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Une ex-ministre du Burundi et ses enfants se retrouvent à Montréal
par Jooneed Khan, LA PRESSE.
Christine Ruhaza rayonne de bonheur. Après 17 mois de
séparation, elle a retrouvé ses trois enfants, qui la suivent en courant pour être au
rendez-vous avec La Presse dans le petit logement d'amis qu'ils occupent rue
Maurice-Duplessis, à Montréal-Nord.
«On revient de l'assurance-maladie avec les cartes des enfants»,
confie l'ex-ministre des droits de la Personne et de la Condition féminine du Burundi,
réfugiée au Canada depuis octobre 1999. «Et demain, c'est l'inscription scolaire
à Saint-Léonard», dit-elle.
Les enfants sont arrivés samedi de Nairobi, où ils attendaient avec leur père
depuis leur départ du Burundi en juin dernier. Wandrille, l'aîné, a 10 ans, une
casquette des Charlotte Hornets recouvrant ses cheveux coupés ras. Ses soeurs,
Lucille, neuf ans, et Bérénice, six ans, ont gardé leurs tresses africaines, ornées de
perles multicolores d'émail et de verroterie. Mais elles les avaient plus
longues au Kenya, à en juger par la photo des trois enfants, en uniformes
scolaires, avec leur papa.
«Il va falloir ré-expliquer, à l'inscription scolaire,
pourquoi les enfants ont des noms de famille différents»,
dit-elle. «Depuis le génocide des Hutus par les
Tutsis en 1972 vous savez, les parents hutus donnent des noms de famille
différents à leurs
enfants, en vue de les protéger. Ainsi, c'est Wandrille
Alléluya, Lucille Kristushemezwa et Bérénice Irakabaho. Mon propre nom
de
famille, Ruhaza, m'expose au danger parce que deux
Ruhaza ont été tués au Burundi», poursuit-elle.
«Je dois un gros merci à La Presse pour être réunie aujourd'hui avec mes
enfants», dit-elle en les
caressant l'un après l'autre. La Presse du 8 décembre 2000 avait en effet fait
écho à ses efforts pour être réunie avec sa famille au Canada.
«Vous savez que la petite, Bérénice, a failli être violée à Nairobi par des
gardiens d'une maison
voisine du camp de réfugiés où les enfants vivaient. J'ai
failli faire une dépression quand mon mari m'a écrit pour me raconter ça. Seule
l'arrivée du propriétaire de la maison a permis de sauver ma petite Bérénice».
Assise sur le sofa, son lourd dossier d'Immigration Canada sur les genoux, Mme
Ruhaza apparaît soudain
écrasée, lasse. «Le cas de mon mari a été remis à zéro
par Immigration Canada», dit-elle, «Il faut maintenant que je le parraine, ce qui
coûte 1400$ en frais et ce qui peut prendre encore deux à trois ans», dit-elle.
«Comment vais-je faire? Je cherche du travail. Je dois prendre un logement
pour moi et les enfants. Et
je dois soutenir mon mari, qui n'a pas le droit de
travailler au Kenya et qui peut être arrêté et déporté au Burundi à tout
moment», confie-t-elle. «Le mieux, c'est que le
gouvernement canadien lui accorde un permis ministériel», estime Mme
Ruhaza. «Ainsi il pourra être ici avec nous, c'est un électro-mécanicien
d'expérience qui peut facilement trouver du travail, ça simplifiera notre vie à
tous, et ça l'éloignera du danger qui le menace au
Kenya», dit-elle.
Christine Ruhaza s'est réfugiée au Canada en octobre 1999 alors que sa vie était
menacée au Burundi
pour avoir critiqué le régime du major Pierre Buyoya lors
d'une tournée
organisée par Ottawa. Elle y avait notamment dénoncé «l'armement sélectif de
civils tutsis par l'État» et le financement de la guerre «à même 50% du budget national».
Son dossier s'est compliqué quand un officier d'Immigration de l'ambassade du
Canada à Nairobi a rejeté la requête de son mari en disant avoir «des raisons
de croire» qu'il a «commis une infraction visée à l'un des articles 4 à 7 de la
Loi sur les crimes contre l'humanité et les crimes de guerre».
En fait, son mari, un Hutu, était conseiller du premier ministre hutu du régime
Buyoya. Mais Mme Ruhaza,
une Hutue, était ministre du même gouvernement, et le Canada l'a pourtant
invitée à parler aux Canadiens et lui a ensuite accordé le
statut de
réfugiée.
Face à cette contradiction, et après une demande formelle de contrôle judiciaire
du refus
prononcé par l'ambassade du Canada à Nairobi ainsi qu'un échange de
correspondance
avec le ministère de l'Immigration et même le bureau du
premier ministre Chrétien, les autorités d'ici ont renversé le refus de Nairobi.
Mais Mme Ruhaza estime aussi avoir été flouée par le ministère canadien de
l'Immigration. «Ils m'ont
menacée de rejeter ma propre demande de résidence permanente et celle de mes
enfants si je ne retirais pas celle de mon mari, j'ai donc obtempéré. Ils disent maintenant qu'ils ne peuvent pas étudier la demande
de mon mari parce
que j'ai choisi de la retirer. Comment peuvent-ils appeler ça
un
choix ?» demande-t-elle sur un ton plein de reproche.
