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1.
La
Ligue Burundaise des Droits de l’Homme « ITEKA » est préoccupée
par la persistance de la guerre civile au Burundi, plus de quatre mois après la
signature à Arusha d’un « Accord pour la paix et la réconciliation ».
La Ligue ITEKA est plus particulièrement consternée par la persistance de
violences graves perpétrées contre des cibles civiles. Elle pense notamment à
l’embuscade meurtrière du 28 décembre dernier à Mubimbi, tendue par un
groupe de rebelles armés à trois véhicules civils à 28 kilomètres au nord
de la capitale, Bujumbura. Cet événement malheureux s’inscrit à la suite
d’une série d’autres attentats survenus au cours de ces derniers jours,
notamment sur un vol de la compagnie SABENA, à Mageyo, à Murembwe et à Butare.
La Ligue ITEKA condamne ces actes criminels ainsi que leurs auteurs et présente
ses condoléances aux familles des victimes.
2.
Ces
violences surviennent en dépit des appels répétés lancés par les Chefs d’Etat
de la sous-région de l’Afrique des Grands Lacs et le Conseil de sécurité
des Nations Unies afin que « toutes les parties qui demeurent à l’écart
du processus de paix mettent fin aux hostilités et participent pleinement à ce
processus ». L’absence de changement sur le terrain et les souffrances
que continuent à endurer les populations civiles innocentes font craindre à la
Ligue ITEKA que l’accord d’Arusha perde de jour en jour son crédit et suive
la pente de l’accord de Lusaka relatif au conflit en République Démocratique
du Congo. Le statu quo actuel renforce les partisans de l’option militaire
exclusive en leur ralliant ceux qui ont désespéré ou désespèreront de la
voie négociée, si l’intransigeance sans fondement des rebelles,
l’impuissance ou l’indifférence de la communauté internationale
persistaient.
3.
La
Ligue ITEKA lance un nouvel appel aux mouvements rebelles afin qu’ils mettent
fin aux hostilités et s’efforcent de conquérir les droits qu’ils
revendiquent encore par la voie de la négociation.
Toutefois, et indépendamment du choix qu’ils feront entre la cessation
ou non des hostilités, la Ligue ITEKA tient à rappeler que leur option de la
violence contre des cibles civiles engage leur responsabilité judiciaire.
A cet égard et à l’instar des suites diligentes données à
l’attentat de Muzye d’octobre 1999, la Ligue ITEKA rappelle au Gouvernement
son devoir d’établir les circonstances et l’identité des auteurs des
crimes de guerre. L’anonymat individuel et l’impunité dont ont
toujours été garanti les auteurs – militaires ou rebelles – des crimes de
guerre perpétrés au Burundi ne peuvent qu’encourager le recours continuel à
la violence aveugle.
4.
La
responsabilité de la rébellion dans la poursuite des hostilités ne décharge
pas pour autant le Gouvernement de ses responsabilités vis-à-vis de la sécurité
des Burundais et des étrangers au Burundi.
A ce sujet, la Ligue ITEKA exhorte le Gouvernement burundais à faire
preuve de plus de rigueur et de diligence dans la protection des civils, tout en
garantissant toujours aux uns et aux autres une protection égale contre tout
type de violence arbitraire, quels qu’en soient les auteurs.
5.
La
Ligue ITEKA appelle les Gouvernements étrangers – en particulier ceux de la
sous-région – et/ou les personnalités qui en ont l’autorité, le pouvoir
et les moyens à envisager toutes les mesures nécessaires pour contraindre les
rebelles toujours en marge du processus de paix à renoncer sans délai à la
voie armée, et plus particulièrement à la violence contre les civils.
6.
La
Ligue ITEKA exhorte également les parties aux pourparlers d’Arusha à faire
preuve d’un esprit de compromis et d’abnégation pour lever les points de
divergence persistants sur l’accord signé en août dernier, dans la
perspective de son application qui ne saurait trop tarder.
Fait
à Bujumbura, le 5 janvier 2001
Pour la Ligue
ITEKA a.s.b.l.
Pie NTAKARUTIMANA
Président