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BURUNDI - TRANSITION L’ICG DONNE LE BON DIEU SANS CONFESSION |
Par Laurent Niyungeko
Dans son rapport récent sur le Burundi, cent jours pour retrouver le chemin de la paix (voir rubruque Documents), l’International Crisis Group (ICG) utilise volontairement l’expression à l’envers pour exprimer son satisfeicit sur le processus de paix, mais ce cocorico ne manque pas de bémols.
S’il est vrai que le processus de partage des postes est débloqué au Burundi, la paix est à mille lieues de là, car le Burundi porte encore ici la palme de la singuralité: celle d’un accord de paix sans cessez-le-feu. Pour les tenants de l’accord, l’important est de régner, tant pis si on règne sur un cimetière. Mais fallait-il 3 ans à Arusha et Mandela pour remplacer quelques anciens nez par quelques nouveaux dans le gouvernement ?
D’autre part, ladite nouvelle approche de Mandela de mettre le FRODEBU et l’UPRONA ensemble n’est en réalité qu’une simple répétition. La qualité de leur coopération n’est plus à démontrer, puisqu’ils coopèrent parfaitement sous forme de convention de gouvernement et de partenariat depuis 7 ans!
Et l’ICG de sortir et agiter ses traditionnels serpents de mer, que les groupes armés du PALIPEHUTU-FNL et du CNDD-FDD ne veulent pas négocier, que l’ère des coups d’état légaux est révolue et qu’ils faut désormais les criminaliser. L’ICG pousse même l’audace jusqu’à confier les négociations de cessez-le-feu avec les rebelles à leur pire adversaire, le FRODEBU, qui a battu les capitales du monde entier pour obtenir les sanctions et les mandats d’arrêt internationaux contre leurs dirigeants. Drôle de manière de chercher un cessez-le-feu.
Mais on connaît la chanson et la communauté internationale a tourné ces menaces en dérision en choisissant d’écouter l’autre approche de la crise burundaise. Et, histoire de l’arroseur arrosé, c’est Buyoya et Ndayizeye qui risquent désormais les sanctions s’ils n’appliquent pas les 11 conditions auxquelles ils ont été soumis pour sauver la face du FRODEBU, selon les propres termes de Buyoya. En réalité, les sanctions devraient déjà tomber, car la condition de ne pas harceler les opposants politiques n’est guère respectée.
Quand aux campagnes battantes d’explication de l’accord de paix à la population, l’ICG se trompe d’époque. Ce texte manque d’ancrage sur le peuple comme la convention de gouvernement et le partenariat. Et cette population sait depuis belle lurette que ces textes lui ont volé le droit de disposer d’elle-même, droit qu’elle a exercé lors du vote de la Charte de l’Unité Nationale et celui de la Constitution. Point donc n’est besoin d’aller lui expliquer que l’accord d’Arusha passe à côté des principales préoccupations du peuple, qui sont la paix, la sécurité, la justice, l’éducation pour tous, etc…
L’ICG recommande un déblocage immédiat de 100 millions de dollars US. Ce n’est pas cette organisation qui flirte avec le tristement célèbre spéculateur Georges Soros, qui ignore que l’argent est le nerf de la guerre, et que ces dollars n’auront d’autre destination que l’achat de nouveaux armes de guerre, qui malgré l’accord, s’est poursuivi de manière encore accélérée.
Enfin, l’ICG a bien montré qu’il a des entrées sûres dans le gratin de la politique burundaise. Sinon comment à l’ICG connaîtrait-on la composition de l’unité spéciale de protection des dignitaires et autres honorables, alors que même le concept d’opération est encore à élaborer?
Bref, le rapport de l’ICG ne rend ni le processus d’Arusha ni le gouvernement plus crédibles. La réalité est que c’est le gouvernement actuel que l’ICG a vite fait d’absoudre, qui porte la principale responsabilité de la situation, et que c’est à lui que les diverses recommandations devraient s’adresser, afin qu’il crée les conditions propices pour une réforme profonde de la vie politique du Burundi, avec ou sans Arusha.
Et ces recommandations sont notamment:
l’acceptation par le gouvernement et son armée de négocier avec les
mouvements rebelleas armés comme des partenaires égaux en droits et en
dignité
le
retour des militaires dans les casernes, car c’est l’armée qui a
déclenché les horreurs en 1993.
la
libération de tous les prisonniers politiques, question qu’on a réduite à
une simple dimension technique, alors qu’il s’agit souvent de femmes et d’hommes
innocents victimes de leur appartenance ethnique
la
fermeture de tous les camps de regroupement, sujet aujourd’hui enterré grâce
au G7 hutu
la
libéralisation de l’espace politique, afin que l’opposition politique et
armée puisse faire entendre sa voix sans entraves le
jugement des assassins du président Ndadaye.
