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T.C.P.I. à
A Son Excellence Monsieur le Ministre du Processus de paix
Objet
: - Projet de cantonnement des Rebelles.
- Plan de Réinstallation des Rapatriés.
Excellence Monsieur le Ministre,
Au moment où les pourparlers tendent vers la signature d’un accord de paix, des sources concordantes et dignes de foi font état d’un projet de cantonnement des bandes rebelles en attente de fusion avec l’armée régulière dans certaines provinces du pays dont la nôtre, Karusi, et d’un plan d’installation des rapatriés dans les propriétés foncièress publiques et celles appartenant aux victimes de 1993.
Sans intention d’apprécier ici les voies et moyens de mise en application de l’accord de paix en cours de négociation, l’Association pour le Développement de la Province Karusi, ADEKAR, se fait l’écho et le porte-parole des réactions de nombreux sans voix, déplacés de 1993 et ex-regroupés de 1996, sur ces projets, pour vous supplier de ne pas ajouter le drame au drame.
S’agissant du cantonnement,
La province de Karusi a suffisamment souffert du génocide de 1993 et des actions des bandes armées de 1993 à 1996. Les populations de Karusi, toutes ethnies confondues, pleurent encore leurs morts et leurs biens pillés et saccagés du fait d’une bande de tueurs génocidaires, sans foi ni loi, que le processus d’Arusha tend aujourd’hui à ramener en héros.
Ces rebelles aujourd’hui, génocidaires hier, sont des artisans des pogroms contre les TUTSI en octobre 1993, qui ont ensuite pris en otage les populations HUTU des collines, de 1993 à 1996, avant que l’armée régulière ne la délivre et la sécurise.
Excellence
Monsieur le Ministre, toutes ces populations rescapées, Hutu comme
tutsi, tentent aujourd’hui de se refaire une vie, de reconstruire leur
province détruite par ces rebelles dont elles gardent un sinistre
et triste souvenir. Ces populations ont aujourd’hui besoin d’une assistance
du gouvernement et de toute âme de bonne volonté mais non
des contingents d’assassins à abriter et à nourrir.
Malheureusement, au vu de l’évolution actuelle des choses, le constat est celui d’un retour prématuré desdits assassins qui ont investi impunément une bonne partie de la province. Nous en voulons pour preuve le massacre de cinquante huit personnes dans la commune Nyabikere, les jeudi 10 et vendredi 11 août 2000, que ni le gouvernement, ni la communauté internatonale n’ont daigné déplorer. A ce drame vient de s’ajouter l’assassinat du commandant de la 4ème région militaire ce 16 août 2000 par les mêmes bandes génocidaires déjà redéployés dans la province Karusi. Cet attentisme ne peut être interprété que comme un signe d’encouragement à ces bandes armées et une source de frustation des populations paisibles innocentes dont le souci majeur est la reconstruction des âmes et des biens.
Excellence monsieur le Ministre, autant la paix de la population de Karusi passera par le jugement et la condamnation des criminels, autant le cantonnement de toute force rebelle dans cette province rallumera les rancoeurs et ravivera les tensions dans une région qui, depuis bientôt quatre ans, tentait de retrouver la cohésion sociale et réapprenait la cohabitation pacifique entre les composantes ethniques, une fois extirpés de ses frontières les ethnogénocidaires qui s’appellent aujourd’hui rebelles. Il ne faut sutout pas perdre de vue qu’un bon nombre de ces derniers proviennent de Karusi et que la première chose qu’ils feraient, une fois réinstallés, est d’exterminer les rescapés et tous les autres témoins gênants de leurs ignobles actes.
Concernant l’occupation des propriétés foncières des victimes du Génocide de 1993 par les rapatriés,
A moins
que le processus de paix d’Arusha ne veuille légitimer le génocide
de 1993 et confirmer que l’un de ses objectifs était d’exterminer
des Tutsi et de s’accaparer de leurs terres, ce projet d’installation des
rapatriés dans Karusi et dans d’autres provinces qui ont subi la
solution finale du génocide nous semble porteur de tous les dangers
en l’occurrence :
1° Protéger les génocidaires d’hier, rapatriés d’aujourd’hui, en les cachant dans les zones où ils sont inconnus des populations locales. Ceci aura pour conséquences directes de permettre aux génocidaires de parachever le génocide en élimimant le peu de Tutsi rescapés, témoins génants de 1993 et de mettre les populations innocentes sous le joug de bandes criminelles constituées par les soi-disants rapatriés, en réalité, génocidaires avant de s’exiler et de se constituer en bandes armées.
2°
Attiser la haine entre les rescapés du génocide et leurs
voisins.
En effet, le droit à la propriété
ainsi que la propriété familiale constitue la raison d’être
de tout Burundais. Lui dénier ce droit équivaut à
lui retirer sa personnalité physique, morale et culturelle, bref,
lui refuser son droit de vie.
3°
Créer un antécédent lourd de conséquences.
En effet, en plus que cette pratique encouragerait
les Burundais à recourir au génocide pour s’approprier
les biens de leurs voisins, la mise en application de ce projet renforcera
le contentieux de sang existant entre les communautés ethniques
Hutu et Tutsi du fait du génocide et signera le début d’une
vendetta perpétuelle entre ces deux ethnies.
4°
Enfin, le projet cache une tendance régionnaliste de résoudre
un problème national.
En effet, la logique indique que tout
rapatrié devrait rejoindre sa Province et se réinstaller
dans son environnement d’origine. Sinon, comment peut-on concevoir un plan
de réinstallation des rapatriés dans certaines provinces
du pays seulement, hélas les mêmes qui ont toujours été
les parents pauvres de cette République, si ce n’est que pour enfoncer
ces entités dans une pauvreté et partant dans leur sous-développement
tant économique que social.
Excellence Monsieur le Ministre, l’objet de la présente est de dénoncer
ces projets macabres, cyniques et dangereux pour notre province auprès
de vous même, du Gouvernement et de la communauté nationale
et internationale.
L’Association pour le Développement de Karusi et de tous les hommes
et femmes épris de paix sont déterminés à combattre
ces projets de toutes leurs énergies. “Autant mourir sur le front
de l’honneur en défedant la mémoire de nos morts que d’accepter
comme eux en 1993, de mourir impunément, victimes d’une politique
sectaire ou au nom d’un processus de paix visiblement sans lendemain, à
moins qu’encore une fois à Karusi, ça ne soit qu’une paix
des cimetières, à l’image des communes GIHOGAZI, BUGENYUZI,
MUTUMBA, NYABIKERE, etc...après octobre 1993”.
Excellence Monsieur le ministre, nous osons espérer que ces commentaires
appelleront une profonde réflexion de votre part et des différents
acteurs de ce processus qui nous lisent en copie et vous aideront à
repenser autrement le projet de cantonnement des rebelles ainsi que le
plan de réinstallation des rapatriés burundais.
POUR LE COMITE EXECUTIF DE L’ADEKAR
NSABIYIMVA J. Berchimans
Président
SINDAYIGAYA Augustin
Secrétaire Général