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Posée par le
mouvement rebelle du Conseil National pour la Défense de la Démocratie-Forces
de Défense de la Démocratie (CNDD-FDD) comme condition à leur participation
aux négociations d’Arusha, la question des prisonniers politiques a trouvé
un écho chez Nelson Mandela, médiateur du conflit burundais. “ Rien
n’est possible tant que des partisans de la démocratie sont emprisonnés ”
a déclaré en mars 2000 Jean-Bosco Ndayikengurikiye, chef du CNDD-FDD. “ Nous
nous joindrons aux négociations d’Arusha lorsque cette question sera réglée ”.[1] Cette exigence ne
pouvait évidemment pas laisser insensible le médiateur, lui-même prisonnier
politique pendant 27 ans. Ceci l’a amené à formuler en public des critiques
à l’adresse du président Buyoya quelques jours plus tard à Arusha :
“ des innocents se morfondent en prison uniquement en raison de leur désaccord
avec le chef de l’Etat (...) je trouve cette situation totalement inacceptable,
(...) je ne peux contenir mon émotion à l’idée de tant de personnes
emprisonnées. ”[2]
Les divergences sur
la question des prisonniers politiques ont entraîné une détérioration rapide
des relations entre le médiateur et le gouvernement. “ Je ne peux pas
accepter un régime qui emprisonne des gens pour leurs idées ” a déclaré
à nouveau Mandela à un groupe de parlementaires en avril à Londres. “ L’existence
de prisonniers d’opinion au Burundi est notoire (...) Si le Président Buyoya
ne le reconnaît pas, il ne peut avoir aucune crédibilité auprès de la
communauté internationale. ”[3] Pris de court,
Buyoya réagit quelques jours plus tard dans un communiqué de l’ambassade du
Burundi en Afrique du Sud mettant en garde Mandela contre les “ mensonges
de la propagande de la facilitation tanzanienne et des partis politiques hutu ”.
En appelant à la libération des prisonniers politiques “ sans
distinction des motifs d’inculpation, il s’est placé, indubitablement sans
le vouloir, du côté de ceux qui souhaitent l’impunité de leurs crimes. ”[4] Début mai, le
Ministre des Relations extérieures et de la Coopération, Séverin Ntahomvukye,
réaffirmait cette position auprès du corps diplomatique de Bujumbura :
“ Certains partenaires ont tendance à se prononcer pour la libération
inconditionnelle de ces détenus. Le gouvernement considère pour sa part qu'une
telle décision contraire à la loi (…) n'aurait que des conséquences désastreuses
pour le pays. ”[5] Quelques jours
plus tard, le président Buyoya déclare à ICG qu’il est prêt à faire des
concessions sur toutes les questions incriminées par le médiateur, exceptée
celle de la libération des prisonniers, qu’il considère comme des criminels
de droit commun.[6]
Bien que la
question fusse clairement de nature émotionnelle pour Mandela, son utilisation
n’en a pas moins été tactique. Mandaté pour élaborer un cessez-le-feu
entre les factions en guerre, il devait obtenir du gouvernement des engagements
concrets pour gagner la participation des rebelles aux négociations. Ecartés
du processus de paix par Nyerere depuis le début des négociations, les
rebelles du FNL et du CNDD-FDD ont besoin d’établir une relation de confiance
minimale avec le gouvernement et le médiateur. Il fallait également pour
Mandela que les attentes des rebelles soient plus réalistes. Il tenta ainsi de
leur faire accepter un compromis en exerçant sur eux une pression publique dans
le but de modérer leurs exigences : “ Ils m’ont communiqué leurs
conditions, des exigences difficiles qui pourraient compromettre une entrevue
avec le gouvernement ” a-t-il déclaré à l’assemblée des délégués.
“ Mais je leur ai dit que leur attitude n’était pas celle de chefs
cherchant l’unité et la paix, qu’ils devaient renoncer à ces exigences
(...) Ils les ont immédiatement retirées et se présenteront ici en avril avec
une volonté de paix et résolus à aborder le problème de la crise burundaise
avec réalisme dans le but de la résoudre. ”[7]
Toutefois, la rébellion
a résisté aux pressions du médiateur et a rejeté toute participation
inconditionnelle aux négociations. En outre, s’efforçant de ne pas paraître
moins exigeant que le CNDD-FDD, d’autres groupes rebelles (FNL) ont par la
suite adopté une position similaire de refus de négociations directes avec le
gouvernement sans libération préalable des prisonniers politiques.[8] Mandela a réagi
en réaffirmant publiquement sa position sur la question en y ajoutant une
demande de fermeture des camps de regroupement de la population. C’est ainsi
que début juin, lorsque Buyoya s’est engagé à fermer tous les camps d’ici
la fin du mois de juillet, Mandela modéra soudainement son message en déclarant
qu’il fallait prendre en compte les contraintes auxquelles était confronté
le gouvernement. “ Pour des gens comme moi qui ont passé 27 ans en
prison, il est difficile de rester calme lorsqu'on discute de prisonniers et de
gens dans les camps de regroupements (…). Les innocents emprisonnés sans procès
doivent être libérés, mais nous devons prendre en compte les contraintes que
connaît le gouvernement du Burundi. ”[9]
La question des
prisonniers n’en fut pas pour autant résolue aussi facilement. A la
consternation du président Buyoya, le médiateur y revint de plus belle et de
façon spectaculaire lors de sa visite au Burundi en juin. Dès son arrivée à
Bujumbura, le médiateur prit l’initiative de se rendre en inspection à la
prison de Mpimba. Aux prisonniers il déclare : “ Même celui qui
aurait assassiné un président serait qualifié de prisonnier politique si son
crime s’inscrit dans une volonté de poursuite des objectifs d’un groupe
politique. ”. “ Si nous souhaitons réellement ramener la paix,
tous les prisonniers politiques doivent être libérés afin de participer à la
recherche de la paix ”. Le lendemain, Mandela renouvelle son message
devant l’Assemblée Nationale. “ Jamais je n’avais vu d’êtres
humains condamnés à vivre dans de telles conditions (...) je n’en suis pas
encore revenu et je ne m’en remettrai pas tant que les dirigeants présents ne
prennent pas sur eux la responsabilité de la libération des détenus. ”[10]
L’insistance avec
laquelle Mandela demande la libération de tous les prisonniers “ politiques ”
déclenche alors une crise dans les négociations de paix au Burundi. La libération
des prisonniers considérés par beaucoup comme des génocidaires, représente
pour le médiateur une exigence aussi dangereuse que la poursuite de l’incarcération
des détenus politiques pour Buyoya. Il est nécessaire d’arriver à un
compromis avant que le problème ne devienne insurmontable. Afin d’éclaircir
ce point, nous aborderons en première partie la question de l’identité de
ces prisonniers. Nous exposerons en second lieu la problématique du débat
politique, les positions du gouvernement, des partis d’opposition tutsi et des
partis dominés par les Hutu. En troisième partie, nous donnerons des
recommandations pour surmonter le blocage de la situation.
Plus de 9 000
prisonniers sont détenus dans les 11 prisons que compte le Burundi. La grande
majorité d’entre eux n’a jamais été jugée. Les informations fournies par
les autorités carcérales burundaises ne sont malheureusement pas fiables.[11] Néanmoins, sur
les 9 173 prisonniers déclarés le 25 mars 2000, 6 717 étaient en détention
préventive, en attente de jugement. Ces chiffres ne comprennent pas les
prisonniers détenus dans les cachots ou prisons militaires. Chacune des 16
provinces compte également des prisons pour les détenus placés en garde à
vue. Contrôlées par les gouverneurs des provinces, par les administrateurs de
communes, la Gendarmerie, la Police de Sécurité Publique (PSP), et parfois par
la Police Judiciaire des Parquets (PJP), ces prisons sont utilisées pour la détention
provisoire des opposants politiques.[12] D’autres
prisonniers sont détenus illégalement par les forces armées nationales ou par
les services de renseignements. Bien qu’il existe peu d’informations précises
sur ce problème, il est établi que des personnes sont régulièrement arrêtées
par ces organes. Nombreuses également sont celles qui ont disparu aux mains des
forces de l’ordre.[13] La Ligue Iteka a
en l’occurrence récemment compilé une liste de 69 cas de personnes détenues
sans le contrôle du Procureur Général (Parquet) entre septembre et décembre
1999.[14] L’analyse qui
suit ne concerne donc que les prisonniers répertoriés, sa portée en est
d’autant limitée.
