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TRANSITION  ET PAIX

Déclaration de la Ligue Burundaise des Droits de l’Homme « ITEKA »

 

1. La Ligue Burundaise des Droits de l’Homme « ITEKA » saisit l’occasion offerte par la nomination du premier Gouvernement burundais depuis la signature de l’Accord d’Arusha et l’amorce officielle de la période dite de Transition pour exprimer certaines de ses considérations et formuler des recommandations.

2. La mise en place d’un Gouvernement et l’amorce officielle de la période dite de transition surviennent alors que le Burundi achève sa huitième année de guerre civile. Des millions de Burundais, lassés et exténués par la violence et ses contrecoups sociaux, expriment leur volonté de paix. Le respect de la volonté de paix des Burundais doit appeler les dirigeants et politiciens burundais à se comporter en leaders nationaux et non ethniques. C’est à eux qu’il revient en premier lieu de renforcer chez les Burundais le courage, la confiance mutuelle et l’ouverture d’esprit, au lieu de reproduire et amplifier au sein des institutions de l’Etat les faiblesses de leurs compatriotes : peurs, méfiances, préjugés ethniques, esprit de clocher, …

3. La période politique délicate qui s’ouvre lance également un grand défi à la société civile burundaise et à ses capacités à tirer des leçons positives du passé et à faire face à des dangers et des menaces prévisibles. Des politiques, des mesures et des stratégies d’intervention claires, constructives, efficaces et hardies sont attendues de sa part. Elles doivent trancher sur la veulerie et la naïveté de ses actions passées et sur le sectarisme et la démagogie qui caractérisent depuis plusieurs années l’action de nombre des partis politiques au Burundi.

4. La nomination et la mise en place du Gouvernement de transition ne constitueront une étape significative dans le processus de paix que si il démontre avec diligence et clarté sa capacité à concevoir et mettre en œuvre – mieux que ses prédécesseurs – des politiques, des mesures et de nouvelles stratégies pour répondre à cinq priorités :

- L’arrêt rapide et définitif de la guerre ; - promouvoir rapidement le consensus le plus large sur les voies pour mettre en œuvre les dispositions prévues par l’accord d’Arusha pour répondre aux défis de sécurité et de justice ; - amener les Burundais à la jouissance d’une politique économique et sociale dynamique et productive dont les bénéfices seraient équitablement redistribués entre Burundais ; - la réinsertion et la réinstallation des déplacés et des rapatriés ainsi que des combattants démobilisés ; - promouvoir une bonne gouvernance qui assure une plus grande transparence dans la gestion des intérêts publics, une participation plus grande, plus libre et plus équitable du citoyen dans le processus de décision et de contrôle des engagements et des décisions prises.

5. Honorer ces priorités requerra de chacun des membres de ce Gouvernement un sens élevé de la patrie, une large ouverture d’esprit, une aptitude au compromis et un effort de soutien à la cohésion gouvernementale, tant sont réels les divergences et conflits d’opinion qui les guettent sur des questions sensibles. Un retour à la logique sectaire, à la dynamique auto-destructrice et aux violences intestines de la « Convention de Gouvernement » (1994-1996) serait inadmissible. Aucun Burundais ne devrait permettre que des politiciens, indifférents aux leçons apprises de cette période noire, s’obstinent dans le jeu des solidarités partisanes et ethniques comme voie d’auto-légitimation auprès de leurs fiefs respectifs. Recommandations

6. la Ligue ITEKA appelle le Gouvernement de Transition :

- à réserver à l’arrêt de la guerre sa priorité et à rapidement mettre en œuvre une stratégie politique et diplomatique plus hardie pour amener les groupes rebelles à déposer les armes ; - à promouvoir au sein des forces armées burundaises leur rôle de protection des populations, sans violer le droit des civils à la vie, à la sûreté de leur personne et de leurs biens et à sanctionner avec fermeté les écarts qui s’observent ; - à rapidement élaborer et rendre publiques sa politique générale et ses politiques sectorielles pour mettre concrètement et harmonieusement en œuvre l’accord d’Arusha dans ses dispositions relatives à la sécurité, la justice, l’économie, la réinsertion et la réinstallation des déplacés et rapatriés ; - à privilégier la recherche du consensus large dans la définition et la mise en œuvre des solutions à appliquer à la demande aiguë de justice des centaines de milliers de victimes des violences graves et massives perpétrées au Burundi depuis quatre décennies ; - à s’abstenir de prendre toute mesure qui garantirait quiconque d’une amnistie ou d’une immunité vis-à-vis de toute poursuite pour des crimes dont il se serait rendu coupable ; - à faire adhérer le Burundi dans les plus brefs délais au statut de Rome créant la Cour Pénale Internationale, ce afin d’ancrer à court terme dans le pays de manière certaine un mécanisme international efficace de prévention et de répression judiciaire des crimes de droit international.

7. La Ligue ITEKA appelle le PALIPEHUTU-FNL et le CNDD-FDD :

- à suspendre sans délais leur lutte armée en signe de bonne volonté et ainsi épargner les civils des peurs et des violations graves de droits qu’ils endurent par le choix qu’ils font de poursuivre les combats ; - à poursuivre leur lutte par la négociation politique, à rester constamment ouverts et répondre sans hésitation aux offres de médiation.

8. La Ligue ITEKA appelle la société civile burundaise :

- à se mobiliser pacifiquement et plus activement contre la violence d’où qu’elle provienne et quelles que soient ses victimes ; - à promouvoir des actions de mobilisation publique pour tenir le Gouvernement comptable de son engagement à obtenir un cessez-le-feu, à promouvoir un système et des mécanismes garantissant aux Burundais la satisfaction de leurs besoins profonds de vérité et de justice et à créer des conditions favorables pour permettre aux Burundais de jouir d’un mieux-être social.

9. La Ligue ITEKA appelle la communauté internationale :

- à contribuer aux pressions pour la conclusion et le respect d’un cessez-le-feu ; - à poursuivre et renforcer son appui technique et financier à la mise en œuvre de l’accord d’Arusha et au développement économique et social du Burundi ; - à soutenir la société civile dans ses efforts pour le retour de la paix.

 

Fait à Bujumbura, le 31 octobre 2001

Pour la Ligue ITEKA, a.s.b.l.

Pie NTAKARUTIMANA

Président

 

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