RUGAMBA-NET PRESS

Les accords d'Arusha :

Une occultation suprême  du monstre qu'est le génocide

 

0. Introduction

        Les  négociations d'Arusha sont sur le point d'être conclues. Les négociateurs ne cessent de le clamer et le médiateur Mandela l'a confirmé. Dans quelques jours, Arusha va accoucher d'un "accord de paix" entre les négociateurs (le 20juillet 2000, selon Mandela). Ici et là, des gens sont en transe des lendemains qui font plus peur qu'ils n'apaisent. D'autres sont en extase de la victoire qui s'annonce imminente. Les uns et les autres ont au centre de leurs préoccupations un seul paradigme aux perceptions antinomiques, à savoir le génocide. Celui-ci est le fond du drame burundais mais il est appréhendé de façon différente, car les uns sont victimes et les autres bourreaux. Les tenants du génocide étant parvenus à imposer leur vision, à savoir, occulter le génocide par des mécanismes tant politiques, diplomatiques que légaux. Les victimes sont sommés d'obéir à la loi d'airain attendue d'Arusha. La communauté internationale a béni. Bref, le jeu est joué à chacun son sort.

            Ce ne sont pas les seuls Nazis qui ont pu préparer l'extermination de tout un peuple à la barbe des victimes et de la communauté internationale. Les leaders des organisations génocidaires opérant au Burundi ont réussi avec brio à préparer, planifier, exécuter et occulter le génocide. Les nazis n'ont tout de même pas pu franchir le cap de l'occultation. L'exploit reste le propre du FRODEBU, ses satellites et ses  complices. Constaté par une commission internationale d'enquête dûment mandatée par l'ONU, (Rapport S/1996/682) le génocide commis par le parti FRODEBU et prolongé par ses milices dont le CNDD (une organisation créée par le comité directeur du FRODEBU en décembre 1993) est devenu une histoire lointaine dont ni les victimes, ni les bourreaux ne doivent pas se rappeler au nom d'une imaginaire réconciliation imposée tambour battant par le communauté internationale et béatement prêchée par une frange de l'élite politique burundaise.

        Les accords d'Arusha constituent donc un négationnisme honteux au regard du devoir de mémoire et surtout au regard de l'oubli facile des victimes. Dès la consommation du génocide d'octobre 1993, l'émoi a frappé les victimes tout en laissant indifférente l'humanité. Les bourreaux s'en sont sortis ragaillardis et réconfortés dans leurs convictions idéologiques : s'il faut refaire, ils le referont. Les ultra-hutu ayant constaté ce dont ils étaient capables et la possibilité d'en finir définitivement avec les tutsi et tous ceux qui leur sont assimilés.

 

La loi mise sous le boisseau : l'idéologie du génocide a flambé.

 

                Le génocide n'avait-il pas été préparé au grand jour ? Ce n'était qu'une évidence quand on a suivi la campagne électorale menée avant les élections de juin 1993. Une foule chauffée à blanc pour en découdre avec les Tutsi avait été abreuvée à la ciboire de Melchior NDADAYE et Léonard NYANGOMA. Au lieu de sortir des gongs, le régime BUYOYA et ses lieutenants avaient brillé par le silence et le laisser faire, tous deux coupables, en mettant sous le boisseau la loi. Ainsi, on a laissé libre court aux incantations à la mort proférées par des militants zélés du FRODEBU (voir à titre d'illustration les 172 péchés du Parti FRODEBU tels que dénoncés par le Parti UPRONA de Nicolas Mayugi) à l'encontre des Tutsi et des Hutu de l'UPRONA, à la désobéissance civile observée sur tout le territoire national, le lynchage public à Kamenge et Gitega contre des agents de l'Etat, la chasse aux sorciers sous prétexte que ce sont des hutu qui refusent d'adhérer au parti FRODEBU, etc...

