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Burundi : Visite à Bruxelles de l'ancien président sud-africain aujourd'hui médiateur Nelson Mandela en quête de moyens

Une force de police sud-africaine se déploiera d'ici novembre pour protéger les hommes politiques rentrés d'exil. La Belgique, elle, se dit prête à fournir 222 millions de FB pour financer cette mission.

Par COLETTE BRAECKMAN, "Le Soir" (Bruxelles, Belgique)

A peine sorti de plusieurs séances de chimiothérapie, Nelson Mandela, fatigué, soutenu presque tendrement par Guy Verhofstadt, a demandé que la Belgique l'aide à garantir la paix au Burundi. C'est que le temps presse, Louis Michel l'a confirmé au médiateur : l'armée burundaise s'est considérablement renforcée, les combattants hutus sont déployés le long du lac Tanganyka et si la paix est en vue, elle pourrait, comme toute la région du reste, être prise de court par un regain de violence.

C'est pour cela que Nelson Mandela veut, vite, réaliser une percée : il a convaincu le gouvernement de son pays d'envoyer au Burundi un bataillon de militaires, soit plusieurs centaines d'hommes, qui seront présentés comme des policiers pour ne pas heurter les sensibilités. Cette force de police pourrait être déployée d'ici novembre et des missions de préparation du terrain se trouvent déjà sur place. Trois autres pays africains (le Ghana, le Nigeria et le Sénégal) se sont assurés à assurer, par rotation, la relève du premier bataillon sud-africain. Cette force sera chargée de protéger quelque 150 dirigeants hutus qui doivent rentrer d'exil pour participer à la vie politique du pays et aider à la formation d'un gouvernement de transition. Pour Mandela, leur retour au pays est impératif. Un nouveau gouvernement devrait, en principe, être formé le 1er novembre prochain, sous la protection de cette " force de police ". A condition de trouver les moyens de l'opération.

Nelson Mandela a donc demandé à la Belgique et à l'Union européenne de soutenir l'engagement sud-africain. Bruxelles a répondu positivement : Guy Verhofstadt et Louis Michel ont assuré que la Belgique était prête à fournir cinq millions de dollars (222 millions de FB, 5,5 millions d'euros) pour financer la mission et se sont engagés, au nom de la présidence belge, à persuader l'Union européenne de donner au moins 22 millions de dollars (977 millions de FB, 24 millions d'euros).

Le soutien des Quinze est cependant loin d'être acquis. Certains partenaires soulignent en effet que le Burundi, et l'Afrique centrale en général, ont déjà coûté très cher aux Européens, d'autres avancent des objections d'ordre juridique, une opération militaire (même si elle est qualifiée de force de police) ne pouvant en principe être soutenue par un financement européen.

Dans l'après midi, Nelson Mandela a d'ailleurs rencontré Romano Prodi, le président de la Commission européenne. Ce dernier l'a assuré de son plein soutien, y compris financier, aux efforts qu'il déploie pour pacifier le Burundi. Il a aussi rappelé que l'Union européenne avait déjà accordé à ce pays une aide humanitaire de quinze millions d'euros depuis 1998, mais il n'a pas chiffré le montant d'une assistance à la force de protection.

Mettant dans la balance toute sa force de persuasion et déployant une énergie peu commune, Mandela a insisté sur le fait que l'accord conclu en août dernier à Arusha représente la dernière chance de paix de ce pays où la guerre civile a fait 215.000 morts. L'accord, signé par 19 organisations, prévoit le partage du pouvoir entre Hutus et Tutsis, le président Buyoya étant chargé d'assurer la transition durant 18 Mois, assisté, à la vice-présidence, par un Hutu, Domitien Ndayizeye.

Certains soulignent que le Burundi, et l'Afrique centrale en général, ont déjà coûté très cher aux Européens Volontariste, le médiateur estime que si la force de police est déployée, le gouvernement pourrait se mettre en place et que la dynamique de la paix l'emportera, malgré l'absence de cessez-le-feu. En effet, deux des principaux mouvements rebelles, les Forces nationales de libération (FNL) et les Forces pour la défense de la démocratie (FDD) ont donné des assurances de non agression si la force publique est déployée et si l'armée s'abstient de toute attaque.

L'un de ces mouvements, le Conseil national pour la défense de la démocratie (CNDD-FDD) semble d'ailleurs en crise : des dissentions ont abouti à la suspension de son dirigeant actuel, Jean-Bosco Ndayikengurukyie par un groupe d'officiers et il serait remplacé par Pierre Nkurunziza.

Cependant, depuis la Belgique où il réside, le porte-parole des FDD, Jérôme Ndiho, a déclaré que les décisions définitives seraient prises lors du congrès national du mouvement.

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