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PARIS-DIVERS Un jeune burundais agressé à Paris pour "paraître tutsi"
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Un sujet belge d' origine burundaise a été agressé vendredi soir dans un bar restaurant congolais, dans le quartier de Château Rouge, dans le Nord parisien, a constaté un correspondant de In-Afrique Médias. Selon des témoignages recueillis sur place, l' agresseur, un garçon congolais a craché au visage du jeune burundais (par ailleurs naturalisé belge), et l' a éjecté dehors l' accusant d' être " tutsi, d'être un agresseur du Congo et de vouloir coloniser tous les peuples bantous comme le font les juifs chez les Arabes". L'agressé, qui tient à garder l' anonymat n'a pas voulu porter plainte, car, dit-il, " Je ne veux pas perdre du temps. Ici, je suis touriste. Et puis porter plainte contre qui ? Ce petit voyou qui probablement n' a même pas de papiers? Ce serait perdre du de temps." Les témoignages ajoutent que, apparramment, l' incident " n' a choqué personne du début à la fin, que les clients en ont même rigolé . "
Une fête gâchée.
Le
jeune homme agressé pour " paraître tutsi " dit effectivement
être d'origine tutsi, vivant à Bruxelles avec ses parents depuis plus de 20
ans, presque toute sa vie. Il aime la musique et le 21 juin, comme il le fait
régulièrement depuis 4 ans, il faut surtout être à Paris. Sa copine, une
beauté congolaise de 19 ans, est sa cadette de faculté à Bruxelles. Ils sont
jeunes, beaux, fort probablement riches. Et brillants aussi, pleins de rêves,
car à Paris, ils ratent rarement les grands rendez-vous militants
panafricanistes. Ils se disent suffisamment intelligents pour être au-dessus de
petits sentiments éthniques. Et puis les Grands Lacs aussi. Un tutsi et une
congolaise, la renaissance de la CEPGL, il n'y a plus de bantous, il n y a plus
de nilo- hamites !
Si, malheureusement. A Château Rouge, ils sont même très agressifs.
Un compatriote traître dans la salle
Il y avait, témoigne une cliente à In Afrique Médias, une ambiance bonne enfant, dans ce bar congolais de rue Myra, dans le 18 ème arrondissement, quartier Château Rouge. Comme d' habitude.Trop de bruit, c'est normal quand il y a des zaïrois. Une odeur de makayabu et de sueur des mamans cuisinières-consommatrices, une chaleur d' été plutôt douce, des grandes bouteilles de 1664, tous les dialectes et la cacophonie que cela provoque, tout cela, c'est même excitant pour un couple de deux jeunes aristocrates africains à la recherche de racines. Si la présence des deux jeunes visiteurs laisse indifférent au début, il y en a un qui a bien remarqué qu' il y a un tutsi dans la salle; un que cela gène sérieusement. "Un burundais ou rwandais", disent les témoignages, " grand ami du bar et des congolais ",connu "pour ses paroles anti-tutsis". Selon plusieurs témoignages concordants, c' est ce " burundais ou rwandais " qui, après s'être assuré que le jeune " étranger " était bel et bien burundais, a immédiatemment disparu. "Il m'a demandé d'où je viens, et je lui ai répondu naïvement, avec plaisir même. Il ne m'a pas dit par contre qu'il était burundais lui aussi. Il a disparu ", raconte le jeune agressé. Disparu ? Pas vraiment. Selon des témoins, le " burundais ou rwandais " a été cherché un délinquant notoire qui dit-on passe sa vie à fumer des joints dans le coin, à qui il aurait probablement payé un peu de sous pour agresser le jeune tutsi. Le voyou en question est un ancien militaire de Mobutu. Des personnes qui le connaissent affirment que dans ses moments de délires, il raconte facilement " ses exploits " aux côtés des miliciens Interahamwe et des rebelles burudnais, dans les territoires congolais.
L'
agressé n' est pas la victime
Un tutsi agressé pour être tutsi, cela ne choque pas grand monde ici. Ne pas
le dire serait une hypocrisie de plus. A Paris, le tutsi devient de plus en plus
le bouc émissaire idéal. Depuis que tout le monde parle de " Kagame
l'agresseur du Congo ", que le journaliste Charles ONANA affirme sous
les applaudissements des médias que Kagame est le déclencheur du génocide de
1994, depuis que des manifestants pro-Havyarimana scandent " nous sommes
fiers d' être Interahamwe " Place du Chatêlet, il ne fait aucun doute
qu' être tutsi ne fait pas bonne presse, à Paris. Paranoïa ou réalité ? "
Ici le Hutu a toujours été une victime, et la culture française veut qu'on
accorde plus de soins aux faibles ", observe un intellectuel français.
" Seulement, ce qui est choquant, ajoute-il, c'est la volonté mal
cachée de vouloir légitimer le génocide commis contre les Tutsis en
1994", regrette un autre. Il n'est pas rare en effet de lire ou
d'entendre des thèses carrément négationnistes. Des intellectuels ou
journalistes qui avancent les " excès de Kagame et les malheurs des
Hutus du Congo " pour légitimer l'innommable de 1994. Récemment, le
ministre congolais des affaires étrangères a facilement déclaré ne pas
comprendre pourquoi on accorde plus d' " attention à ce qui s' est
passé en 1994 plutôt que les exactions de Kagame ". Plusieurs
organisations des droits de l' homme ont dénoncé la présence de
génocidiaires soupçonnés,en France. Evidemment, ils vont aussi boire
tranquillement un pot dans un bistrot de Paris. Et trinquer aussi ! Luc
Mercier/M.E.C.