RUGAMBA-NET PRESS

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TANZANIE : LES SIGNATAIRES DU TRAITÉ DE PAIX D'ARUSHA NE S'ACCORDENT PAS

 

Le Burundi au bord du chaos

Source: http://www.24heures.ch

JEAN-COSME DELALOYE

 

 

Sous l'égide de Nelson Mandela, médiateur dans le conflit burundais qui a déjà fait 300 000 morts depuis 1993, le nouveau sommet d'Arusha n'a pas porté ses fruits. Le pays risque de sombrer dans la logique du génocide.

 

Infographie: J.-F. Buisson.Trois cent mille morts. Voire 400 000 selon certaines sources tutsies. Sans oublier les 700 000 à 800 000 déportés aussi bien Tutsis que Hutus dans des camps. Le déchirement ethnique qui ravage le Burundi depuis sept ans a déjà fait des ravages dans ce pays enferré dans la logique du génocide.

Réunis depuis lundi à Arusha (Tanzanie) sous la médiation de Nelson Mandela, les 19 signataires burundais du traité de paix, signé le 28 août dernier, avaient une mission: nommer un président de transition chargé de ramener le pays sur des rails démocratiques, en remplacement du major Pierre Buyoya, un Tutsi au pouvoir depuis 1996. Las, ils ne sont pas parvenus à s'entendre, ne signant finalement qu'une déclaration prônant l'évincement de Buyoya du pouvoir. Le Burundi, lui, reste en proie à la guerre. D'autant plus que les rebelles hutus refusent pour l'instant tout cessez-le-feu (lire encadré).

 

Vague de massacres

 

Pour comprendre l'origine de ce conflit, il faut remonter au 21 octobre 1993, lorsque le président Melchior Ndadaye, un Hutu élu en juin 1993, est assassiné lors d'un coup d'Etat manqué fomenté par des militaires tutsis. S'ensuit une vague de massacres qui fera 50 000 victimes, en majeure partie chez les Tutsis.

 

Le 6 avril 1994, le successeur de Ndadaye, Cyprien Ntaryamira, est tué en même temps que son homologue rwandais lorsque leur avion est abattu. Un partage du pouvoir entre la majorité hutue (85% de la population) et les Tutsis, qui occupent les postes clés de l'armée, est alors institué. Début des affrontements entre la rébellion hutue et le gouvernement.

 

Laminé par le sida, le petit pays de 6 millions d'habitants, qui a vu sa production de café - 80% de ses exportations - baisser d'un tiers ces dernières années et son franc se dévaloriser de moitié face au dollar, cherche une solution. A l'issue de la rencontre d'Arusha, trois scénarios se profilent.

 

Première hypothèse, le major Buyoya reste au pouvoir. Cette solution n'est, selon Juvénal Nduwimfura, président pour la Suisse de AC Génocide Cirimoso - une association qui demande la reconnaissance du génocide de 1993 - guère souhaitable, car «le président est contesté par la majeure partie de la population aussi bien du côté Hutu que Tutsi».

 

Deuxième possibilité, Domitien Ndayizeye, le candidat du Frodebu, le principal parti hutu, est élu. Là non plus, ce scénario n'est, selon Juvénal Nduwimfura, pas idéal. Son argument: le Frodebu a été reconnu par un rapport de l'ONU de 1996 comme étant impliqué dans le génocide de 1993, et reste aujourd'hui proche des rebelles. Reste le colonel Epitace Bayaganakandi, ancien ministre de l'Intérieur, qui semble avoir les faveurs de la plupart des signataires du traité de paix sauf du Frodebu. D'où une situation totalement bloquée.

 

A l'issue de la rencontre d'Arusha, les participants ont cependant indiqué leurs intentions de poursuivre les négociations à Bujumbura, la capitale. Le temps presse car le 11 décembre prochain doit avoir lieu à Paris une conférence pour déterminer l'allocation de fonds au Burundi. Le pays n'a pas le choix. Car après plusieurs mois d'embargo, il a rudement besoin de cet argent.

 

Rebelles en attente

 

Pour le Conseil national pour la défense de la démocratie (CNDD), bras politique de la rébellion hutue, les dernières négociations d'Arusha autour de la personne du président Buyoya ne changent rien: «Nous n'avons pas d'opinion à ce sujet parce nous ne sommes pas impliqués dans le processus d'Arusha, explique Jérôme Ndiho, porte-parole du CNDD à Bruxelles. Nous ne reconnaissons de toute manière qu'un chef d'Etat élu par le peuple selon les dispositions de la Constitution de 1992.»

 

Démantèlement des camps

 

Et le porte-parole d'ajouter: «Quel que soit le président, nous sommes prêts à le rencontrer pour des discussions préliminaires en vue de négociations. Mais pour cela, nous exigeons un démantèlement des camps de concentration, la libération des prisonniers politiques et la réintégration de toutes les personnes déplacées.»

 

J.-C. De


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