                Tout cela préparait l'hécatombe d'octobre 1993.  Elle était connue de tous, mais ceux qui pouvaient l'arrêter ont laissé faire et le "déluge" a emporté des milliers des partisans du régime qui avait vu grandir le FRODEBU et entretenu les leaders de ce dernier.                                                                               

          Le propre des génocides du 20ème siècle et qu'ils se préparent au vu et au su de ceux qui devaient les combattre et de ceux qui étaient potentiellement victimes. L'Allemagne nazie et le Rwanda de Habyalimana l'attestent bien. Mêmes ceux qui sont censés tout savoir laissent faire et font semblant de ne rien remarquer. En Allemagne, l'Eglise catholique, sous la houlette de Pie XII savait tout sur l'antisémitisme développé par le parti nazi en Europe. Il était au courant des crimes commis sur les juifs, leur déportation, les expériences médicales menés sur des gens et surtout qu'Hitler avait décidé de "liquider les juifs pour au moins mille ans". C'est ce Pie XII que l'Eglise entend béatifier et canoniser pour l'éternité qui présidait aux destinées de l'Eglise catholique.

                C'est aussi sur fond d'un tel drame que les élèves d'Arusha soutenus par l'ONU, l'OUA et la communauté internationale, entendent dans les mois à venir, sanctifier les accords et leurs promoteurs. Ils vont solenniser l'occultation totale du génocide par un accord dit de paix en proclamant une réconciliation anonyme qui ravale tout le monde au Burundi au simple rang d’acteur de la tuerie que l'on présente au monde comme des massacres "inter-ethniques" dans lesquelles il n'y a que des victimes et des tueurs anonymes.

 

L'histoire de l'occultation du génocide d'octobre 1993 :

Un processus méthodiquement conduit

 

                Cela a une histoire, mais contentons-nous de rappeler  les faits les plus récents. L'occultation du génocide a vite commencé après que celui-ci ait été commis.

                Déjà en octobre 1993, le président Habyalimana, parrain du FRODEBU et de tous les génocidaires burundais convoquait un sommet régional le 28 octobre 1993 à Kigali. Objectif : sanctionner l'armée nationale accusée d'avoir refusé la démocratie. "Umupfu ntiyinukira" et "c'est l'hôpital qui se moque de la charité", Habyalimana et Mobutu se voulaient à cette occasion être les modèles de la démocratie. Au cours de ce sommet, on condamna l'armée tout en gardant un mutisme absolu sur le génocide qui venait d'être consommé à huis clos à travers tout le pays. Personne ne protesta, ni au Burundi, ni ailleurs. Les génocidaires venaient d'être rassurés. Ils pouvaient ainsi continuer leur "travail".                                                                                      

        Quelques mois après, au Burundi sous l'insistance du FRODEBU et de l'Occident chrétien, on clamait haut et fort qu'il faut remettre sur pied les institutions élues en juin 1993. Personne ne leva le doigt pour montrer au grand jour que le FRODEBU n'était plus légitime pour prétendre à gouverner un pays. Le parti UPRONA de BUYOYA dont les militants venaient d'être décimés par le FRODEBU sera le premier à être au rendez-vous de Kigobe et Kajaga pour imposer un leader des génocidaires qui succède à un autre leader des génocidaires, c'est-à-dire NTARYAMIRA qui succède à NDADAYE. Dans l'émoi total, les victimes du génocide sont sommés de se taire. NTARYAMIRA qui venait de mettre sur pied les milices du FRODEBU dont la GEDEBU et le CNDD, aidé par NTIBANTUNGANYA vont peaufiner les assises des milices hutu selon le modèle de HABYALIMANA. Le génocide allait marquer une autre étape.

                Après la mort accidentelle de Ntaryamira, le 6 avril 1994 à Kigali alors qu'il rentrait du sommet de Dar-Es-Salaam qui venait de consacrer le démantèlement de l'armée burundaise, le seul obstacle à l'achèvement du génocide, NTIBANTUNGANYA va prendre le témoin et occultera davantage le génocide. Un pouvoir sans limite lui sera accordé sur le plateau d'argent et les rescapés du génocide représentés par certains leaders politiques seront sommés à l'acclamer. Une fois de plus le génocide rata l'occasion d'être porté à la connaissance du monde entier et d’être dénoncé.