Avec les opérations
de répression massives menées par le gouvernement suite aux violences de 1993,
la population carcérale du Burundi a augmenté de 283 % en quatre ans
(1994-1998 ). Des diplomates américains ont estimé le nombre de détenus
à la fin de l’année 1994 à environ 3 500, dont les trois-quarts détenus
en attente de jugement. Des vagues d’arrestation avaient commencé en mai mais
n’avaient permis d’appréhender qu’un total de quelque 800 personnes à la
fin de l’année.[15] Cependant, six
mois plus tard, le nombre de détenus s’élevait à 4 586, soit une
augmentation d’un tiers. Par la suite, en novembre, la population carcérale
augmentait d’un millier de personnes exactement, passant de 4 586 à 5586.[16] Un an plus tard,
en décembre 1996, le total avait augmenté de près de deux mille, soit un
total de 7 525.
Selon M. Pinheiro, la “ grande majorité ” de ces prisonniers se
composait de Hutu accusés de participation aux massacres d’octobre 1993.[17] En août
1998, le total
avait encore augmenté pour atteindre le chiffre maximal de 9 895 prisonniers,
dont les trois-quarts étaient en attente de jugement (Cf. graphe sur l’évolution
de la population carcérale depuis le début des années quatre-vingt-dix page
suivante).
Dans la tourmente
de la guerre civile, la police et la magistrature ont en grande partie ignoré
le code de procédure pénale. L’article 17 de la Constitution nationale de
mars 1992 garantit aux accusés la présomption d’innocence ainsi que le droit
à la défense. “ Toute personne accusée d’un acte délictueux est présumée
innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au
cours d’un procès public durant lequel toutes les garanties nécessaires à
sa libre défense lui auront été assurées. ”[18] Si, selon le code
pénal de 1959 en vigueur jusqu’au début de cette année, les prisonniers
pouvaient être détenus en attente de jugement pendant une période illimitée,
il n’en reste pas moins que certaines procédures devaient être respectées.
Le détenu devait immédiatement paraître devant le procureur. Par la suite, un
juge devait revoir et confirmer la détention au bout de cinq jours, au bout de
quinze jours puis tous les trente jours.[19] Néanmoins, étant
donné que, selon ce même code, le prisonnier n’avait pas droit à une représentation
légale pendant la phase d’instruction qui précède le procès, il n’avait
en fait aucun moyen de recours contre la volonté d’un procureur de le
maintenir en détention préventive. Par exemple, sur les 1 363 prisonniers détenus
à la prison de Gitega le 31 décembre 1998, au moins 37% n’avaient pas
comparu devant un procureur au moment de leur arrestation.[20] A la même époque,
98% des prisonniers en détention préventive n’avaient jamais vu un juge.[21]

Officiellement,
tous les citoyens burundais sont égaux devant la loi. La Convention de
gouvernement, qui dura du 10 septembre 1994 jusqu’au coup d’état du Major
Buyoya le 25 juillet 1996, promettait “ la poursuite en justice de toute
personne civile ou militaire impliquée dans les massacres et la
responsabilisation de la population en matière de sécurité. ”[22] Par la suite, le décret-loi
du 13 septembre 1996 déclarait : “ Tous les hommes sont égaux en dignité,
en droits et en devoirs sans distinction de sexe, d’origine, d’ethnie, de
religion ou d’opinion. Tous les hommes sont égaux devant la loi et ont droit,
sans distinction, à une protection de la loi. ”[23]
Toutefois, dans la
pratique, l’application du code de procédure pénale au Burundi est marquée
par de forts préjudices ethniques entre les Tutsi et les Hutu. Dans son premier
rapport sur la situation des Droits de l’Homme au Burundi, M. Pinheiro
exprimait de sérieuses inquiétudes quant à la création par le Procureur Général
en avril 1995 de comités provinciaux d’enquête judiciaire, auxquels il
attribuait l’accélération du rythme des arrestations. “ Le Rapporteur
Spécial est (…) extrêmement inquiet au sujet des informations qu’il a reçues
et selon lesquelles les commissions comprennent des personnes qui ont pris part
aux massacres et qui ont délibérément omis de mener des enquêtes sur les
plaintes portées par les Hutu en préférant s’occuper des plaintes déposées
par les Tutsi. ”[24] Deux années plus
tard, après le retour de Buyoya au pouvoir, ces inquiétudes se transforment en
immense indignation quant au traitement des prisonniers, dont les Hutu forment
la grande majorité.
“ Pour la
plupart, ces personnes semblent avoir été appréhendées par les forces de
l’ordre sans mandat d’arrêt ni même un simple rapport d’arrestation et
sont détenues arbitrairement, souvent depuis plus d’un an sans avoir jamais
comparu devant un juge. Il semblerait également qu’ils n’aient pas eu droit
aux services d’un avocat pour préparer leur défense. Le Rapporteur Spécial
a également été consterné d’apprendre qu’un grand nombre de prisonniers
semblent avoir subi des traitements cruels, inhumains ou dégradants et
apparaissent n’avoir même pas été nourris convenablement lorsqu’ils étaient
détenus dans les cellules communes de l’armée ou de la police avant d’être
transférés vers une prison. Il a également été signalé que certains
prisonniers ayant été apparemment violemment battus lors de leur détention
dans ces cellules, seraient morts peu après leur arrivée en prison. On aurait
recensé jusqu’à 15 décès mensuels de ce type dans la prison de Muyinga
depuis quelque mois. ”[25]
La qualité de la
justice rendue dans les tribunaux pénaux burundais souffre du manque de juges
et de procureurs pour s’occuper de la multitude de prisonniers en attente de
jugement.[26] La majorité des
accusés impliqués dans des crimes commis lors des massacres de 1993 ou dans la
guerre civile qui s’en est suivie et qui risquent la peine de mort ou la détention
à perpétuité doivent passer devant l’un des trois tribunaux correctionnels
des cours d’appel : Bujumbura, Ngozi, Gitega. Fermés entre mars 1993 et février
1996 en raison du non renouvellement des nominations des juges, ces tribunaux
ont été rouverts et doivent faire face à un énorme retard de cas en attente
de jugement. De plus, les magistrats de cours d’appel représentant le
gouvernement auprès de ces tribunaux ne sont qu’au nombre de vingt-cinq,
chacun devant traiter plusieurs centaines de cas.
Les bureaux du
Procureur général connaissent des problèmes similaires. Quatre-vingt-huit
magistrats sont chargés d’instruire ces affaires, d’interroger les
suspects, de trouver des témoins et de mettre en état des centaines
d’affaires pour le jugement et tout cela sans ordinateurs ni photocopieurs ni
vraiment d’équipement de bureau. A la fin de l’année 1996, quelque 5 000
instructions étaient en cours simultanément.[27] En mai 1999, les
quatre procureurs de Ngozi avaient chacun environ 160 dossiers concernant près
de 500 prisonniers.[28] Pour effectuer ce
travail nécessitant souvent des déplacements entre les prisons et le lieu du
crime, les procureurs partageaient les véhicules du tribunal local de grande
instance et de la PJP et n’avaient droit qu’à 100 litres de carburant par
mois.
Lorsque les
instructions sont terminées et que les dossiers sont présentés à la cour,
les décisions ne peuvent habituellement être rendues qu’après un long délai.
La grande majorité des jugements dépendent des dépositions des témoins qui
ont souvent peur de comparaître devant la cour ou qui n’ont pas l’argent
pour faire le déplacement. Plusieurs prévenus pouvant être accusés d’un même
crime, tout défaut d’un témoin à comparaître peut retarder des jugements
multiples. En 1999 par exemple, les chambres criminelles avaient programmé
environ 180 affaires pour chaque trimestre. Sur ces 180 affaires, c’est une
moyenne de 12 cas qui ont été jugés, soit 6,6%.[29] Entre 1996 et
1999, les trois tribunaux ont traité une moyenne de 412 affaires par an. A ce
rythme, il faudrait encore 16 ans pour juger tous les prisonniers en attente.
Les prisonniers
politiques du Burundi ne ressemblent pas au stéréotype du prisonnier
d’opinion. Bien qu’un grand nombre d’entre eux soient emprisonnés en
raison d’une opposition politique au régime, ils sont accusés de crimes répertoriés
dans le code pénal.
