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Joseph KABILA gagne son premier procès.
Le Soir du vendredi 26 janvier 2001.
Par
Collette BRAECKMAN depuis Kinshasa.
L'allure posée et le masque impénétrable de Joseph Kabila ont impressionné les Congolais tout au long des cérémonies de deuil.
Le fils du président a confirmé sa réputation d'homme calme,
refusant toute précipitation.
Après que l'Assemblée constituante ait donné son feu vert à son accession à la présidence, Joseph Kabila ne s'est pas précipité pour
prêter serment devant la Cour suprême. Il a préféré retarder (à ce
vendredi, en principe) la cérémonie pour recevoir un certain nombre
de personnalités nationales et étrangères. Et pour s'enfermer avec
ses principaux collaborateurs afin de rédiger un discours
d'intronisation très attendu, qui marquera les débuts de son
régime.
Il se murmure déjà que Kabila fils, fidèle à l'esprit de son père, se
montrera ferme sur l'essentiel : l'unité du territoire et l'intégrité du
pays. Mais qu'il donnera également des signes d'ouverture vers la
classe politique et vers une génération plus jeune que celle qui
formait le premier cercle de l'entourage paternel et qui déçut
souvent par son manque de professionnalisme.
L'opinion kinoise, qui donne le la à tout le pays, est versatile.
Hier,
l'homme de la rue protestait, assurait qu'il n'était pas question de
vivre dans une monarchie, d'accepter une succession de père en
fils. Aujourd'hui, presque tous acceptent que Joseph Kabila prenne
les commandes du bateau aussi longtemps que dure la tempête de
la guerre, mais à condition qu'il ne les garde pas trop longtemps.
Ce n'est sans doute pas un hasard si le Nigéria avait envoyé le
général Aboubacar aux funérailles : ce général, qui avait pris le
pouvoir après la mort subite du général Abacha, avait ensuite remis
de l'ordre dans le pays et organisé les élections démocratiques qui
ont porté au pouvoir l'ancien opposant Obasanjo, aujourd'hui
nouveau favori des Américains sur le continent.
La mère de Joseph est bien une Congolaise
A Kinshasa, d'aucuns estiment que Kabila junior pourrait un jour
suivre cet exemple. Si la polémique sur la monarchie est éteinte, un autre feu vient de
s'allumer : chacun se demande si Joseph est bien Congolais à part entière, même père, même mère, s'il ne serait pas le fils d'une Tutsie
rwandaise. Le mystère dont s'entourait le chef de l'Etat défunt avait
nourri ces spéculations et il fallut attendre les obsèques pour que
soit dévoilé un pan de la vie privée du président : au moment de
l'inhumation, les Congolais ont découvert une femme au visage de
Madone marqué par la douleur, qui tint un discours d'une grande dignité. Soutenue par son fils Joseph et sa soeur jumelle,
l'épouse du président évoqua les années de lutte révolutionnaire,
un long compagnonnage militant et s'engagea à poursuivre ce combat.
Les Congolais durent se rendre à l'évidence : Sifa Mahanya, la mère
de leur nouveau chef, est bien Congolaise, originaire de
Bangu-Bangu dans le Maniéma. En costume traditionnel, portant de
grandes banderoles, les ressortissants du Maniéma vivant à
Kinshasa avaient tenu à venir soutenir leur soeur lors des
funérailles, et plus tard ils ont publié dans la presse de grands
communiqués dénonçant les manoeuvres tendant à souiller les
origines maternelles du nouveau chef de l'Etat.
Si l'obstacle de la filiation est levé, il demeure un écueil qu'aucune
contorsion juridique ne pourra lever : aucun texte constitutionnel ne permet de recevoir le serment du général-major Kabila.
Autrement dit, les Congolais ont dû choisir entre le vide du pouvoir
et le juridisme du possible...·