 

                Le Président NTIBANTUNGANYA s'est révélé un grand artisan de l'occultation du génocide et il a nargué tout le monde à l'aide des moyens de l'Etat. Il sera au sommet de l'Etat, commandant à la fois l'armée régulière et les groupes terroristes génocidaires qui massacraient la population. One se rappellera ici de la réponse célèbre qu'il a donnée au gouverneur actuel de Bujumbura Rural en lui disant qu'il était capable de domestiquer deux taureaux en castrant progressivement l'un des deux.  Des faits insolites dans l'histoire des institutions seront observées sous NTIBANTUNGANYA :

 

- La comédie nationale de "désarmement des esprits" et non des groupes armées. Il laissera se consolider les milices armées en empêchant les forces de l'ordre d'opérer contre les miliciens génocidaires.

- L'affaire Coignon : le Président NTIBANTUNGANYA recrute le mercenaire-consultant COIGNON pour démanteler son armée.

- L'affaire Anatole Bacanamwo- Mamès Bansubiyeko : le même NTIBANTUNGANYA disculpe des éléments de preuve à charge des destabilisateurs de l'Etat. La magistrature sera ridiculisée par un simple agent de police au service de NTIBANTUNGANYA.

- Le Président de la République, M. NTIBANTUNGANYA a félicité publiquement en 1994 devant les micros de la presse et les caméras de la TV la population de Rango pour avoir réalisé l'exploit en massacrant tous les Tutsi de Rango. Il ne sera jamais inquiété.

- Des terroristes génocidaires attrapés par les forces de l'ordre pour avoir tué des gens à Kamenge s'en prennent à NTIBANTUNGANYA et Nyangoma pour lesquels ils exécutaient les ordres qu'ils leur donnaient sont condamnés. Mais les commanditaires sont aux affaires et ne s'inquiètent pas.

- L'affaire Odifax. Le chef des renseignements (Documentation nationale) travaillant pour Ntibantunganya est impliqué dans le commandement, la logistique, le financement et le renseignement des mêmes groupes terroristes génocidaires qui massacrent la population civile. Mais M. NTIBANTUNGAYA le soustrait de la justice qui tentait de la faire arrêter par la gendarmerie. Le Président Ntibantunganya qui avait promis à la Nation de se charger du cas sera le même qui le fera fuir du pays.

- Le Président NTIBANTUNGANYA qui, le 23 juillet 1996,  allait aux cérémonies d'inhumation de près de 400 Tutsi massacrés par les terroristes génocidaires du CNDD à Bugendana aura le culot de dire : "Havuga uwo bubezwe..." et d'ajouter qu'au moins, ces victimes avaient la chance d'avoir une sépulture digne alors que ses "frères" n'en ont pas. Un langage discriminatoire en somme devant une situation dramatique des centaines de gens tués à l'arme blanche, à l'arme à feu, au feu, etc...

     Autant de faits insolites qui n'existent qu'au Burundi et qui sont passés anodins et parus banals pour l'attention du monde. Et pourtant, ils ont été déterminants dans l'acclimatation des victimes du génocide à celui-ci et dans la banalisation, la négation et l'occultation du génocide contre les Batutsi et les hutu opposés àl'idéologie du génocide. On est passé par là pour finalement soutenir l'idée d'aller à Arusha : des gestes fort troublants et inacceptables étaient posés pour jauger le niveau d'acceptation de l'immoral.

Même au moment de la dérive totale, on a su comment dompter l'opinion publique chauffée à blanc avec la signature de l'intervention militaire le 26 juin 1996. Ainsi, on procédera à un semblant de changement le 25 juillet 1996 à la manière des changements qui ont eu lieu 2 ans plus tôt. En réalité, on changeait seulement le fusil d'épaule et on venait au secours du système FRODEBU.

            Cela a permis à mieux asseoir les mécanismes de faire aboutir l'occultation du génocide. Les victimes du génocide vont assister impuissantes devant l'escalade vers le scandale de l'occultation du génocide par ceux-là mêmes qui devaient le combattre.