Les tableaux et
graphes présentés ci-dessous documentent et illustrent la situation générale
de la population carcérale au Burundi. Les statistiques sur lesquelles ils
s’appuient, produits par la direction des affaires pénitentiaires du Ministère
de l'Intérieur, sont bien entendu sujettes à caution, et ne peuvent être pris
pour argent comptant. Comme nous l’avons déjà précisé, en sont exclus tous
les prisonniers détenus sans procès dans les cachots, les garnisons militaires,
et autres cellules de la police politique du régime présentes sur tout le
territoire national. Néanmoins, malgré ces limites, ils donnent un aperçu crédible
de la population carcérale burundaise.
Encart 1a : Distribution des
condamnés par chef d’accusation au 25 mars 2000
|
Crimes |
Rutana |
Gitega |
Ngozi H |
Ngozi F |
Muramvya |
Muyinga |
Bubanza |
Bururi |
Mpimba |
Rumonge |
Ruyigi |
Total |
|
Vol qualifié |
125 |
102 |
100 |
1 |
86 |
45 |
19 |
|
228 |
119 |
62 |
887 |
|
Assassinat |
2 |
|
26 |
5 |
4 |
1 |
|
1 |
211 |
210 |
2 |
462 |
|
Meurtre |
2 |
34 |
3 |
3 |
1 |
|
1 |
|
104 |
31 |
2 |
181 |
|
Massacre et Pillage |
|
125 |
|
|
8 |
|
|
|
21 |
|
|
154 |
|
Consommation de stupéfiants |
6 |
7 |
24 |
2 |
|
46 |
12 |
|
15 |
6 |
1 |
119 |
|
Participation aux bandes Armées |
10 |
10 |
1 |
|
10 |
1 |
|
|
40 |
30 |
1 |
103 |
|
Atteinte à l'ordre Public |
4 |
3 |
1 |
2 |
4 |
|
3 |
|
31 |
4 |
|
52 |
|
Coups et blessures volontaires |
15 |
1 |
|
2 |
5 |
1 |
|
|
19 |
5 |
|
48 |
|
Viol |
8 |
1 |
4 |
|
2 |
4 |
1 |
|
21 |
1 |
5 |
47 |
|
Destruction méchante |
|
2 |
20 |
|
|
|
5 |
|
12 |
6 |
1 |
46 |
|
Incendie volontaire |
6 |
6 |
|
|
2 |
4 |
|
|
6 |
15 |
5 |
44 |
|
Attentat et Complot |
|
|
16 |
|
|
|
|
|
|
15 |
|
31 |
|
Autres |
28 |
42 |
18 |
11 |
7 |
7 |
17 |
10 |
115 |
16 |
11 |
282 |
|
Total |
206 |
333 |
213 |
26 |
129 |
109 |
58 |
11 |
823 |
458 |
90 |
2456 |
Sources :Statistiques
de la direction générale des affaires pénitentiaires, Ministère de l’intérieur.

Encart 1b : Représentation
graphique agrégée de la distribution des condamnés par chef d’accusation au
25 mars 2000
Encart 2b. : Distribution de la
population des prisonniers en détention préventive au 25 mars 2000
|
Crimes |
Rutana |
Gitega |
Ngozi H |
Ngozi F |
Muramvya |
Muyinga |
Bubanza |
Bururi |
Mpimba |
Rumonge |
Ruyigi |
Total |
|
Vol qualifié |
62 |
194 |
138 |
1 |
88 |
84 |
2 |
142 |
542 |
122 |
103 |
1478 |
|
Attentat et Complot |
|
3 |
1098 |
9 |
|
|
|
2 |
183 |
|
|
1295 |
|
Assassinat |
3 |
|
707 |
6 |
16 |
11 |
4 |
20 |
256 |
6 |
20 |
1049 |
|
Massacre et Pillage |
5 |
951 |
|
|
10 |
6 |
1 |
|
|
|
6 |
979 |
|
Participation aux bandes Armées |
|
39 |
11 |
1 |
6 |
|
10 |
33 |
453 |
195 |
2 |
750 |
|
Meurtre |
1 |
38 |
50 |
1 |
1 |
5 |
1 |
10 |
111 |
2 |
4 |
224 |
|
Consommation de stupéfiants |
1 |
27 |
23 |
2 |
2 |
27 |
3 |
5 |
52 |
6 |
4 |
152 |
|
Coups et blessures volontaires |
6 |
40 |
15 |
|
6 |
3 |
|
14 |
13 |
5 |
6 |
108 |
|
Atteinte à l'ordre Public |
|
|
49 |
1 |
6 |
|
|
5 |
10 |
|
|
71 |
|
Viol |
4 |
5 |
14 |
|
5 |
8 |
|
|
22 |
1 |
6 |
65 |
|
Faux et Usage de Faux |
|
4 |
|
|
|
|
2 |
1 |
51 |
2 |
|
60 |
|
Pillage |
|
7 |
22 |
4 |
|
3 |
|
|
8 |
|
9 |
53 |
|
Autres |
43 |
102 |
24 |
11 |
18 |
10 |
3 |
41 |
151 |
19 |
11 |
433 |
|
Total |
125 |
1410 |
2151 |
36 |
158 |
157 |
26 |
273 |
1852 |
358 |
171 |
6717 |
Sources :Statistiques
de la direction générale des affaires pénitentiaires, Ministère de l’intérieur.
NB : la catégorie
“ Autres crimes ” représente tous ceux qui individuellement sont
comptabilisés pour moins de 1% des chefs d’accusation. Hormis mention
particulière, ce sont : particulière les crimes suivants : Abandon de poste; Abus de confiance; Anthropophagie;
Association de malfaiteurs; Attentat à la pudeur; Attentat et Complot; Aversion
sociale; Avortement; Cheque sans provision; Complot contre la vie du Chef de
l'Etat; Concussion; Corruption; Dénonciation; Désertion; Destruction Méchante;
Détention illégale d'arme à feu; Détournement de Mineurs; Détournement et
concussion; Empoisonnement; Enlèvement; Enlèvement des bornes; Epreuves
superstitieuses; Escroquerie; Evasion de détenus; Extorsion; Faux et Usage de
Faux; Faux témoignage ; Fraudes aux examens; Homicide involontaire; Inceste;
Incendie Volontaire; Infanticide; Ivresse Publique; Mutilation de cadavre;
Manquement à la solidarité Publique; Massacre; Menace; Non assistance à
personne en danger; Outrage; Parricide; Perte d'armes; Pillage; Rébellion;
Recel; Refus de comparution; Stellionat; Tentative d'assassinat; Trahison;
Trompeuse; Usurpation de fonction; Incitation à la débauche; Vol Simple.
Ces chiffres
montrent tout d’abord que les prisons burundaises contiennent probablement
moins de 10 000 détenus. Parmi ceux-ci, l’écrasante majorité est en détention
préventive (plus de 70%) et donc suspecte d’avoir été emprisonnée pour des
motivations politiques, quels que soient les chefs d’accusation officiels.
Ceux-ci indiquent pourtant que la plupart des prisonniers sont détenus pour 'vol
qualifié'. Les crimes commis dans le contexte de violence politique qui a marqué
le pays depuis 1993 représentent officiellement une proportion importante de la
population des condamnés (de 10% à 40% selon les interprétations des chefs
d’accusation) et probablement la majorité des détenus en situation préventive
(de 45% à 60%). Il est ainsi intéressant de souligner que cette population est
dramatiquement réduite dès que les prisonniers ont la possibilité de comparaître
devant le juge et de subir un procès. Ces chiffres confirment ainsi qu’une
large partie de la population carcérale, peut-être jusqu’à 30% des détenus
en situation préventive, ne mérite pas son incarcération.
Les Hutu
qui se retrouvent en prison aujourd’hui et qui constituent la majorité de la
population carcérale sont perçus comme des prisonniers politiques. Etant donné
que les Hutu représentent la grande majorité de la population (estimée à
85%), il n’est pas surprenant qu’ils soient majoritaires chez les
prisonniers. Cependant, l’impunité flagrante dont jouissent de nombreux Tutsi
et la fréquente complicité de la police dans les crimes commis depuis 1993 ont
entraîné une forte politisation de l’appareil judiciaire et la condamnation
d’un trop grand nombre de Hutu.
