RUGAMBA-NET PRESS

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ASSOCIATION POUR LE DEVELOPPEMENT                                                  Bujumbura, le 18.08.2000
DE LA PROVINCE DE KARUSI
             “ADEKAR”

                                                                                                    T.C.P.I. à

-S.E Monsieur le Président de la République avec notre plus haute considération
-S.E Monsieur le 1er Vice-Président avec notre plus haute considération
-S.E Monsieur le 2ème Vice-Président de la République avec  notre plus haute considération
 
 

A Son Excellence Monsieur le Ministre du Processus de paix

                                                                                            à Bujumbura

Objet : - Projet de cantonnement des Rebelles.
           - Plan de Réinstallation des Rapatriés.

    Excellence Monsieur le Ministre,

    Au moment où les pourparlers tendent vers la signature d’un accord de paix, des sources concordantes et dignes de foi font état d’un projet de cantonnement des bandes rebelles en attente de fusion avec l’armée régulière dans certaines provinces du pays dont la nôtre, Karusi, et d’un plan d’installation des rapatriés dans les propriétés foncièress publiques et celles appartenant aux victimes de 1993.

    Sans intention d’apprécier ici les voies et moyens de mise en application de l’accord de paix en cours de négociation, l’Association pour le Développement de la Province Karusi, ADEKAR, se fait l’écho et le porte-parole des réactions de nombreux sans voix, déplacés de 1993 et  ex-regroupés de 1996, sur ces projets, pour vous supplier de ne pas ajouter le drame au drame.

S’agissant du cantonnement,

La province de Karusi a suffisamment souffert du génocide de 1993 et des actions des bandes armées de 1993 à 1996. Les populations de Karusi, toutes ethnies confondues, pleurent encore leurs morts et leurs biens pillés et saccagés du fait d’une bande de tueurs génocidaires, sans foi ni loi, que le processus d’Arusha tend aujourd’hui à ramener en héros.

Ces rebelles aujourd’hui, génocidaires hier, sont des artisans des pogroms contre les TUTSI en octobre 1993, qui ont ensuite pris en otage les populations HUTU des collines, de  1993 à 1996, avant que l’armée régulière ne la délivre et la sécurise.

Excellence Monsieur le Ministre, toutes ces populations rescapées, Hutu comme tutsi, tentent aujourd’hui de se refaire une vie, de reconstruire leur province détruite par ces rebelles dont elles gardent un sinistre et triste souvenir. Ces populations ont aujourd’hui besoin d’une assistance du gouvernement et de toute âme de bonne volonté mais non des contingents d’assassins à abriter et à nourrir.

Malheureusement, au vu de l’évolution actuelle des choses, le constat est celui d’un retour prématuré desdits assassins qui ont investi impunément une bonne partie de la province. Nous en voulons pour preuve le massacre de cinquante huit personnes dans la commune Nyabikere, les jeudi 10 et vendredi 11 août 2000, que ni le gouvernement, ni la communauté internatonale n’ont daigné déplorer. A ce drame vient de s’ajouter l’assassinat du commandant de la 4ème région militaire ce 16 août 2000 par les mêmes bandes génocidaires déjà redéployés dans la province Karusi. Cet attentisme ne peut être interprété que comme un signe d’encouragement à ces bandes armées et une source de frustation des populations paisibles innocentes dont le souci majeur est la reconstruction des âmes et des biens.

Excellence monsieur le Ministre, autant la paix de la population de Karusi passera par le jugement et la condamnation des criminels, autant le cantonnement de toute force rebelle dans cette province rallumera les rancoeurs et ravivera les tensions dans une région qui, depuis bientôt quatre ans, tentait de retrouver la cohésion sociale et réapprenait la cohabitation pacifique entre les composantes ethniques, une fois extirpés de ses frontières les ethnogénocidaires qui s’appellent aujourd’hui rebelles. Il ne faut sutout pas perdre de vue qu’un bon nombre de ces derniers proviennent de Karusi et que la première chose qu’ils feraient, une fois réinstallés, est d’exterminer les rescapés et tous les autres témoins gênants de leurs ignobles actes.

Concernant l’occupation des propriétés foncières des victimes du Génocide de 1993 par les rapatriés,

A moins que le processus de paix d’Arusha ne veuille légitimer le génocide de 1993 et confirmer que l’un de ses objectifs était d’exterminer des Tutsi et de s’accaparer de leurs terres, ce projet d’installation des rapatriés dans Karusi et dans d’autres provinces qui ont subi la solution finale du génocide nous semble porteur de tous les dangers en l’occurrence :

1° Protéger les génocidaires d’hier, rapatriés d’aujourd’hui, en les cachant dans les zones où ils sont inconnus des populations locales. Ceci aura pour conséquences directes de permettre aux génocidaires de parachever le génocide en élimimant le peu de Tutsi rescapés, témoins génants de 1993 et de mettre les populations innocentes sous le joug de bandes criminelles constituées par les soi-disants rapatriés, en réalité, génocidaires avant de s’exiler et de se constituer en bandes armées.

2° Attiser la haine entre les rescapés du génocide et leurs voisins.
En effet, le droit à la propriété ainsi que la propriété familiale constitue la raison d’être de tout Burundais. Lui dénier ce droit équivaut à lui retirer sa personnalité physique, morale et culturelle, bref, lui refuser son droit de vie.

3° Créer un antécédent lourd de conséquences.
En effet, en plus que cette pratique encouragerait les Burundais à  recourir au génocide pour s’approprier les biens de leurs voisins, la mise en application de ce projet renforcera le contentieux de sang existant entre les communautés ethniques Hutu et Tutsi du fait du génocide et signera le début d’une vendetta perpétuelle entre ces deux ethnies.

4° Enfin, le projet cache une tendance régionnaliste de résoudre un problème national.
En effet, la logique indique que tout rapatrié devrait rejoindre sa Province et se réinstaller dans son environnement d’origine. Sinon, comment peut-on concevoir un plan de réinstallation des rapatriés dans certaines provinces du pays seulement, hélas les mêmes qui ont toujours été les parents pauvres de cette République, si ce n’est que pour enfoncer ces entités dans une pauvreté et partant dans leur sous-développement tant économique que social.

    Excellence Monsieur le Ministre, l’objet de la présente est de dénoncer ces projets macabres, cyniques et dangereux pour notre province auprès de vous même, du Gouvernement et de la communauté nationale et internationale.

    L’Association pour le Développement de Karusi et de tous les hommes et femmes épris de paix sont déterminés à combattre ces projets de toutes leurs énergies. “Autant mourir sur le front de l’honneur en défedant la mémoire de nos morts que d’accepter comme eux en 1993, de mourir impunément, victimes d’une politique sectaire ou au nom d’un processus de paix visiblement sans lendemain, à moins qu’encore une fois à Karusi, ça ne soit qu’une paix des cimetières, à l’image des communes GIHOGAZI, BUGENYUZI, MUTUMBA, NYABIKERE, etc...après octobre 1993”.

    Excellence Monsieur le ministre, nous osons espérer que ces commentaires appelleront une profonde réflexion de votre part et des différents acteurs de ce processus qui nous lisent en copie et vous aideront à repenser autrement le projet de cantonnement des rebelles ainsi que le plan de réinstallation des rapatriés burundais.
 
 

POUR LE COMITE EXECUTIF DE L’ADEKAR

                                  NSABIYIMVA  J. Berchimans

                                  Président

                                 SINDAYIGAYA  Augustin

                                 Secrétaire Général