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Burundi : La transition qui s'amorce suscite aussi des inquiétudes

D'importantes personnalités jusque-là en exil regagnent le Burundi sous la protection des Sud-Africains. Cependant, des Tutsis accusent ces forces de vouloir protéger les « génocidaires ».

COLETTE BRAECKMAN ("Le Soir")

A la veille de l'instauration du gouvernement de transition, prévue pour le 1er novembre, plusieurs personnalités hutues qui vivaient en exil depuis l'assassinat du président Ndadaye, en 1993, ont finalement décidé de rentrer au pays. C'est ainsi que Jean Minani, le leader du Front démocratique burundais (Frodebu) est arrivé dans la capitale, où il a dit sa joie d'être rentré chez lui et sa volonté de collaborer à la construction du pays. Il a également affirmé vouloir s'engager en faveur de la libération des prisonniers politiques, du dialogue avec les groupes rebelles et de la restructuration du Frodebu. On ignore encore si Minani, qui avait différé plusieurs fois son retour, acceptera un siège à l'Assemblée nationale ou bien fera partie du Conseil des ministres. 

Cette arrivée de Jean Minani, qui annonce celle de 150 leaders en exil, est accompagnée du déploiement de 240 militaires sud-africains, que l'on voit déjà circuler à Bujumbura. Les Sud-Africains devraient bientôt être suivis de contingents envoyés par le Sénégal, le Ghana et le Nigeria, jusqu'à atteindre une force totale de 700 hommes.

Cette présence de troupes étrangères, qui avait toujours été farouchement refusée par l'armée burundaise, suscite déjà bien des réactions. La première est l'étonnement : le contingent sud-africain est multiracial, et soldats noirs et blancs défilent ensemble. De plus, des femmes en font partie, ce qui éveille la curiosité de la population.

Ce déploiement ne calme cependant ni la tension militaire ni le mécontentement de certains groupes. C'est ainsi que des tirs d'artillerie ont éclaté depuis la frontière tanzanienne et Bujumbura a déclaré que les rebelles, qui opèrent toujours depuis la Tanzanie, avaient été dotés de nouveaux armements. Paradoxalement en effet, la force de paix sud-africaine, baptisée « force de police » pour ne pas effrayer les bailleurs de fonds européens, se déploie alors qu'aucun cessez-le-feu n'a encore été conclu

C'est d'ailleurs ce qui fait hésiter le Conseil des ministres européens, qui a été saisi d'une demande de financement pour un peu plus de 800 millions de francs (un peu moins de 20 millions d'euros). Le ministre belge des Affaires étrangères, Louis Michel, s'est prononcé favorablement mais ses collègues européens, plus prudents, souhaitent en savoir plus sur l'état d'esprit des parties burundaises, et en particulier leur volonté de respecter ou non un cessez-le-feu.

Par ailleurs, l'inquiétude reste vive dans la communauté tutsie, qui se souvient que l'assassinat du président Ndadaye par un groupe de militaires, en 1993, avait été suivi de massacres systématiques et prémédités de civils tutsis. C'est ainsi que l'organisation AC Génocide, qui se mobilise pour dénoncer les massacres de 1993, a réuni un millier de personnes à Bujumbura samedi, mais la manifestation a été dispersée par la police et ses leaders ont été arrêtés.

De passage à Bruxelles, Diomède Rutamucero, au nom de l'association PA (Puissance d'autodéfense) - Amasekanya, qui rassemble des rescapés tutsis, a aussi fait part de son inquiétude face au retour prévu de 150 personnalités hutues du Frodebu.

« La seule solution, c'est une justice équitable, qui examinera tous les auteurs d'actes criminels »

Mandela a tort d'appliquer au Burundi le schéma sud-africain, estime-t-il. Il n'y a pas chez nous une minorité venue de l'étranger, racialement distincte, qui opprimerait la majorité des autres. Nous sommes tous des citoyens du même pays, tous originaires d'ici, et, au sein du parti Uprona, censé représenter les Tutsis, il y a aussi des Hutus, tel son président, Charles Mukasi... D'ailleurs, de nombreux Hutus, qui refusaient de partager l'idéologie génocidaire, ont aussi été massacrés en 1993.

M. Rutamucero, comme bon nombre de ses compatriotes, dénonce ce qu'il appelle l'alliance des génocidaires (auteurs des massacres de 1993) et des putschistes (les militaires coupables de l'assassinat du président Ndadaye, dont certains se trouvent encore dans l'entourage du président Buyoya, qui doit assurer la transition pendant 18 mois). Pour lui, la seule véritable solution, c'est le recours à une justice équitable, qui examinera tous les auteurs d'actes de génocide et de crimes politiques. Il faut des jugements... Toute autre solution revient à mettre en place une poudrière.

Le leader de PA - Amasekanya craint en effet que l'affaiblissement de l'armée par la présence de troupes étrangères, le retour de personnalités ayant directement appelé aux massacres de 1993 et l'accord d'Arusha (qualifié de leurre, de provocation, voire de déclaration de guerre) ouvre la voie à de nouveaux massacres de Tutsis, qui pourraient même se propager jusqu'au Rwanda voisin. Sa conclusion est claire : Qu'on le sache : nous ne nous laisserons pas faire...·

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