LIGUE
BURUNDAISE DES DROITS DE L'HOMME
«
ITEKA » association
sans but lucratif
Agréée
par l’ordonnance ministérielle n° 530/0273 du 10 novembre
1994 revoyant l’ordonnance 550/029 du 6 février 1991
Membre
affilié de la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme (FIDH)

Déclaration de la Ligue Iteka sur la prise de position du Président Nelson Mandela en rapport avec les " prisonniers politiques"
1°
La Ligue burundaise des droits de l'homme Iteka suit avec intérêt le déroulement
des négociations de paix inter-burundaises
à Arusha.
2°
Elle a salué en son temps la désignation du Président Nelson Mandela comme
médiateur dans le conflit burundais et loue l'engagement dont il fait
montre depuis sa désignation et en
particulier à travers les deux visites qu'il vient d'effectuer au Burundi.
3°
A l'occasion de la première visite, le 28 avril 2000, la Ligue Iteka avait eu
l'occasion d'exprimer sa reconnaissance pour cet engagement à travers une
lettre qu'elle a directement adressée au médiateur en personne. Dans cette
lettre, la Ligue Iteka avait regretté que le médiateur n'allait pas rencontrer
certaines personnes comme les déplacés et les regroupés, les prisonniers,
ceux qui sont opposés au processus de paix d'Arusha et bien d'autres burundais
ayant quelques avis à émettre sur le déroulement du processus de paix
d'Arusha.
4°
La Ligue Iteka se réjouit que ses doléances aient été prises en compte
puisque le médiateur vient d'effectuer une deuxième visite
au Burundi, du 12 au 14 juin 2000, et
qu' il a pu visiter les prisonniers, les déplacés et les regroupés ainsi que
des autorités civiles et
militaires. Cependant, elle aurait souhaité que le médiateur consacre plus de
temps à la société civile , elle qui n'est pas partie prenante aux négociations
d'Arusha.
5°
Concernant la prise de position du médiateur sur les prisonniers politiques, la
Ligue Iteka souhaiterait porter à la connaissance de l'opinion ce qui suit:
5.1.
Alors que les Burundais attendaient du
médiateur des mots juste pour éveiller
dans la conscience des prisonniers justement détenus ou condamnés le repentir
du crime ou autre infraction commise
et dans la conscience des prisonniers injustement incarcérés, l'espoir de la réhabilitation,
la Ligue Iteka a été surprise et profondément
touchée par la prise de position du Médiateur Mandela
selon laquelle toute personne
5.2.
La Ligue Iteka est d'autant plus surprise qu'un tel discours consacre à la face
du monde l'impunité qui demeure au
Burundi un des défis majeurs ayant couverts
les crimes les plus abominables commis au
cours des quatre dernières décennies.
5.3.
La conviction de la Ligue est que la politique, même dans l'expression de ses
conflits, ne peut se prévaloir, comme moyen de revendication de l'utilisation
du crime tel que le crime de guerre, le crime contre l'humanité et le crime de
génocide dont l'horreur ; l'immoralité et le devoir de répression ont été
établis par l'humanité entière et le droit international. Accepter
des crimes comme mode de revendication politique
5.4
La Ligue Iteka considère
que les pourparlers de paix inter-burundais sont
à une étape cruciale où la médiation et les parties prenantes aux négociations
doivent éviter à tout prix des
attitudes contraires aux principes et valeurs universelles consacrés par des
instruments internationaux tels que
la déclaration universelle des droits de l'homme, les
Pactes Internationaux relatifs aux Droits Civils et Politiques, aux
5.5
La Ligue Iteka estime que la réconciliation nationale ne sera jamais effective
sans une justice saine et équitable qui établisse les responsabilités dans
les crimes et les dommages causés et qui évite la globalisation.
6.
Pour toutes ces raisons, la Ligue
Iteka demande au médiateur
- de réexaminer
sa position concernant l'amnistie
des détenus accusés de crimes de sang.
- de
privilégier les prises de positions qui ne ravivent pas la haine ethnique et
les vengeance privées au détriment de la justice et de la morale universelle
qui ne tolèrent point qu'une vie humaine soit sacrifiée pour une quelconque
revendication politique.
- de
continuer à s'impliquer dans la résolution pacifique du conflit burundais en
tenant compte des réalités burundaises et des dispositions des instruments
nationaux et internationaux de protection des droits de l'homme.
Fait
à Bujumbura, le 21 juin 2000
Pour
la Ligue Burundaise des Droits
de l'Homme"ITEKA" asbl
Pie Ntakarutimana
Président
sé