 

                Les errements et le double langage des nouveaux dirigeants dans la gestion du dossier génocide ou l'occultation suprême du génocide

 

                Alors que tout le monde s'attendait à ce que le génocide commis par le FRODEBU soit mis au grand jour par les nouveaux dirigeants issus du changement du 25 juillet 1996, les victimes et rescapés du génocide ont été surpris qu'à leur tour, ces dirigeants mettaient une fois de plus sous le boisseau le génocide et qu'ils allaient mettre au pas tous ceux qui le dénoncaient.

                Pourtant ce nouveau régime n'avait d'autre légitimité que de lutter contre le génocide, les violences et de mettre fin au système FRODEBU qui avait broyé la population. Les éléments qui fondaient sa légitimité ne manquaient pas mais il n'en sut pas tirer profit et faire avancer la cause de ceux qui meurent pour le simple fait de leurs origines ethniques.

                Des faits éloquents sont là pour montrer que les nouveaux dirigeants n'avaient d'autres visées que venir à la rescousse du FRODEBU, à bout de force et chancelant sous le poids des crimes qu'il avait commis :

1˚ Tous les Barundi s'accordaient à dire qu'il y avait l'implosion totale de l'Etat à la veille du 25 juillet 1996 car le système de la Convention s'était totalement bloqué et discrédité. Le Gouvernement n'était plus à mesure d'assurer même les affaires courantes. Le Président lui-même ayant fui et s’est réfugié le 23 juillet 2000 à l'Ambassade des Etats Unis à Bujumbura. Le même gouvernement remettait en cause dans la séance du conseil des ministres du 22 juillet 1996 sa crédibilité et avait commandé un rapport sur cela afin de voir ce qu'il faut faire. Une commission de 6 ministres, présidée par le ministre chargé des réformes institutionnelles et des relations avec l'assemblée nationale, M. Térence SINUNGURUZA, a été mise sur pied et elle a déposé son rapport le 24 juillet 1996.

                Dans ce rapport, elle concluait :

                "Nous pensons que le gouvernement devrait davantage réfléchir

             sur la façon dont le pays peut se doter rapidement de

             nouvelles institutions (un nouveau chef d'Etat, un nouveau

             premier ministre, un nouveau gouvernement)".

                Le lendemain, ces institutions étaient mises sur place sous la pression de la rue. Mais les nouveaux dirigeants furent taxés de putschistes et anti-démocrates sans pour autant être à même d'expliquer pourquoi ce n'était pas vrai. Le rapport Sinunguruza ne sera jamais connu du public et le Burundi fut isolé du reste du monde par un embargo injuste.

                Même après l'embargo, le gouvernement ne fera rien pour poursuivre l'affaire devant les juridictions internationales compétentes. Pourtant, il traîne un dossier à la cour de La Haye pour une histoire banale de son éventuelle intervention en RDC. Malgré les demandes répétées de la population burundaise de déposer plainte à La Haye, le régime Buyoya a toujours gardé un silence inexplicable                                                                                       

2˚ Alors que les Nations Unies venaient d'avoir le rapport de la commission internationale d'enquête (Rapport S/1996/682) et que ce rapport concluait que le Frodebu avait commis le génocide contre les Batutsi, rien ne fut fait par les nouveaux dirigeants pour faire avancer le dossier de génocide et faire traduire ce parti et ses leaders devant un tribunal pénal établi à cet effet. Le rapport était sans équivoque dans ses conclusions. Il concluait ainsi:

 

             “La commission estime que les éléments de preuve dont elle dispose suffisent

           à établir que des actes de génocide ont été perpétrés au Burundi contre la

           minorité tutsie le 21 octobre 1993 et les jours suivants à l’instigation et avec

           la participation de certains militants et responsables hutu du Frodebu, y

           compris au niveau des communes.”

 

                Ce rapport a été mis dans les tiroirs du gouvernement et ne sera jamais étudié au conseil des ministres afin de faire avancer le dossier du génocide. En dépit de la reconnaissance de ce génocide par l'assemblée générale de l'ONU (résolution n˚8/1996/682) qui invitait le conseil de sécurité à faire de même, le gouvernement du Burundi ne fit rien pour encourager le conseil de sécurité à agir en conséquence avec ledit rapport. Malgré les sollicitations du public, le gouvernement refusera même de promulguer la loi portant répression des actes de génocide et des crimes contre l'humanité.