La majorité de la
population carcérale totale ainsi qu’une large majorité des prisonniers en détention
préventive ont été détenus dans le cadre de la crise politique. Une analyse
conduite en janvier 1999 par la Direction Générale des Affaires Pénitentiaires
(DGAP) a permis d’estimer que 5 551 crimes sur un total de 9 285 étaient
liés à la seule crise de 1993, soit 60% de la population carcérale totale. Si
l’on y ajoute les personnes arrêtées pour des crimes commis dans le cadre de
la guerre civile, le total augmente encore. Etant donné que tous ces crimes ne
sont pas politiques, il est cependant difficile de savoir exactement combien de
prisonniers relèveraient de cette catégorie. Certaines parties du code pénal
traitent pourtant de crimes politiques, tels que la “ rébellion ”
(Titre IV, Chap I) et les “ atteintes à la sûreté de l’état ”
(Titre IX). Cette dernière partie comprend notamment “ les attentats et
complots contre le Chef de l’Etat ”; les “ attentats, complots
et autres infractions contre l’autorité de l’Etat et l’intégrité du
territoire ”; les “ attentats et complots tendant à porter le
massacre, la dévastation ou le pillage ” et “ la participation à
des bandes armées ”.[30] Ces crimes
concernent 38% de la population pénale totale, 47% des prisonniers en détention
préventive et 13% des prisonniers déjà condamnés.
La crise politique
concerne donc la majorité de la population carcérale totale et une grande
majorité des prisonniers en détention préventive. Par exemple, les
prisonniers détenus en vertu des crimes répertoriés aux titres IV et IX sont
dix fois plus nombreux que ceux déjà condamnés, six fois plus nombreux que
les détenus pour massacre et pillage, sept fois plus nombreux que pour “ participation
en bandes armées ” et 41 fois plus nombreux que pour “ Attentats
et Complots ”. Cela signifie que dans certaines prisons, les prisonniers
en détention préventive le sont en grande majorité pour crimes “ politiques ”.
Dans la prison pour hommes de Ngozi par exemple, ces crimes représentent 87%
des cas de détention préventive, qui représentent eux-mêmes 91% de la
population carcérale totale qui s’élève à 2 364 en mars 2000.[31] A Gitega, ils représentent
72% des prisonniers en détention préventive qui représentent eux-mêmes 81%
d’une population totale de 1 740 détenus au même moment.
Les scènes de
violence qui ont régulièrement ponctué l’histoire du Burundi ont profondément
marqué la population. Les Hutu comme les Tutsi sont persuadés qu’ils ont
subi des tentatives délibérées de génocide. Les Hutu gardent à l’esprit
l’année 1972 lorsque, suite à une révolte dans le sud du pays, le régime
du président Michel Micombero lança des représailles massives. Entre 100 000
et 150 000 personnes furent tuées et 150 000 autres forcées à l’exil lors
de ce qui fut à l’époque l’épisode le plus sanglant de l’histoire
africaine moderne. Résolu à décapiter le pouvoir politique de la majorité
mise au pas, le régime a délibérément cherché à éliminer physiquement
tout Hutu éduqué ou semi-éduqué.[32] Les Tutsi
soulignent qu’en 1993, plus de 50 000 Tutsi auraient péri lors des massacres
déclenchés par l’assassinat du président Ndadaye.
Convaincus de son
innocence, chaque parti utilise l’autorité morale que lui confère son statut
de victime pour gagner une ascendance politique. Aux yeux des Tutsi, la vague de
massacres qui a déferlé en 1993 est une tentative de génocide. Ils en veulent
pour preuve le rapport établi en 1996 par la Commission d’Enquête
internationale chargée d’établir les faits concernant l’assassinat du Président
du Burundi, et qui conclut que des actes de génocide ont été perpétrés
contre les Tutsi “ avec la participation de certains militants et
responsables hutu du FRODEBU. ”[33] Toutefois, la
Commission a elle-même reconnu avoir été gênée dans la poursuite de son
enquête et le Conseil de Sécurité n’a pas reconnu son rapport. La
confirmation de la volonté de génocide des Hutu contre les Tutsi a été
cependant confirmée par le génocide rwandais en 1994.
Le FRODEBU et les
partis de dénomination hutu réfutent vigoureusement cette interprétation des
événements de 1993 et affirment que les prisonniers actuellement détenus sont
victimes des officiers tutsi à l’origine de la tentative de coup d’état.
Pour eux, il n’y a jamais eu de volonté d’éliminer les Tutsi. Terrifiée
à l’idée que l’assassinat du président Ndadaye puisse augurer d’une
reprise du programme de massacre anti-Hutu de 1972, la population s’est soulevée
en légitime défense et pour sauver la toute jeune démocratie burundaise. Par
la suite, des événements tels que les assassinats de nombreux hauts
responsables du gouvernement de Ndadaye et les attaques des populations hutu par
l’armée dans tout le pays ont selon eux prouvé que ces craintes étaient
justifiées. Selon un haut représentant du FRODEBU, “ les perpétrateurs
de génocide n’ont pas agi sur l’ordre du parti. Le parti n’endosse pas la
responsabilité ni la faute…. il n’existe pas de faute collective du FRODEBU
sur les tueries de 1993 ni de mobilisation pour sa perpétration. ”[34]
Ces violences cycliques ont été favorisées par
l’impunité dont jouissaient leurs auteurs. Aucun parti n’a voulu admettre
la culpabilité de ses membres. Protégés par la police, les dirigeants tutsi
qui ont orchestré les massacres de 1972, les
répressions de la population en 1988, 1991 et 1993 pour le compte de
l’Etat et le nettoyage ethnique de Bujumbura entre 1994 et 1995 demeurent hors
d’atteinte. La même vérité s’applique à de nombreux dirigeants du
FRODEBU qui, forcés à l’exil, condamnent les emprisonnements politiques tout
en essayant de négocier leur amnistie à Arusha. Mais la question de la
responsabilité est trop importante pour le processus de paix pour être ignorée.
Aucune réconciliation durable entre les parties ne sera possible sans les
moyens nécessaires pour attribuer les responsabilités, évaluer les peines et
assurer la pérennité de l’état de droit et c’est la raison pour laquelle
a été créée la Commission d’Enquête au sein de la Première Commission
qui commencera son travail après la signature d’un accord de paix.
En attendant, la
question des prisonniers risque de faire échouer les négociations. Les
positions divergentes de chaque partie en ce qui concerne la culpabilité et la
justice sont alimentées par des interprétations opposées de la responsabilité
du sang versé lors des vagues de violence et pourraient se révéler
inconciliables si elles demeurent ouvertes à l’exploitation politique. Il
faut donc trouver un moyen de désamorcer le problème avant que les chances
d’aboutir à un accord de paix ne soient perdues. Le gouvernement aura pour
cela besoin de courage car il devra oser la clémence. Il s’agit du seul geste
qui puisse amener, voire même forcer, les rebelles à proposer un cessez-le-feu.
Mais le gouvernement ne porte pas seul la responsabilité de l’arrêt de la
guerre et il ne prendra pas le risque d’aliéner ses sympathisants s’il
n’a aucune garantie en retour.
La question de la culpabilité constitue le noyau même
du conflit entre les deux ethnies hutu et tutsi du Burundi. La politique est
omniprésente dans le fonctionnement des institutions judiciaires du pays.
Chaque partie engagée dans les négociations de paix qui se déroulent
actuellement à Arusha possède son propre point de vue sur le caractère du
système. De plus, chaque partie utilise avec véhémence son interprétation
comme arme tactique dans le débat politique. On peut distinguer trois points de
vue : celui du gouvernement, celui des partis d’opposition tutsi et celui des
partis hutu. Pour les premiers, les imperfections du système sont dues à un
manque de ressources plutôt qu’à une partialité institutionnalisée. Pour
les seconds, le régime utilise les instruments du système pénal pour harceler
les opposants politiques qui représentent une menace pour le pouvoir. Pour les
troisièmes, c’est le système de pouvoir monoethnique qui a créé un système
de justice politisée dans lequel certains jouissent de l’impunité de leurs
crimes tandis que d’autres subissent des peines injustifiées. Ces trois
interprétations sont partiellement correctes et elles sont également toutes
les trois mises au service d’une cause politique.
Sous la pression de
Nelson Mandela, le gouvernement a répondu par un argumentaire à base
technique, conçu pour servir ses intérêts en dépolitisant la question de la
justice. Critiqué par l’opposition tutsi en raison de son échec à défendre
la minorité contre des tentatives d’élimination par la majorité, Buyoya
doit poursuivre la ‘lutte contre l’impunité’ qu’il a commencée en
1996. Il doit en même temps réhabiliter son image auprès de la communauté
internationale, de celle d’un chef militaire putschiste à celle d’un
dirigeant modéré, le seul à pouvoir jeter un pont entre les Hutu et les
Tutsi. Cet exercice demanderait de sa part de sérieux efforts pour réformer le
système pénal et garantir l’impartialité des décisions des tribunaux.
