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Déclaration de la Ligue Iteka à l'occasion de la visite d'une délégation du conseil de sécurité de l'ONU au Burundi
1° La Ligue burundaise des droits de l'homme ITEKA se réjouit de la visite
d'une délégation du conseil de sécurité des Nations au Burundi et lui souhaite la bienvenue.
2° Cette visite intervient au moment où le processus de paix au Burundi est dans
l'impasse :
- la signature de l'Accord d'Arusha pour la Paix et la Réconciliation au Burundi, le 28 août à Arusha n'a pas mis fin aux violences qui emportent
chaque jour des vies humaines et principalement des civils.
- la mise en application de l'accord se heurte aux tergiversations des parties signataires principalement au sujet de la mise en place des
institutions de transition et aussi sur la question du cessez-le-feu et l'arrêt de la guerre.
3° Des cris d'alarme fusant de milieux bien informés; la persistance de la violence sur le terrain; l'entrée massive des rebelles burundais et leurs
alliés de la sous région et le discours mobilisateur du gouvernement pour la guerre
sont des indicateurs qui montrent à suffisance que le Burundi est à la veille d'une guerre généralisée à l'instar du Rwanda en avril 1994.
Cette situation est en partie consécutive à l'application des accords de Lusaka pour la
République Démocratique du Congo qui sont en déphasage avec l'accord d'Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi.
4° La Ligue Iteka voudrait porter à l'attention de la mission du Conseil de Sécurité de l'ONU que le Burundi devient dans ces conditions l'exutoire
des groupes armés fuyant l'application des accords de Lusaka d'autant plus que
l'accord d'Arusha du 28 août 2000 n'a pas abouti à l'arrêt des hostilités.
5° La Ligue Iteka considère que ces violences ne cesseront jamais au Burundi sans l'engagement ferme de la communauté internationale à exercer
des pressions tous azimuts sur ceux qui usent encore de la violence comme moyen de revendication politique. Les mêmes pressions devraient être
exercées sur les pays de la sous-région où les rebelles s'entraînent, nouent
des alliances, (le rapport de l'ONU N° S/1998/777 indique que les FDD ont scellé des alliances avec les ex-FAR du Rwanda en 1996. Les FNL
quant à eux auraient signé un accord de coopération FNL-FAR le 21 mars 1997.) et
s'approvisionnent en armes et munitions.
6° La Ligue Iteka estime par ailleurs que l'impunité des crimes est le
principal terreau des violences d'hier et d'aujourd'hui. Quel que soit le compromis politique qui pourrait avoir lieu entre les protagonistes, le
Burundi doit tourner la page de l'impunité pour réconcilier les Burundais et repartir sur de nouvelles bases, avec le sentiment de dignité recouvré.
7° La Ligue Iteka avait salué l'initiative du Secrétaire Général des
Nations-Unies, d'envoyer une Commission Internationale d'Enquête au Burundi sur les événements d'octobre 1993 constitutifs de la crise actuelle et
avait recommandé "l'INDEPENDANCE dans l'établissement des faits, des responsabilités et la formulation des recommandations susceptibles
d'éradiquer l'impunité au Burundi ". La commission a produit le rapport S/1996/682 sur le Burundi mais malheureusement, aucune suite ne semble
avoir été réservé à ce rapport.
8° C'est pourquoi la Ligue Iteka demande au Conseil de sécurité de :
- prévenir la catastrophe prévisible sur le Burundi ;
- privilégier la solution négociée et d'user de son influence sur les
rebelles pour qu'ils procèdent à l'arrêt immédiat des hostilités et des violences contre les civils et rejoindre sans tarder la table des
négociations ;
- amener les parties signataires à respecter leurs engagements vis-à-vis de l'accord d'Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi ;
- amener le gouvernement à créer un climat favorable à l'application de l'accord d'Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi;
- contraindre certains pays de la sous-région à ne plus soutenir les rebelles
- entamer une enquête judiciaire en vue de qualifier les crimes graves commis au Burundi, d'établir les responsabilités et de poursuivre les
auteurs.
Pour la L.B.D.H. Iteka
Pie Ntakarutimana
Président
