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Ligue des droits de la personne
dans la région des Grands Lacs (LDGL)
Siège social : Kigali – Rwanda B.P. 3042 Kigali
Tel. & Fax : (250) 7 33 07
E-mail : ldgl@rwandatel1.rwanda1.com

Burundi : La situation s’aggrave.
La communauté internationale doit agir et vite.
Depuis bientôt trois ans les Burundais attendent, avec impatience et espoir, les dividendes du
processus de paix amorcé à Arusha dont l’un des points
forts a été la signature d’un accord de paix, le 28
août 2000, entre les différentes parties burundaises
en négociation.
Depuis lors, hélas, la situation n’a cessé d’empirer aussi bien sur le plan
politique que sécuritaire.
1. Les deux principaux mouvements armés rebelles qui
jusque là ont refusé de participer aux négociations
d’Arusha, ont intensifié leurs attaques au-delà des
zones où les combats étaient jusqu’alors confinés le
long de la frontière tanzanienne dans les provinces de
Makamba et Rutana pour les FDD et dans Bujumbura
rural pour le FNL. Aujourd’hui les affrontements se
sont étendus aux provinces de Ruyigi, Gitega, Mwaro,
Muramvya et Bubanza.
2. Ces attaques mobiles - dans l’espace et dans le
temps- provoquent le déplacement de populations
civiles et aggravent une situation humanitaire déjà
très préoccupante dans certaines provinces à cause
notamment de la pandémie de la malaria et de la
malnutrition qui frappent actuellement plusieurs
provinces du pays.
3. En dépit de nombreuses mises en garde et de
recommandations émanant notamment d’organisations
humanitaires, les belligérants continuent à violer le
droit humanitaire en s’attaquant aux civils et en
détruisant les infrastructures civiles. La plupart de
violations du droit à la vie et de destructions
massives sont aujourd’hui le fait de rebelles en particulier lors des embuscades et des attaques de
diverses localités où ils se livrent aux vols, aux
viols, aux pillages, à la destruction
d’infrastructures civiles, aux enlèvements de civils
et à des tueries sélectives. Ils prennent également des otages lors de leurs
nombreuses attaques. Lors des actions de contre-attaques les militaires
gouvernementaux se livrent parfois à des représailles
sur des populations civiles comme cela a été le cas à
Rubirizi et après les combats de Kinama.
4. La recrudescence de la violence aggrave les
tensions déjà perceptibles entre les différentes
communautés et, si rien ne l’arrête, peut conduire à
une déflagration de grande ampleur. Tous les signes
précurseurs sont là notamment : la prolifération des
armes, un climat politique délétère caractérisé par la
dispersion des forces politiques où quasiment tous les
partis se sont scindés en deux tendances, la
déliquescence de l’Etat et le rétrécissement des
espaces de libertés en particulier la liberté d’expression et d’opinion. A
cela s’ajoute
l’éventualité de jonction des deux principaux
mouvements armés le FNL et les FDD pour lancer une
attaque de grande envergure sur la capitale Bujumbura.
5. Le pouvoir en place conditionne la mise en
application des accords d’Arusha à un cessez-le-feu
effectif. Dans ce climat de blocage, chaque tendance essaye de se positionner et de tourner la situation en
sa faveur pour se maintenir où accéder au pouvoir en
recourant parfois à des manipulations sectaires
d’ordre ethnique, régionaliste ou autres.
Compte tenu de cette situation, la Ligue des droits de
la personne dans la région des Grands Lacs :
1. Demande à toutes les forces politiques burundaises
de soutenir le processus politique de sortie de la
crise amorcé à Arusha. A cet égard, elles doivent
prendre des positions fermes et sans équivoque contre
toute force ou tout mouvement politique ou armé qui
poursuit ou prône l’usage de la violence. Les
signataires de l’accord d’Arusha devraient sans tarder
et de façon unanime dénoncer tout mouvement qui refuse de se joindre au processus d’Arusha.
2. Demande au gouvernement burundais de ne pas
s’appuyer sur le contexte de guerre pour verrouiller
les espaces démocratiques et bloquer la mise en
application de l’accord de paix. Il lui recommande
particulièrement de garantir une jouissance égale des
libertés publiques notamment la liberté d’expression
et d’opinion à tous les citoyens et aux acteurs
politiques quels qu’ils soient y compris ceux qui
défendent des positions contraires aux siennes dans le
strict respect de la loi.
3. Demande aux pays de la région, à la communauté
internationale et à la médiation d’user de tout leur
poids politique et diplomatique pour obtenir sans
tarder la signature d’un cessez-le-feu au Burundi.
Des actions énergiques, rapides et convergentes
devraient être menées en direction des groupes armés
et de toutes les forces qui les appuient
politiquement et/ou militairement pour qu’elles
arrêtent les violences sans tergiversations et sans
conditions préalables.
4. Prie le Conseil de Sécurité de l’ONU, l’OUA,
l’Union européenne et la communauté internationale
dans son ensemble de suivre attentivement la situation
du Burundi afin de prendre à temps des mesures
préventives pour éviter qu’une catastrophe humanitaire
ne s’y produise.
Fait à Kigali, le 17 avril 2001
Pour la LDGL
Dr Christophe Sebudandi,
Président.