Le gouvernement nie
en bloc l’existence de prisonniers politiques dans le pays. “ Selon la
doctrine et la jurisprudence, est prisonnier politique, la personne privée de
sa liberté pour des raisons politiques. Dans ce sens, il n’y a pas de
prisonniers politiques dans les 11 prisons du Burundi. ”[35] En contrepartie,
le gouvernement maintient que le problème est dû à une recrudescence de la
violence à laquelle le système judiciaire n’était pas préparé. Ayant
perdu toute signification dans le chaos qui suivit les massacres de 1993, les
tribunaux pénaux avaient en fait cessé de fonctionner. Les procureurs avaient
peur pour leur vie et ne pouvaient instruire les affaires alors que les juges ne
pouvaient rendre des décisions impartiales. Cependant, les arrestations
massives qui eurent lieu entre temps ont rempli les prisons nationales. Par conséquent,
lorsque les institutions pénales reprirent leur activité au début de l’année
1996, leur travail s’en trouva inévitablement ralenti.
Conscient des
faiblesses du système, le gouvernement déclare avoir fait de sérieux efforts
pour l’améliorer. Choisi en partie en raison de la crédibilité qu’il
avait acquise avec le FRODEBU à la tête de la commission électorale en 1993,
Térence Sinunguruza fut nommé Ministre de la Justice en 1997. Il travaille
depuis à la dépolitisation de l’appareil judiciaire. Les poursuites
entreprises contre les dirigeants de l’opposition furent abandonnées faute de
preuves suffisantes. C’est avec lui que travaille depuis décembre 1998 le
nouveau procureur général pro-FRODEBU, Gérard Ngendabanka.[36] Ensemble, ils ont
contribué au règlement des affaires en attente de jugement en renforçant
l’action des procureurs chargés d’achever en priorité les instructions.[37] En janvier, huit
magistrats ont été envoyés à Ngozi pour soutenir le travail du tribunal le
plus lent avec pour objectif de régler toutes les affaires criminelles d’ici
les congés de la magistrature en août 2000.[38] En avril, 6
magistrats supplémentaires ont été dépêchés à Gitega avec la même
mission. Afin de résoudre le problème de l’incapacité des tribunaux à
rendre des jugements, les séances des cours d’appel passeront prochainement
de un à deux mois.
De même, le
gouvernement a œuvré à la mise en place d’une réforme plus durable avec
l’instauration en janvier 2000 d’un nouveau code pénal interdisant la
torture, accordant aux prisonniers le droit à un avocat lors de l’arrestation
et limitant la période de garde à vue à 14 jours.[39] Les autorités qui
enfreindraient ces règlements sont déclarés passibles de poursuites. En ce
qui concerne les détentions préventives, les nouvelles procédures pénales
limitent sa durée : ” La détention préventive ne peut dépasser
douze mois si le fait paraît ne constituer qu’une infraction à l’égard de
laquelle la peine prévue par la loi n’est pas supérieure à cinq ans de
servitude pénale. ”[40] Cela signifie
qu’à partir du 1er janvier 2000, les prisonniers en détention préventive
sous un large éventail de chefs d’accusation, y compris celui de “ rébellion ”,
(Titre IV, Chap I) pourront prétendre à une mise en liberté conditionnelle.[41] En janvier, deux
cent prisonniers en détention préventive furent effectivement libérés, ce
qui, des paroles mêmes du procureur général Ngendabanka, signifie que “ la
détention préventive est une exception tandis que la liberté est la règle. ”[42]
Résolu à rester en place, le président Buyoya
s’accroche instinctivement aux commandes du pouvoir que représente
l’appareil judiciaire. Qui plus est, il est en cela soutenu par
l’autoritarisme intéressé de l’UPRONA et de l’armée, deux groupes
effrayés par la perspective de perdre leur emprise sur la société. Pour cela
il doit néanmoins parvenir à un équilibre entre les exigences de son assise
politique et les exigences de la communauté internationale. Il doit se faire
simultanément le défenseur des Tutsi contre le génocide tout en présentant
aux Hutu une image de modération, garant d’une justice impartiale.
Pour Buyoya comme pour tous les participants au
processus de paix, la plus grande menace vient de la tentation d’agitation
radicale de la part de l’opposition tutsi. Ainsi, le gouvernement a parfois
manipulé l’appareil judiciaire afin de saper le PARENA, le parti de
l’ancien président Jean-Baptiste Bagaza ainsi que l’aile de l’UPRONA
dirigée par Charles Mukasi. Mais en dépit de leurs plaintes retentissantes,
ces groupes profitent en fait de la répression à laquelle ils sont confrontés.
L’apparente préoccupation affichée à leur égard par le gouvernement leur
donne une certaine crédibilité. L’aile Mukasi de l’UPRONA utilise cette
attention pour se poser en menace au processus de paix et par conséquent comme
élément indispensable à ce processus. De la même façon, le PARENA profite
de la répression pour dénoncer le caractère répressif et illégitime du
gouvernement de Buyoya.
Le PARENA prétend
également avoir été victime de la répression officielle, entre autres de
deux accusations de complot pour renverser le président qui ont entraîné des
arrestations massives et des grands procès. Un document du parti sur l’un de
ces épisodes expose le raisonnement suivant : “ Le gouvernement
n’ayant plus rien à proposer à la population, il lui fallait trouver quelque
chose d’autre pour l’occuper et surtout la distraire de ses vraies préoccupations. ”[43] En mars 1997, dix
personnes parmi lesquelles Bagaza ainsi que d’autres grands dirigeants du
parti, furent accusées d’être responsables d’une série d’explosions de
mines à Bujumbura et de participation à une conspiration visant à assassiner
le président. Le procès qui s’en suivit fut marqué par des accusations de
torture et d’irrégularités judiciaires. Autorisé à quitter le pays, Bagaza
lui-même n’est plus en danger mais ses lieutenants attendent encore la décision
de la Cour Suprême, pressentie par tous comme un verdict de culpabilité.
Il semblerait
qu’un autre coup d’Etat ait été monté en décembre 1998 lorsqu’une
bande armée fut appréhendée par les autorités près de la frontière
rwandaise dans la province septentrionale du Cibitoke. D’autres membres du
PARENA furent arrêtés à Bujumbura.[44] Lors du procès
qui suivit, les preuves apportées concernaient les actions d’un certain Moïse
qui aurait orchestré le complot mais dont la véritable identité est demeurée
obscure. En appel du verdict, un des avocats de la défense souligna le manque
de preuves :
“ Comment la
cour peut se baser sur les dires d’un témoignage d’une personne inconnue
qui ne s’est pas présentée devant le Magistrat instructeur, qui ne s’est
pas présentée devant la cour, dont ne connaît ni le Nom, ni le nom du Père,
ni le nom de la Mère, ni la Résidence, et dont faute d’éléments
l’identifiant, n’a été poursuivi, alors que tout le Procès tourne autour
de ce ‘Monsieur Moïse’ comme un vrai FANTOME. ”[45]
Malgré ce vice de
forme fondamental dans le procès, vingt-trois des vingt-cinq suspects furent déclarés
coupables et condamnés à quinze ans de prison. La Cour Suprême devrait rendre
son verdict en appel incessamment.
Le PARENA utilise
ces épisodes pour remettre en question la légitimité du gouvernement en dénonçant
sa détermination à éliminer l’opposition politique. En l’occurrence, en
ce qui concerne la première accusation de complot, le parti affirme que “ le
complot contre la vie du chef de l’Etat et la pose des mines antichars rejetés
gratuitement et méchamment sur le PARENA n’est que l’expression d’une
haine politique. Le gouvernement issu du coup d’Etat du 25.7.1996 voulait tout
simplement décapiter et écarter le PARENA de la scène politique. ”
[46] Cependant, tout
comme pour l’aile Mukasi de l’UPRONA, l’image de victime d’une répression
officielle confère au parti une légitimité morale ainsi qu’une crédibilité
politique.
Les partis à
dominance hutu rejettent en bloc la défense du gouvernement selon laquelle
l’appareil judiciaire burundais est débordé. Ils dénoncent au contraire la
partialité inhérente de ses tribunaux et leur utilisation de manière
flagrante par le régime à son avantage politique. Toutefois, convaincus d’être
en position d’hériter le pouvoir, les partis hutu s’efforcent actuellement
de se débarrasser de leur étiquette ethnique. Dernièrement, le FRODEBU a
discrètement pris ses distances d’avec les perpétrateurs des crimes de 1993
issus de ses rangs. Un de ses dirigeants a même déclaré à ICG que les
responsables des massacres de 1993 devaient être punis.[47] Tout en étant
principalement destinée à s’opposer à Buyoya, la récente adhésion du
FRODEBU à l’ANAC lui sert également à modérer son image. En effet les
leaders du parti comptent qu’un rapprochement avec des supposés “ extrémistes
tutsi ” mettra fin à la diabolisation du FRODEBU comme parti hutu et
participera à leur “ rédemption ” aux yeux de la Facilitation
mais aussi des Tutsi désireux de changement.
