
|
|
|
|


Controverse : Fidèle à sa mission, le HCR abandonne les rapatriés de l’Est et du Sud du Burundi !
Organisée par le Gouvernement burundais, la conférence tripartite groupe les représentants du HCR local et la délégation tanzanienne conduite par le Ministre Tanzanien de l’Intérieur. Participent de même, les Gouverneurs des provinces frontalières ainsi que d’autres services techniques spécialisés dans le domaine du rapatriement.
Cette 4ème rencontre est riche d’enseignements.
Depuis la campagne entamée le 3/4/02, à Ngara, la rentrée des réfugiés n’a cessé de grossir les rangs qui viennent, soit avec assistance, soit par leurs propres moyens. D’aucuns arrivent à leur foyer primitif, les pieds enflés après une longue marche. Depuis janvier à ce mois de juin, 10.000 (dix mille) sont venus. Parfois 2.000 à la fois nous a déclaré le Gouverneur de Rutana. Ils en arrivent en moyenne sept cent par semaine ces derniers temps. Ailleurs, ils sont 250-500 par semaine. Sur la liste d’attente, quatorze mille (14.000) volontaire sont inscrits.
Les Gouverneurs des provinces de l’Est et du Sud, en liaison étroite avec les camps des réfugiés en Tanzanie sont unanimes sur le constat que réfugiés veulent rentrer le plus tôt ; les raisons majeures invoquées étant le mauvais traitement de l’exil, le vandalisme des jeunes tanzaniens et le peu de soucis que leur réservent les services du HCR.
Dans ces camps, les logements couverts de sheetings n’ont rien à envier aux cabanes de l’ère primitive.
D’un autre coté, l’immensité du territoire tanzanien fait oublier la présence des réfugiés burundais. Sans doute, la Tanzanie a d’autres chats à fouetter. Ces réfugiés n’ont d’autre choix que de rentrer. C’est dans ce climat qu’une foule nombreuse est rentrée via Kobero.
Dès leur retour, ils recouvrent leurs biens sans peine, les enfants poursuivent le même programme de l’enseignement général du Burundi. Ils renseignent facilement ceux qui sont restés en Tanzanie.
Pour certains litiges, ils sont portés devant un comité local, et les palabres sont réglés selon les principes de proximité. Ces bonnes manières, issues de notre culture, sont fort appréciées par tous.
Ceux qui sont restés dans les camps se font informer par leurs prédécesseurs : la sécurité leur disent-ils, est là, tous veulent rentrer, ceux de 1993 comme ceux d’avant 1972 etc. il y a lieu de constater que les discours des rebelles sont dépassés, ils ont perdu toute crédibilité.
A cela, le Gouvernement Tanzanien est résolu à coopérer, sans réserve, avec les autorités burundaises, militaires comme civils, qui se rendent visite régulièrement. Le Gouverneur de Rutana nous dit que depuis le début de l’année, il s’est rendu en Tanzanie quatre fois.
Le HCR suspend son intervention à l’Est et au Sud Burundi.
La rencontre tripartite Burundi-Tanzanie-HCR du 24-26/6/02 aura été abordée avec un agenda intégrant un sujet épineux à savoir la suspension unilatérale des activités du HCR dans l’Est et au Sud du pays. Motif invoqué ; l’insécurité.
Comment interpréter cette mesure décrétée à l’encontre de tout principe humanitaire ? Les conférenciers au premier plan, les Ministres burundais et Tanzanien ont trouvé cette décision fort discriminatoire, étant donné qu’en d’autres circonstances, l’action humanitaire est en principe présente plutôt là où règnent des conditions critiques. C’est probablement en raison de l’état de parent pauvre que la communauté internationale réserve au BURUNDI ce genre d’exclusion. Ce n’est pas la Bosnie ni le Pakistan, encore moins le voisin congolais où la guerre a permis à certains de se construire des pavés en or. Il y a des raisons que la raison ne connaît pas ! constate madame le Ministre Françoise NGENDAHAYO qui n’a pas caché par ailleurs se sensibilité de mère.