 

3˚ L'engagement à lutter contre le génocide était exprimé du bout des lèvres et sans conviction par les dirigeants issus du changement du 25 juillet 1996. Dans sa déclaration du 25 juillet 1996 à l'adresse de la Nation par M. Pierre BUYOYA, il disait :

                "Notre premier souci est d'arrêter rapidement les massacres...

             Le second objectif est de faire la paix. Nous nous engageons

             à organiser un débat honnête et sans faux fuyant avec tous

             ceux qui ont des revendications politiques ou autres à

             condition qu'ils aient renoncé à la violence et à l'idéologie

             de génocide".

                Quelques mois plus tard, le même gouvernement déclarait (déclaration du premier ministre Pascal Firmin Ndimira, le 14 octobre 1996) :

                                "Le gouvernement a prévu un large débat national en plus du

             dialogue avec les factions armées... Le gouvernement est

             déterminé à poursuivre son programme de paix. A cette fin,

             il va envisager toutes les voies qui peuvent l'y conduire

             y compris celle de négocier avec les factions armées, mais,

             en dehors du blocus injuste,  illégal et partial".

                Pourtant, il va négocier sans conditions alors que les violences de nature génocidaire augmentaient d’un cran sur tout le territoire national. Ces engagements étaient proclamés sans conviction pour satisfaire l'opinion publique des victimes du génocide. Rien ne sera, au contraire, ménagé pour accélérer les négociations avec les organisations génocidaires. Dès septembre 1996, les  négociations entre  le gouvernement et le CNDD commençaient sans condition à San Egidio. Le 9 octobre 1996, le président Buyoya annonçait par lettre à Nyerere que les négociations secrètes avec le CNDD avaient commencé. Dans la même déclaration du 14 octobre 1996 du premier ministre Ndimira, celui-ci confirmait qu'un schéma de ces négociations avait été transmis au président Nyerere. Le gouvernement continuera à nier l’évidence qu’il avait révélée à Nyerere jusqu’à ce que les accords du 10 mars 1997 soient rendus publics par le CNDD en avril 1997 au grand dam du gouvernement qui continuera à jouer la comédie la plus grotesque en réfutant pendant tout un mois ce qui n’était qu’un secret de polichinelle.

4˚ Au cours d'une rencontre entre Buyoya et le comité central de son parti, il a répondu de façon surprenante à une question d'un membre de ce comité relative à une certaine affirmation que le même président a tenue disant qu'il a le même projet de société unitaire anti-génocide qu l’UPRONA. On lui demandait sa contribution dans le projet de disqualification du parti FRODEBU coupable du génocide. Il a répondu sans équivoque :

                "Je ne suis pas de ceux à qui l'on demande de combattre le

             FRODEBU". (Voir Mémorandum du  parti UPRONA)

                Cette réponse était sans appel. On ne peut lutter contre une idéologie quand on pactise avec ses fidèles. Buyoya lui-même avait laissé agréér ce parti malgré les griefs portés contre lui.

                Le régime actuel ne peut pas s'investir à bousculer les génocidaires dont la plupart sont à la fois aux affaires et dans le maquis. Ce sont les leaders du Frodebu qui se taillent la part du lion au gouvernement et à l'assemblée nationale en dépit des crimes de sang imputables à leur parti.                                                                                

  Les juridictions burundaises saisies du dossier de génocide commis par le Frodebu contre les Batutsi par la principale organisation de lutte contre le génocide au Burundi, AC-GENOCIDE CIRIMOSO n'ont jamais réagi pour étudier le dossier. Pourtant la plainte contre le parti Frodebu est déposée depuis le 2 février 1998. Il est mis dans les tiroirs de la cour suprême.