En fait, une récente déclaration du parti a même reconnu le statut de
prisonniers politiques aux membres du PARENA accusés d’avoir tenté de
renverser le gouvernement. “ Les nuages ayant entouré ces affaires où
on voit l’implication des services secrets (documentation) et autres services
de l’Etat montrent qu’il s’agit de discréditer un parti et un homme
politique. Le dossier est donc politique. ”[48] Avec plus de
cynisme toutefois, nombreux sont ceux au sein des partis hutu et des dirigeants
de l’opposition à espérer compromettre les poursuites dont ils pourraient
faire l’objet pour des actes commis lors de la crise. Amener la question des
prisonniers politiques au premier plan des négociations d’Arusha obligera à
des négociations sur le futur système judiciaire préalable à la création
d’une commission d’enquête.
La position du FRODEBU n’a pas toujours été aussi
modérée. Il y a un an, un militant du parti, qui se trouve également être un
des rares avocats hutus, a énoncé le point de vue courant du FRODEBU :
“ Les
prisons burundaises, qui ne disposent que d’une capacité d’accueil de 3 000
détenus, comptent plus de 11 000 prisonniers dont au moins 80% sont en détention
préventive. La quasi-totalité de ces derniers appartiennent aux partis
politiques qui luttent pour l’instauration de la démocratie au Burundi. Les
plaintes déposées par les membres de ces partis demeurent toujours sans suite
de la part de la justice burundaise à cause de sa composition monoethnique. ”[49]
Les partis défendant
les intérêts hutu soutiennent également que malgré l’évidente culpabilité
de nombreux Tutsi dans les effusions de sang, il n’en est quasiment aucun qui
soit comparu en justice. Pour eux, le procès des personnes accusées d’avoir
tenté d’assassiner le président Ndadaye constitue une tentative de
justification des poursuites à l’encontre des prisonniers hutu. 81 personnes
furent inculpées, parmi elles le lieutenant-colonel Charles Ntakije, le
lieutenant-colonel Bikumagu, respectivement Ministre de la Défense et Chef
d’Etat-major des Armées de l’époque, le Lieutenant Colonel Isaie Nibizi,
Commandant de caserne et responsable de la sécurité du président et François
Ngeze, politicien hutu de l’UPRONA, qui aurait été choisi futur président
par les comploteurs du coup d’état. L’accusation faisait état d’” une
tentative de coup d’Etat, qui a débuté dans la nuit du 20 au 21 Octobre
1993, a mobilisé des officiers, des sous officiers, des caporaux et des hommes
de troupe de la garnison de Bujumbura et s’est soldée par la mort du Chef de
l’Etat, des hautes personnalités politiques avec comme conséquence des
tueries et une crise grave qui frappe encore le pays. ”[50]
Le procès fut
toutefois entaché d’irrégularités et l’enquête sur les hauts
fonctionnaires impliqués dans l’affaire fut largement critiquable. Des témoins
clés tels que le lieutenant-colonel Jean Bosco Daradangwe, à l’époque
Directeur Général des Communications au Ministère de la Défense, ne furent
pas appelés à la barre tandis que d’autres périrent dans des circonstances
obscures. Trois soldats impliqués dans l’affaire furent tués lors,
semble-t-il, d’une tentative d’évasion de la prison de Mpimba en décembre
1995. Etrangement, il n’y eut pas non plus d’enquête sur la mort des
Colonels Lambert Sibomana et Dieudonné Nzeyimana, tous deux officiers des
renseignements sous Ndadaye et tous deux au courant de la préparation du coup
d’état. De même, le Président de la Cour Suprême mit brusquement un terme
au procès lorsqu’il devint évident que son déroulement menaçait de dévoiler
les comploteurs du complot.[51] Sur le total des
inculpés, seuls vingt-huit furent déclarés coupables et aucun au-dessus du
grade de Lieutenant. Cinq furent condamnés à mort, six à vingt ans
d’emprisonnement, deux à dix ans et un écopant de treize ans. Les quatorze
restants furent condamnés à un an avec sursis.
Bien avant le résultat
de la procédure, il n’est pas surprenant que les FCD aient qualifié le procès
de mise en scène destinée à protéger les responsables de la mort du Président
Ndadaye. Dans la Déclaration générale du deuxième congrès ordinaire du
parti, le FRODEBU dénonça ce procès, le qualifiant d’” occasion que
les tenants du pouvoir se sont donnée pour voiler les responsabilités de
certains d’entre eux ”.[52] Le parti rebelle
du Conseil National pour la Défense de la Démocratie (CNDD) fit preuve d’une
égale virulence dans un mémorandum publié après que le jugement fut prononcé.
“ Depuis l’assassinat du premier Président élu, Melchior Ndadaye, cet
appareil judiciaire n’a jamais inquiété les véritables auteurs du putsch
sanglant. Quelques lampistes ont été sommairement jugés et condamnés lors
d’une parodie judiciaire. ”[53]
Selon eux, la
raison d’un tel verdict tient au caractère monoethnique de l’appareil
judiciaire. La Cour Suprême est composée à 90% de Tutsi[54] et, des trois
chambres des cours d’appel, il n’est qu’à Bujumbura que sur dix-huit
magistrats on trouve deux Hutu. Les juges siégeant aux tribunaux de grande
instance ainsi que dans les tribunaux immédiatement en dessous des cours
d’appel sont à 100% tutsi. Ce n’est que dans les strates subalternes de
l’appareil judiciaire burundais, les tribunaux de résidence, que l’on
trouve une majorité de juges hutu. Ainsi, depuis l’indépendance, les
responsables des violences commises à l’encontre des Hutu jouissent de
l’impunité de leurs crimes. Ce fut notamment le cas pour ce qui est de
l’assassinat du Premier Ministre hutu Pierre Ngendandumwe en 1965 puis à
nouveau lors des massacres de 1965, 1969 et 1972. De la même façon, les
officiers militaires tutsi, les dirigeants de la police et des partis politiques
tutsi organisateurs des milices responsables des campagnes de “ ville
morte ” de la purification ethnique de Bujumbura de ses habitants hutu en
1994 et 1995 demeurent hors d’atteinte. Par contre, le système judiciaire a
poursuivi sans relâche les Hutu pour des motifs des plus futiles. Une fois dénoncés
pour participation ou soutien aux violences de 1993 ou de l’insurrection qui
suivit, les malchanceux sont placés en détention préventive pendant des années
avant qu’un procès leur donne l’occasion de prouver leur innocence. Pour
finir, avec des milliers de militants en prison, les FCD doivent porter l’étiquette
politique de partis “ génocidaires ” inaptes à gouverner le
pays.
Le débat sur les
“ prisonniers politiques ” menace de faire dérailler les négociations
de paix car il s’agit d’un débat sur la responsabilité dans le bain de
sang qui a ravagé le Burundi. Aucun dirigeant ne veut admettre une quelconque
responsabilité qui les empêcherait de prétendre au pouvoir politique pendant
ou après la transition. Par conséquent, chaque parti se présente en victime
de l’accusation infamante des autres. Le gouvernement s’efforce d’apparaître
apolitique sur la base d’un argumentaire technique qui par sa nature même
criminalise le FRODEBU. L’opposition radicale tutsi s’accorde sur la
culpabilité des Hutu tout en s’avançant en victime de la répression
politique du gouvernement. Quant aux partis à d’obédience hutu, ils tentent
de se blanchir de toute responsabilité dans les massacres de 1993.
Il est cependant à la fois dangereux et
irresponsable d’essayer de tirer quelque avantage politique du problème déjà
sensible de la justice. Le Burundi ne compte pas dix mille prisonniers
politiques. Un grand nombre des prisonniers détenus pour crimes “ politiques ”
sont en fait coupables de cruautés atroces. De plus, le refus des FCD de
reconnaître les améliorations apportées au système pénal depuis 1996 sape
encore plus un élément fragile mais d’une importance critique dans la société
burundaise : la crédibilité du système judiciaire. La dénonciation
constante d’un système monoethnique qui ne peut dispenser une justice
impartiale pour les deux principaux groupes ethniques risque de se concrétiser
car, si les juges tutsi d’aujourd’hui ne rendent pas une justice équitable,
quelles raisons peut-on avoir d’espérer une meilleure justice de la part des
juges hutu de demain ?