Le HCR ne peut pas évoquer le motif d’insécurité pour justifier sa décision. Par ailleurs comme disait le Ministre Tanzanien, il y’a pas de pays au monde qui prétend jouir d’une insécurité à cent pour cent.
Si les autorités du HCR maintiennent la mesure de suspension, cela ne ferait que que donner du tonus à la rébellion et réconforterait les pêcheurs en eau trouble dont le fond de commerce n’est que le pillage sur les passants d’ils ne tuent pas ces derniers.
Au mon humble, avis c’est que les organismes comme le HCR attendent trop de leur siège lointain. J’imagine qu’ils ne jouissent pas d’autonomie de manœuvre pour agir de façon discrétionnaire, ou alors il y a mauvaise foi quelque part.
Cette décision a-elle des relations avec l’accident qui transportait les rapatriés de Ruyigi à Rutana le 11 juin 2002 et dont les rumeurs , heureusement vite démentie, attribuaient l’origine à un tir sur un pneu ?
Apprenant l’ampleur de la catastrophe, le siège aurait agi dans le sens de la sanction ? Simple supposition, pour décréter des sanctions à de vulnérables comme les réfugiés de guerre !
La gravité de l’accident est à part . Il n’a pas la conséquence des conditions d’insécurité de la région invoquée .Le rapport d’enquête sur l’accident est catégorique .
De toutes les hypothèses, les rapatriés n’étaient pas en bonnes mains même avant l’accident.
De l’accident du 11 juin 2002
Le camion accidenté transportait quatre vingt trois(83)personnes avec leurs bagages .Il tirait derrière lui une remorque remplie de bagages . Les rescapés eux disent que le nombre de passagers à bord était plus ou moins cent avec bagages à côté d’eux. Ils ajoutent qu’au moment de l’embarquement à Ruyigi, les effectifs n’avaient été comptés. Le deuxième camion transportait 146 personnes .
Ce mode de chargement est très inquiétant, les normes n’ont manifestement pas été respectées. Vérification faite, le camion accidenté était destiné au « transport de choses » et l’assurance UCAR ne couvrait qu’une personne . On y va de surprise en surprise .
On comprend dès lors que l’engin, qui traînait une lourde charge de supplémentaire a dû subir une poussée accélérée sur une route en pente raide .
En fin d’analyse, des circonstances de cet accident, il ressort que les conditions de transport de ces rapatriés ont beaucoup à envier à celles revendiquées par Brigitte Bardot pour ses animaux. Allez-y comprendre où est passé le respect et la dignité humaine chère aux champions de la défense des droits de l’homme, frères des représentants du HCR.
Quant à la question de l’indemnisation, nous apprenons qu’une entreprise d’assurance, basée en Europe, va régler le litige en faveur des victimes . A quelle hauteur ? Les victimes n’auront qu’à se contenter de ce qu’on leur offrira surtout qu’ils ne savent pas comment ces montants se calculent, encore moins auprès de qui revendiquer .
Ce drame nous attriste tous. C’est en mémoire des victimes, de même que celles de plus de 200 autres morts accidentellement, la veille de la conférence en Tanzanie, sans oublier 10 autres sauvagement assassinés sur la route nationale n°1 (à Bugarama), que de toutes ces victimes, une minute de silence a été gardée de commencer les travaux de la Tripartite.
On ne peut s’empêcher de renouveler les regrets devant un désastre aussi inhumain.
En effet, nul n’aurait pensé qu’autant de gens ont pu être chargés si nombreux, dans un camion destiné à supporter un chargement moyen.
Que des gens acceptent de voyager dans de telles conditions, cela montre à suffisance combien est forte la volonté de regagner leur pays même au péril de leur vie. L’exil n’est pas une vie disaient les latins, tout est bon pour retrouver sa patrie.
Emmanuel NAHAYO