 

6˚ Le régime actuel est venu à la rescousse du Frodebu chancelant à la veille du 25 juillet 1996. Tenez ! alors que M. Léonce Ngendakumana, président de l'assemblée nationale est sur la barre d'accusé pour avoir orchestré et supervisé le génocide dans sa province natale de Bujumbura Rural, le régime actuel fera tout pour exiger de proclamer un non-lieu en sa faveur. Il a alors été blanchi au grand dam de ses victimes et des témoins à sa charge. En dépit des élucubrations des responsables judiciaires et politiques pour expliquer l'inexplicable non-lieu, personne n'a été convaincu. Depuis cette époque, le public s'est rendu compte que mêmes les autres génocidaires de calibre Nyangoma et ses compères peuvent facilement être amnistiés. C'est pour cela qu'Arusha n'est autre que le prolongement logique du processus engagé pour occulter le génocide.

7˚ Le dénouement de l'affaire des poseurs de mines en 1997  prouve au grand jour que seuls les petits exécutants du génocide sont sacrifiés par le régime en place alors que les commandaitaires et planificateurs se la coulent douce: Comment expliquer que la justice condamne à mort seulement  des escadrons de la mort envoyés par Léonard   Nyangoma  alors qu'ils ne cessent d'invoquer la responsabilité principale de leur chef dans les forfaits. On se contentera uniquement de renvoyer le dossier pour instruction. Aboutira-t-elle un jour  puisque Nyangoma cotoie à Arusha les délégués du gouvernement qui a même signé sans y croire un mandat international contre le même Nyangoma !

                Bref, des faits troublants font le lot quotidien du système politique actuel engagé dans le processus d'occulter définitivement le génocide. Chaque jour qui passe marque une étape sur cette voie abjecte d'occultation du génocide et d'élévation de celui-ci au rang de pensée et de pratique politique. Les Barundi s'acclimatent curieusement à cette situation et les conséquences de cet état de choses sont ces morts quotidiens dans l'indifférence totale du gouvernement et dans la résignation absolue des victimes et des leurs. La dérive est au point d'être consommée et Arusha est proche pour le précipiter.

                A Arusha, on s'en tire  en brandissant qu'on s'est convenu pour une future commission internationale d'enquête pour enquêter sur tous les crimes commis depuis l'independance (1962). On parle même d'une commission Vérité-Réconciliation. Mais au même moment, les crimes reconnus et qualifiés par les Nations Unies ne sont pas punis et leurs auteurs vont dominer les institutions. Comment pourront-ils faciliter les enquêtes ? C'est un véritable canular et on endort ainsi les victimes du génocide.

            Les derniers propos de Nelson Mandela lors de sa visite au Burundi (du 12 au 14 juin 2000) ne sont plus ni une prophétie de mauvais goût, ni un rêve d'un homme talonné par le poids de l'âge, mais une réalité imminente et quasi vivante. N'a-t-on pas entendu ces derniers mois les hautes autorités de l'Etat professer l'imminente conclusion des accords et qu'il faut "préparer les esprits" pour les accueillir, tels les disciples du Christ dans l'imminente parousie de la venue de l'esprit saint sur eux ? On prépare les esprits à gober l'immoral et à avaler les couleuvres d'Arusha. Etrange paix pour les Barundi !

Conclusion: A chacun le droit absolu de refuser de mourir par le marché d'Arusha.

                En définitive, les accords d'Arusha constituent l'occultation suprême du monstre qu'est le génocide. Ce n'est pas une fin, mais un début d'une autre étape sur la voie de l'achèvement du même génocide. Le processus aura conduit à une étape de non retour sur la voie du règlement de cette question par des moyens appropriés, notamment par des instances judiciaires. Il faudra des moyens forts comme la voie de la force et du refus pur et simple par tous les moyens auxquels peuvent accéder les rescapés du même génocide pour faire face à cette occultation. Chacun ayant le droit absolu de décider de refuser de mourir par tous les moyens, ces rescapés n'ont de devoir que de barrer la route qui mène à leur extermination. C'est le devoir de tout être humain. Il en va de la survie de ceux que l'on condamne à l'extermination.

 

                                                                                           Jean François SEBATORE.-

 

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