Quoiqu’il en soit,
le système actuel est effectivement monoethnique et dangereusement vulnérable
face aux tentations d’une justice ethnique sommaire. Bien que les pressions
actuelles pour rendre des verdicts de culpabilité semblent se limiter aux procès
de complots supposés pour renverser le président, cela ne signifie pas que
l’appareil judiciaire burundais soit indépendant de toute influence. Mal payés,
les juges craignent qu’une décision impopulaire n’entraîne leur suspension
ou leur mutation pour une région éloignée de chez eux et de leur famille. Qui
plus est, les juges sont soumis aux pressions et à la virulence de la société
dans laquelle ils exercent. Dans une période de tension politique, toute décision
intègre de la part d’un juge peut entraîner un ostracisme social ou de
violentes représailles. Les premiers procès de 1996 se sont déroulés dans un
climat de sérieuses tensions politiques et ethniques qui ne pouvaient
qu’atteindre l’immense majorité des juges tutsi. Sur les 150 affaires traitées
lors de ses deux premières sessions, le tribunal a prononcé 89 peines de mort
et 36 condamnations à perpétuité.[55]
Au stade actuel du
débat, si les parties souhaitent la réussite des négociations d’Arusha,
elles doivent renoncer à la tentation de jouer le sort de la justice nationale
sur l’échiquier politique. On peut entrevoir des signes encourageants de
cette éventualité à la fois de la part du gouvernement et des parties défendants
les intérêts hutu. La réforme du code pénal fut une mesure vitale qui doit
être maintenue. De même, la modération de la rhétorique du FRODEBU sur les
prisonniers politiques constitue une amélioration opportune. Il reste toutefois
beaucoup à faire et la paix ne sera pas possible sans la prise délibérée de
mesures de la part de toutes les parties en témoignage de leur bonne foi. Le
gouvernement ne peut pas libérer tous les prisonniers sans fragiliser
l’avenir de l’état de droit mais doit néanmoins en libérer une partie. Il
est impossible de libérer des prisonniers accusés de crimes de sang sans
risquer de déclencher une résurgence des violences ethniques, mais le
gouvernement pourrait libérer les prisonniers inculpés des crimes répertoriés
au Titre IX du code pénal. De plus, avec le soutien de la communauté
internationale, il serait possible d’achever l’instruction des dossiers du
reste des prisonniers en détention préventive et de libérer ceux dont les
dossiers ne contiennent pas de preuves suffisantes. Par le geste que représentent
ces mesures, le gouvernement prouverait sa volonté de paix.
Mais le
gouvernement n’est pas le seul à devoir prouver sa volonté d’arriver à un
accord de paix ; ses opposants hutu ont la même responsabilité. Dans l’éventualité
d’un accord de paix, le FRODEBU doit être conscient qu’il a de grandes
chances d’hériter des rênes du pouvoir et doit par conséquent fournir dès
aujourd’hui de très solides garanties à la minorité tutsi plutôt que de
donner dans la surenchère au cours des négociations. Dans le même temps, la rébellion
doit affirmer sa volonté de proclamer un cessez-le-feu en échange d’une démonstration
de bonne foi de la part du gouvernement telle qu’elle est décrite au
paragraphe précédent.
En fin de compte,
le débat sur les prisonniers politiques est trompeur en ce qu’il ne fait
qu’esquiver la question plus fondamentale de l’impunité politique et
ethnique. Pour parvenir à une paix durable, le Burundi doit en finir avec le
passé, ce qui nécessite à la fois justice et clémence. Ceux qui sont encore
en liberté sont plus importants que ceux qui sont emprisonnés. Le Burundi est
un petit pays où les crimes ont été commis au vu et au su de tous. Les
coupables ne peuvent pas se cacher, leur identité est connue de tous. Beaucoup
de jeunes Hutu voient se promener dans la rue les auteurs impunis des crimes de
1972 qui leur ont peut être volé un père , un frère ou une terre. De même
pour beaucoup de Tutsi, le fait de voir certains politiciens FRODEBU réhabilités
est insupportable : pour eux ces gens ont commandité l’assassinat de
leur proches et leur installation permanente dans des camps de déplacés. Mais
la justice doit d’abord passer par la paix et, au minimum, les prisonniers
politiques n’ayant commis aucun crime de sang devraient aujourd’hui être
libérés.
[1]
IRIN, “ Burundi : FDD Ready to go to Arusha “, 21 Mars 2000.
Traduction libre de "Nothing is possible as long as people who voted
for democracy are in jails… We shall go to Arusha once those things have
been done."
[2]
Discours du Président Mandela devant l’Assemblée Consultative du 27 mars
2000 à Arusha. Traduction
libre de " Innocent people are languishing in jail, simply because they
do not agree with the Head of State…. That is a situation that I find
totally unacceptable,… I can't control my feelings when I know that so
many people are languishing in jail."
[3]
IRIN, “ Burundi: Mandela raps Buyoya over political prisoners “,
1er avril 2000. Traduction libre de "I cannot tolerate any regime which
imprisons people for ideas" Mandela told a group of parliamentarians in
London in April. "The existence of prisoners of conscience in Burundi
is common knowledge… Unless President Buyoya acknowledges that fact, he
can have no credibility within the international community."
[4]
IRIN, “ Burundi: Release of 'Political Prisoners' discouraged ”,
5 avril 2000. Traduction libre de "without specifying the nature of
their charges, he has placed himself, no doubt unconsciously, on the side of
those who want impunity from crimes."
[5] AFP, “ Pas de prisonniers politiques au Burundi, selon le gouvernement ”, 8 mai 2000.
[6] Interview ICG, Bujumbura, 16 mai 2000.
[7]
Discours du Président Mandela devant l’Assemblée Consultative du 27 mars
2000 à Arusha. Traduction
libre de "They came to me with conditions, difficult conditions, which
would make a meeting [with the government] very difficult", he related
to the assembled delegates. "But I said to them, 'This is not the way
leaders who want unity, who want peace, behave. You must withdraw these
conditions (…). They immediately withdrew those conditions and they are
coming here in April as people who are committed to peace and who want to
ensure that the crisis that exists in Burundi is addressed seriously and
resolved."
[8] IRIN, “ Burundi : FNL commander sets out peace conditions “, 11 mai 2000.
[9] Emsie Ferreira, “ Mandela annonce la libération des Burundais en camps de regroupement ”, AFP, 7 juin 2000.
[10] Fondation Hirondelle, “ Mandela steps up pressure for Burundi to
Release Political Prisoners “, 13 juin 2000. Traduction libre de
"Even people who may have killed a president will be described as a
political prisoner if they committed that offence in promoting the
objectives of their political community (…). If we are serious about
bringing peace, all political prisoners must be released so that they may
take part in the search for peace (…). "I have never seen human
beings living under such conditions (…). I have not recovered from that
shock. I will not recover until I see that the leadership here is taking
responsibility on their shoulders to release those people from such
conditions."
[11] Répertoriés par catégories de crimes, le bureau du Directeur Général des Affaires Pénitentiaires n’a pu faire état que de 6717 détenus alors qu’il en compte 6768. Cette différence de 51 détenus est mise sur le compte d’une erreur de calcul de la part des directeurs de prison. Bureau des Affaires Pénitentiaires. Mémorandum. “ La Situation Carcérale du Burundi au 25 mars 2000 ”; interview ICG, Bujumbura, 17 mai 2000.
[12] Interviews ICG, Bujumbura, 10 mai 2000.
[13] Amnesty International, "Burundi: Justice on Trial", 30 juillet 1998, p. 13.
[14] Ligue Burundaise des Droits de l’Homme Iteka. “ Aux confins de l'espoir et désespoir: Le Burundi à la croisée des chemins ”. Rapport Annuel sur les Droits de l’Homme édition 1999, Bujumbura, avril, 2000, pp. 58-60.
[15]
United States. Department of State. Burundi
Human Rights Practices, 1994., février, 1995.
[16] Nations unies. Conseil Economique et Social. Commission des Droits de l’Homme. 52ème Session. "Initial Report on the human rights situation in Burundi submitted by the Special Rapporteur, Mr. Paulo Sergio Pinheiro, in accordance with Commission resolution 1995/90." E/CN.4/1996/16/Add.1, para. 26. 27 février 1996.
