainte Vierge ! Les Américains eux aussi se sont retrouvés dans les Eglises pour retrouver le courage et se mettre du baume au cœur. Mais eux n’étaient pas seuls comme les Tutsis Burundais. Ils avaient le monde entier à leur côté. 

Il ne s’agit pas de pleurnicher sur notre sort peu enviable mais constater que la survie ou la disparition de la communauté tutsie burundaise n’incombe qu’à elle-même et à personne d’autre. 

C. H. 

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