[17] Nations unies. Conseil Economique et Social. Commission des Droits de l’Homme. 53ème Session. "Second report on the human rights situation in Burundi submitted by the Special Rapporteur, Mr. Paulo Sergio Pinheiro, in accordance with Commission resolution 1996/1." E/CN.4/1997/12, para. 31. 10 February 1997.
[18]
République du Burundi. Cabinet du Président. Décret-Loi N. 1/06 du 13
mars 1992 portant promulgation de la constitution de la République du
Burundi. Art 17.
[19]
Amnesty International. "Burundi: Justice on Trial", 30 Juillet
1998, p.12.
[20] Association Burundaise pour la Défense des Droits des Prisonniers. “ Rapport Annuel 1998 ”, vol 2, Bujumbura, 1999.
[21] Ligue Burundaise des Droits de l’Homme Iteka, op. cité, Annexe III.
[22] République du Burundi. Services du Premier Ministre. Convention du Gouvernement et ses Annexes: 10 septembre 1994 - 09 juin 1998.
[23] République du Burundi. Cabinet du Président. Décret-Loi N. 1/001/96 du 13 septembre 1996 portant organisation du système institutionnel de transition.
[24]
Nations unies. Conseil Economique et Social. Commission des Droits de
l’Homme. 52ème
Session. "Initial Report on the human rights situation in Burundi
submitted by the Special Rapporteur, Mr Paulo Sergio Pinheiro, in accordance
with Commission resolution 1995/90" , 14 novembre 1995. Traduction
libre de "The Special Rapporteur is nevertheless extremely concerned by
the information he received, which indicates that the commissions include
persons who took part in the massacres and that they have deliberately
failed to investigate complaints filed by Hutus and gives preference to
complaints by Tutsi."
[25]
Nations unies. Conseil Economique et Social. Commission des Droits de
l’Homme. 53ème
Session. "Second report on the human rights situation in Burundi
submitted by the Special Rapporteur, Mr. Paulo Sergio Pinheiro, in
accordance with Commission resolution 1996/1." 10 février 1997.
Traduction libre de "For the most part, these persons appear to have
been arrested by security officers without arrest warrants or by means of a
simple report of arrest and held arbitrarily, often for more than a year
without ever being brought before a judge; nor do they seem to have had
access to a lawyer to prepare their defense. The Special Rapporteur was
dismayed to learn that many prisoners appear to have undergone cruel,
inhuman or degrading treatment, and have not even been properly fed, when
held in army or police communal cells before being transferred to a prison.
Some prisoners who were apparently violently beaten when they were held in
the cells are reported as having died shortly after arrival in prison. In
the last few months, Muyinga prison has allegedly had as many as 15 deaths
of this type every month."
[26] Depuis 1998 le Ministère de la Justice dispose d’un budget annuel de 2,5 milliards de Francs Burundais (un peu plus de 4 millions de dollars), dont la moitié est consacrée aux prisons, cf. Tony Jackson, "Justice in Burundi: Situation Report", International Alert: June 1999.
[27] United States. Department of State. Bureau of Democracy, Human Rights, and Labor. Burundi Country Report on Human Rights Practices for 1996. 30 janvier 1997.
[28] Ibide ».
[29] Ligue Burundaise des Droits de l’Homme Iteka, op. cité, p. 23.
[30] République du Burundi. Bulletin Officiel du Burundi no. 6/81. “ Décret loi n. 1/6 du 4 Avril 1981 portant réforme du code Pénal. ” 277, 292-297.
[31] Le Rapporteur Spécial du Burundi, Marie-Thérèse A. Keita Bocoum a calculé que 90% des détentions préventives de la prison pour hommes sont liées à la crise politiques. Voir Nations unies. Conseil Economique et Social. Commission des Droits de l’Homme. “ Question de la Violation des Droits de l’Homme et des Libertés Fondamentales, où qu'elle se Produise dans le Monde ” (10 août 1999). Les calculs de l’ICG sont basés sur les données du Bureau des Affaires Pénitentiaires “ La Situation Carcérale du Burundi au 25 Mars 2000. ”
[32]
René Lemarchand, cité par Zdenek Cervenka et Colin Legum. “ Can
National Dialogue Break the Power of Terror in Burundi?: Report on the
impact of the international conference National Dialogue held in Bujumbura
on May 15-18 on Burundian efforts to restore democratic process in the
country ” Current African
Issues 17, 1994, p. 10.
[33] Nations unies, “ Lettre adressée au président du Conseil de sécurité par le secrétaire général le 25 juillet 1996” 5/1996/682.
[34] Interview ICG, Bujumbura, 3 mai 2000.
[35] République du Burundi. “ Note sur les préoccupations exprimées sur les questions relatives au fonctionnement actuel des partis politiques, aux prisonniers dits politiques, à la situation dans les sites de protection ainsi qu'au fonctionnement actuel de la presse ”, Bujumbura, mimeo, avril 2000.
[36] Burundi-Bureau “ Burundi-Justice: Le Procureur Général Jean Bosco Butasi cède sa place et tous les dossiers brûlants ”, Brève Nouvelle No. 222. 15 décembre 1998.
[37] Interview ICG, Bujumbura, 3 mai 2000; République du Burundi. “ Note sur les préoccupations exprimées sur les questions relatives au fonctionnement actuel des partis politiques, aux prisonniers dits politiques, à la situation dans les sites de protection ainsi qu'au fonctionnement actuel de la presse ”, Bujumbura, avril 2000.
[38] Entre 1996 et 1999, les chambres criminelles de la Cour d’Appel a rendu 384 verdicts alors que Bujumbura et Gitega en ont prononcé respectivement 588 et 678. Ligue Burundaise des Droits de l’Homme-Iteka, op. cité, Annexe IV.
[39] République du Burundi. Cabinet du Président. Loi n. 1/015 du 20 juillet 1999 portant réforme du code de procédure pénale.
[40] République du Burundi. Cabinet du Président. Loi n. 1/015 du 20 juillet 1999 portant réforme du code de procédure pénale. Article 75.
[41] Les autres crimes comprennent “ coups et blessures volontaires ”, “ voies de fait ”, “ homicide involontaire ”, “ vol simple ”, “ extorsion de fonds, objets, billets ”, “ abus de confiance ”, “ escroquerie ”, “ recel ”, et “ faux témoignage ”.
[42] AFP, “ Burundi-Justice: Le Burundi libère plus de 200 détenus en vertu d'un nouveau code ”, 2 février 2000.
[43] Parti PARENA. “ Le PARENA victime d'un scandale politico-judiciaire orchestré par le pouvoir ”, Bujumbura, mimeo, 20 décembre 1999), 5.
[44] “ Burundi-Justice: Arrestation d'un officier supérieur ”, Bureau du Burundi, 29 janvier 1999.
[45] Requête introductive de pourvoi en cassation pour Diomède NZOBAMONA représenté par Maître Fabien Segatwa. 7 April 2000.
[46] Parti PARENA. “ Le PARENA victime d'un scandale politico-judiciaire orchestré par le pouvoir ” (Bujumbura: 20 décembre 1999, p. 15.
[47] Interview ICG, Bujumbura, 3 mai 2000.
[48] Parti Sahwanya-FRODEBU. Bureau du Secretaire Général. “ Déclaration N. 004/2000 du Parti Sahwanya-FRODEBU ”, Bujumbura, 13 mai 2000.
[49] Maître F. Segatwa and M.Fulgence Dwima Bakana. “ Problématique du respect des Droits de l’Homme dans le système judiciare du Burundi: Cas des prisonniers politiques ”, Bonn, 15 juin 1999, p. 1. Cité dans Centre d'Analyse et d'Action pour le Burundi. “ Burundi: Quand le génocide et des crimes contre l'humanité deviennent un 'fonds de commerce' ”, Bruxelles, novembre 1999, pp. 10-11.
[50] République du Burundi. Ministère de la Justice. Cour Suprême. Signification de l'arrêt RPS 38, 11eme feuillet.
[51] Amnesty International, "Burundi: Justice on Trial", 30 juillet 1998, pp. 6-7.
[52] “ Déclaration générale du deuxième congrès ordinaire du Parti Sahwanya-FRODEBU ” III.2.39.
[53] Conseil National pour la Défense de la Démocratie. “ Mémorandum sur la Crise Burundaise ”, mimeo, juin 1999, p. 35.
[54] Burundi Bureau. Dossier d'Analyse Numéro 18, 20 août 1999.
[55] Nations unies. Assemblée générale. 51ème Session. “ Situation des Droits de l’Homme au Burundi ”. 7 octobre 1996.